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mars - Page 5

  • Céleste

     

    Ça se passait dans le garage. Le grenier, lui ne renfermait que des exemplaires de pièces de théâtre de lycéen studieux : Molière, Racine, dans des livrets écrus au liseré violet. Je ne me souviens pas de la collection. Je n’avais pas le droit de monter seule au grenier, à l’escalier branlant et au palier peu sûr. C’est dommage, on y avait une jolie vue sur les montagnes autour, le ruisseau en bas, et les cavaliers qui passaient dans le chemin.

     Donc ça se passait dans le garage. Une lourde porte en bois, plein sud. Une odeur de sec. La voiture, une 504 blanche, avec encore les plastiques sur les sièges.  Elle se conduisait sans ceinture à l’arrière et avec une casquette à l’avant, surtout le vendredi pour le télé 7 jours et le poissonnier qui n’ouvrait que là. Merlan, Baudroie, Bombel, Gruyère (emmental en fait mais on est loin de la Suisse sans trou), pain sans sel pour la semaine et télé 7 jours. Sans faute. La seule entorse, ça a été pour le Play-Boy où l’épouse d’un homme politique d’une droite incorrecte posait en tenue de soubrette  avec encore des seins pas mal pour une quinqua.

     Aux murs, des étagères un peu rapides, remplies de cartons. Dans les cartons, des livres. Des tonnes et des tonnes de livres. Tous les Bob Morane, tous les Sylvie de René Philippe, tous les SAS, tous les San-A.  Mon père est parti sans fille et sans livre.  Moi je les ai tous lus et j’ai adoré ça.

    A 10 ans, j’ai lu le standinge selon Bérurier. Je me suis marrée.  Béru et ses dames, je n’ai pas tout compris mais je me suis marrée.  Le monde des adultes, pour moi, c’était ça. Le Prince Malko et ses yeux dorés, les femmes rétives  pâmées, les rituels compliqués, les pipes au thé chaud, les barbouzes. Morane et l’Ombre Jaune, qui m’a valu mes premières vraies trouilles  nocturnes :  les yeux de l’ombre jaune et le cri glaçant des Dacoït, plus effrayants que le necronomicon de Lovecraft.

    Il y avait Sylvie, hôtesse de l’air (tiens, déjà), puis mariée à Philippe Gambier, le pilote de ligne, puis maman de jumeaux, à qui il arrive des aventures de jolie jeune femme courageuse et féminine. Passons, alors, une petite trentaine d’années.

    Et il y avait San Antonio. Les titres que je ne comprenais pas toujours, les tournures que je ne comprenais pas toujours, les allusions qui m’échappaient.  Les Morane, les Sylvie, je les ramenais pour les lire dans la chambre,  quand le soir finissait par tomber sur ma grande montagne et le lac au loin et que les adultes, qui fumaient autour de la table pas encore débarrassée, finissaient d’écouter la télé. Après le dernier tour de balançoire, le dernier tour de vélo et le bonsoir aux lapins.

    Mais les San Antonio je n’osais pas.  Alors j’attendais que les autres soient bien installés sur les chaises en fer à l’ombre du pommier, avec les tantes et les parrains qui passaient dire un bonjour, je prenais un grand escabeau, je me perchais et, debout, en équilibre, je lisais les histoires du commissaire, du Grand, son amour pour Félicie, et les petits culs. Les allusions politiques, elles, m’échappaient rarement. Assez rapidement, les autres me sont devenues très familières aussi.

    Quand les autres lisaient Alice, le club des 5 et Fantômette, moi je me vautrais, debout sur mon escabeau, prête à larguer le bouquin dans le carton à la moindre ombre s’incrustant dans le rai de soleil de la porte ouverte, dans les morceaux les plus lascifs de la littérature de gare, les régimes politiques violents, je me faisais le goût.

    L’homme de la maison, qui me tenait lieu de père de mère et de tout le reste,  à la grivoiserie d’un autre siècle, à l’œil coquin, qui avait appelé Joseph le fouet dans le placard pour faire bisquer sa croyante et adorable épouse mais ne l’a jamais vraiment sorti, infiniment patient avec le petit chat silencieux et calme qui le suivait partout, scrutait chacun de ses gestes  et buvait ses paroles, n’était sûrement pas dupe mais n’a jamais remonté les cartons au grenier. J’ai compris plus tard que enfants sages bénéficient d’une belle présomption d’innocence qui leur permet tout.  Une fois, j’ai entendu une des femmes de la maison dire de ces livres : « ben dis donc, céleste ! ». Je n’ai rien dit. Elle avait bien raison.

    Dans tous ce fatras de bel argot perdu, de bonshommes à l’ancienne, de seins arrogants, de vraies putes, d’aventuriers  chanceux et de féminités mutines absorbé comme les cigarettes de l’époque, sans filtre et jusqu’au fond, ce bordel de sensations et de mots tordus qui n’étaient  ni de mon âge ni de ma génération,  j’ai vu dans ce personnage flamboyant, dégueulasse, impudique, tendre, minable, braillard, insensé, parfois complètement con, parfois fulgurant, à l’amitié indéfectible,  amoureux de son incroyable Berthe et se déculottant souvent, bouffeur de tripes et écluseur de gros rouge, un lien avec celui que je cherchais au fond de ces cartons. Le Gros, la Gonfle, l’Inculte, l’Abominable, L’Immonde, l’Enorme, le Sandre, c’était mon père.

    Je me suis perdue dans les profondeurs du blog d’un monsieur à tiroirs, un monsieur qui raconte une vie de tiroirs à l’air libre. Un  monsieur qui joue vraiment à la poupée, un monsieur qui met de la douceur aux bons endroits. Et plus tard,  dans l’eau fumante de la grande piscine, j’y ai repensé. Et comme souvent dans l’eau, tout ça est remonté  à la surface. Je me suis laissée  draguer, comme on le fait du fond d’une rivière, par Waldo.

     

    Je crois que c’est pour cela le blog de cul. On annonce la couleur dès le départ alors du coup quand céleste, ça passe tout seul.

     

     

     

     

     

     Moi qui aime les muscles ludiques inédits et les exercices exotiques,  ce qu’on entrevoit de son arrière gorge quand elle chante me donne plein d’idées.  Elle dit que des conneries, mais avec un gland entre les amygdales.

     

  • Un vilain monsieur

    Des chapeaux, des tailles étroites, des bas sans nylon sous des jupes longues, une brasserie au plafond gras, des cocottes, des peaux, des moustaches souriantes, des yeux luisants, des mains serrées sur des genoux et au fond, Claudine.

    "— Je comprends ! Tout est en perspective
    japonaise !

    Renaud lève un bras désolé, puis s'essuie
    le front. Dans la glace de droite, quelle drôle
    de Claudine, avec ses cheveux en plumes
    soufflées, ses yeux longs envahis de délice
    trouble, et sa bouche mouillée ! C'est l'autre
    Claudine, celle qui est « hors d'état » comme
    on dit chez nous. Et, en face d'elle, ce mon-
    sieur à reflets d'argent qui la regarde, qui la
    regarde, qui ne regarde qu'elle et ne mange
    plus. Oh, je sais bien! Ce n'est pas l'Asti, ce
    n'est pas le poivre des écrevisses, c'est cette
    présence-là, c'est ce regard presque noir aux
    lumières qui ont enivré la petite fille...

    Tout à fait dédoublée, je me vois agir, je
    m'entends parler, avec une voix qui m'arrive
    d'un peu loin, et la sage Claudine, enchaînée,
    reculée dans une chambre de verre, écoute
    jaser la folle Claudine et ne peut rien pour
    elle. Elle ne peut rien; elle ne veut rien non
    plus. La cheminée dont je redoutais l'écrou-
    lement, elle est tombée à grand fracas, et la
    poussière de sa chute fait un halo d'or autour
    des poires électriques. Assiste, Claudine sage,
    et ne remue pas ! La Claudine folle suit sa voie,
    avec l'infaillibilité des fous et des aveugles...

    Claudine regarde Renaud ; elle bat des cils,
    éblouie. Résigné, entraîné, aspiré dans le sil-
    lage, il se tait, et la regarde avec plus de
    chagrin encore, on dirait, que de plaisir. Elle
    éclate :

    — Oh, que je suis bien ! Oh, vous qui ne
    vouliez pas venir! Ah! ah! quand je veux...
    N'est-ce pas, on ne s'en ira plus jamais d'ici?
    Si vous saviez... je vous ai obéi, l'autre jour,
    moi, Claudine, — je n'ai jamais obéi qu'ex-
    près, avant vous... mais obéir, malgré soi,
    pendant qu'on a mal et bon dans les genoux !
    — oh ! c'est donc ça que Luce aimait tant
    être battue, vous savez, Luce? Je l'ai tant
    battue, sans savoir qu'elle avait raison; elle
    se roulait la tête sur le bord de la fenêtre, là
    où le bois est usé parce que, pendant les ré-
    créations, on y fend des cornuelles... Vous
    savez aussi ce que c'est, des cornuelles ? Un
    jour, j'ai voulu en pêcher moi-même, dans
    l'étang des Barres, et j'ai pris les fièvres,
    j'avais douze ans, et mes beaux cheveux...
    Vous m'aimeriez mieux, pas, avec des cheveux
    longs?... J'ai des « frémis » au bout des doigts,
    toute une « fremilloire ». — Sentez-vous?
    Un parfum d'absinthe? Le gros monsieur en a
    versé dans son Champagne. A l'Ecole, on
    mangeait des sucres d'orge verts, à l'absinthe;
    c'était très bien porté de les sucer longtemps.
    en les affûtant en pointe aiguë. La grande
    Anaïs était si gourmande, et si patiente, elle
    les appointissait mieux que tout le monde,
    et les petites venaient lui apporter leurs sucres
    d'orge. « Fais-le-moi pointu! » qu'elles di-
    saient. C'est sale, pas? — J'ai rêvé de vous.
    Voilà ce que je ne voulais pas vous avouer.
    Un méchant rêve trop bon... Mais maintenant
    que me voilà ailleurs, je peux bien vous le dire...

    — Claudine ! supplie-t-il, tout bas...

    La Claudine folle, tendue vers lui, ses deux
    mains à plat sur la nappe, le contemple. Elle
    a des yeux éperdus et sans secrets; une
    boucle de cheveux, légère, lui chatouille le
    sourcil droit. Elle parle comme un vase dé-
    borde, elle, la silencieuse et la fermée. Elle
    le voit rougir et pâlir, et respirer vite, et
    trouve cela tout naturel. Mais pourquoi ne
    paraît-il pas, autant qu'elle, extasié, délivré?
    Elle se pose vaguement cette question floue,
    et se répond tout haut, avec un soupir :

    — Maintenant, il ne pourrait plus m'arriver
    rien de triste. "

     

    Toulouse_Lautrec____Seule.jpg

     

     

     

    Difforme, alcoolique, nabot aux lèvres pleines, enfant choyé lui aussi, humaniste, surdoué, adoré, syphilitique, mort très vite, Toulouse Lautrec c'est un Degas, mais en VRAI.

     

     

     

     

     

     

    Texte: Claudine à Paris

    Titre: Colette, 1898, j'aimerais le lire.

    Dernière image: Seule, 1896, huile sur carton. D'un descendant des comtes de Toulouse difforme comme le Rescator!

    Musique: explicit lyrique, quand Daho cache un A majuscule.


     

  • Dandy des grands chemins

    pour faire le portrait d'un oiseauAvant Sexus, avant le rayon Filles, avant même les blogs et avant même les guerres, c'est en 1900 que Claudine à l'école est paru.

    Combien de petites filles ont lu et relu Claudine comme une histoire du soir, sans comprendre vraiment, ou sans oser comprendre exactement ce que Claudine apprenait quand elle lisait Pierre Louÿs avec la bénédiction de ce père amoureusement indifférent? Combien de petites filles ont pu lire, sans vraiment comprendre, cette histoire un peu étrange de fissures à constater au milieu des zéros qu'on refuse d'abaisser d'un brevet depuis longtemps disparu, sans que leurs parents y trouvent à redire? Laisserai-je prendre, à mon tour, ce petit livre pervers pour enfant trop sensuelle?

    Je n'ai pas autant aimé les autres Claudine. Maintenant je sais pourquoi, en relisant les premières pages de Claudine à Paris. Mais j'ai lu, jusqu'à le connaître quasiment par cœur, Claudine à l'école, chaque année, au printemps des cerises d'un arbre superbe et depuis disparu. Claudine, mon exemplaire, ou plutôt celui de ma mère, taché irrémédiablement des empreintes de doigts rougis de mes petits déjeuners dans l'arbre avec le livre. Je ne sais pas si ma mère l'a lu. Il est resté à la maison. Je vais faire de mémoire.

    Claudine et Anaïs, la veule, longue, maigre et jaune Anaïs. J'aurais adoré la connaître, lui filer mes gommes à manger. Je ne sais pas si je me serais entendue avec Claudine: loin d'être assez sournoise pour faire une Luce correcte, pas assez Claire pour être la mienne.  Mais la perverse Anaïs, je me serais beaucoup amusée avec. Marie aurait doucement existé, avec ses mains de sage-femme et son teint chaud. Et Luce. Je me serais tenue loin. Je l'aurais regardée à la dérobée. J'aurais rêvé de ses yeux verts. J'aurais remarqué ses rubans. Je ne l'aurais jamais touchée, jusqu'à ce qu'elle le réclame. Je suis sûre qu'elle aurait réclamé: j'ai connu la même. Elle avait les yeux délavés d'un chat persan et l'esprit bien trop compliqué pour une gamine de pas 10 ans.

    Son père. Que je le lui ai envié, comme je lui ai envié sa tranquillité à elle, sa sérénité face à l'indifférence de son père. Elle manquait de mère et de père, mais Colette la dépeint comme une princesse choyée au creux d'un écrin taillé pour elle. Etrange que Colette ait tué la mère de son double. Etrange aussi le relief donné à ce père qui ne fait rien pour et auquel on ne reproche jamais ce rien.

    Son mari: Renaud, c'est Willy. Je ne l'aime pas. un sec à moustache qui lui prend son art, son air, ses passions, ses déraisons, et qui la perd. Absent dans Claudine à l'école. Il apparaît dans ce Paris que je ne connaissais pas et qui m'impressionnait, petite. Il est secondaire. Il arrive quand elle est finie. Je n'aime pas les maris.

    Claudine n'est vraiment Claudine, la flamboyante, l'improbable Claudine que dans le premier volume. Après, Claudine la vivante cède la place à la ville, aux situations, aux adultes, aux amours interdites bien ou mal vécues mais sans le ton inédit, la gouaille, la drôlerie, la liberté, totale, de Claudine à l'école. Elle n'est plus à moi.

    Et puis il y a Dutertre. Dutertre le toubib. Dutertre aux dents de loup. Dutertre au souffle chaud, Dutertre au sourire carnassier, Dutertre aux poils noirs. Dutertre l'animal. Dutertre à la peau chaude. Dutertre le député, qui vient frôler les petites filles. Dutertre et sa moustache, caressante. Dutertre qui ne s'annonce jamais et vient prendre, sur le coin de la bouche, un baiser. Dutertre, brun, incandescent et irrésistible. Dutertre, le seul qui fait plier comme une rosière la sévère et saphique  Mlle Sergent, cette rousse bien faite. Dutertre, et la bottine qui tombe dans l'escalier neuf et sur laquelle, pudique, on referme la porte. Dutertre et ses fissures à constater. Dutertre et son absence de pudeur, son appétit, Dutertre qui parle tout bas.

    J'aurais adoré, petite et même grande, me retrouver serrée dans l'étreinte exigeante et trouble du bon Docteur Dutertre.

     






    Musique: vers la Malaisie

    Image: Marie-Hélène Breillat, la fière, la superbe. Avec son menton haut de Claudine. Avec ses seins de Claudine aux pointes rentrées, pour ceux qui préfèrent les belles images à la lecture. photographe inconnu. Une autre?

    pour faire le portrait d'un oiseau

     

     

  • Strophe' y laisse

    shine on you crazy diamond

    Dans cette maison que l'on sent chaleureuse, derrière la très grande fenêtre à petits carreaux, un peu embuée dans le soir qui commence et le froid qui tombe, une femme.

    On la devine affairée et douce, dans sa robe un peu passée, son chignon un peu affaissé, sa taille un peu lourde. Les couleurs autour d'elle appellent aussi à la douceur. Beige des murs, sable de son tablier, écru de sa robe, rouge des rideaux. Sur un plan de travail hors cadre depuis le dehors et la nuit, elle est occupée à trancher avec soin, les yeux baissés et la tête un peu penchée. On voit de temps en temps se lever le manche du couteau qu'elle tient dans la main droite. Le lent mouvement du couteau qui se lève et s'abaisse suit celui, tout aussi lent et doux, de sa poitrine qui se lève et s'abaisse dans sa vieille robe claire à la taille marquée.

    Elle se retourne et part, un plat entre les mains. Dans son dos, accrochée sous le chignon lâche à ce fin collier banal une laisse, longue, noire et tressée, la suit en oscillant vers la table dressée.

     


  • Oiselle (de ch'val)

    Almanach du Petit Pervers illustré (vol 2 à paraître)

     almanach du petit pervers illustré (vol 2 à paraître)

     

     

    Image, La vénus noire, Claude Mulot, (auteur également des petites écolières)

    Texte, Monsieur Lapointe,

    Titre, chanson de saillie

    Base, 16

    Police, copyright 0FOL

    Fautes, j'espère bien 

     

     

     

     

     

  • Bleu comme un cul d'enfer

    Quelquefois dans la vie il y a des moments de grâce.  Quand on ne tolère ni les drogues, ni la morphine, ni la codéine, ni pas mal de trucs en ine de plus de deux syllabes, on doit trouver ailleurs de quoi se noyer dans les endorphines. Les pitchounes en maillot de corps qui lavent les voitures, les hôtesses de l’air, les accouchements sans péridurale, le cul, les blogs de cul, certains exploits,  les maisons normandes, cramer, les chalets suisses, la musique, certains enfants, certains voyages, les blagues qui ne font vraiment rire que moi, et l’eau.

     

    Quelquefois,  la recherche du plaisir est inscrite sur une ordonnance. La mienne, laconique, tenait en trois verbes. Le deuxième était : "nage ".

     

    J’ai retrouvé l’eau, puis mon rythme, excessif évidemment. Les longueurs enchaînées se sont accumulées, la fréquence est devenue quotidienne, les endorphines plus longues à atteindre. 20 longueurs, puis 40, puis 60, puis 80, 100. Le corps qui guérit, qui s’assouplit, qui embellit, qui durcit, l’endurance.

     

    Mes plugs à moi vont dans les oreilles. Mes pinces sont à nez,  mes cheveux emprisonnés dans un bonnet à tête de mort, ma peau sent le chlore.

     

    Je commence doucement. Je me fous de la technique comme je me fous des règles. Je nage fort. Je respire tous les deux temps au lieu de trois, toujours du même côté. Mon bassin oscille, je ne bats des jambes que sur le dos et je ne nage sur le dos que rarement.  Je me sens bien après 30 longueurs. Après 40, je me berce. Après 60, je vole. J’oscille longtemps dans l'eau, je glisse,  A 80 je m’oblige à sortir, et une fois  sur terre je vole pareil.

     

    Je nage partout où je vais. Je m’insère dans les lignes d’eau comme sur l’autoroute. Une seule fois, j’ai dû sévir. Des nageurs du dimanche. Je m’accommode des  milf qui viennent « courir » dans l’eau en palmes, je suis complice des tonnes de muscles du couloir nage rapide. Je nage avec eux. Certains jours, ce sont eux qui nagent avec moi.

     

    Je préfère nager ailleurs que chez moi, où les piscines sont un peu trop étriquées.  Et puis un jour, j’ai trouvé mon graal.

     

    On y accède après quelques sorties d’une autoroute sur laquelle je me suis longtemps refusé de mettre une roue. Au bout d’une impasse bordée d’un canal, c’est un monolithe de béton, de colonnes élancées, il y a même  une piste d’envol.  L’architecte, inspiré du bauhaus et des temples incas, s’est complètement lâché.  

     

    Le bassin est dehors, sauf s’il grêle ou que la foudre menace. 50 mètres d’eau immobile qui fume dans le froid. Pas de milf en palme. Bordé à chaque bout de chronomètres vieillots, et tout le long de colonnes de béton. Le type connaît son nombre d’or. Plus loin, des lignes colorées  s’élancent vers le ciel. On y accède par une chatière. Il faut être motivé pour toucher le ciel. Pour y aller, à chaque fois, je dois m’autoriser trois heures avec moi.

     

    Une fille qui change toutes les 30 minutes surveille en doudoune que personne n’est mort. Les feuilles ont le droit de tomber dans l’eau. Je suis seule dans ma ligne.

     

    Les nanas à l’accueil sont toujours charmantes. Aujourd’hui, en prenant  un nombre impressionnant d’entrées,  j’ai regardé les palmes courtes, pour la quatrième fois.

     

    Ça me plaît de nager quasi nue et sans aide. Mon maillot, cycliste et très moche, est deux tailles trop grand pour ne pas me toucher. Je lorgne sur les MP3 amphibies, juste pour voir si ça parle vraiment à l’os, je mets des lunettes qui me bousillent  la peau délicate du tour de l’œil qui est pourtant l’objet de toutes les attentions des coquettes qui ont passé 40 ans, et un truc sur le nez pour ne pas me brûler les muqueuses . Je l’ai perdu aujourd’hui, d’ailleurs, laissé sur le bord après les plongeons.

     

    Quand j’étais très jeune, trop jeune pour comprendre mais pas assez pour oublier, quelqu’un de cher a dit devant moi « cette petite, quand elle connaîtra l’amour, elle ne pourra plus s’en passer ».  C’est pour cela que, entre autres, les autoroutes,  les palmes, et aimer vraiment, j’avais toujours évité.

     

    Je les ai achetées. Taille 39/41. J’avais envie de les garder aux pieds mais on a sa dignité. Je pensais les essayer sur  trois ou quatre longueurs, histoire de voir comment mes os détruits allaient les supporter. Je suis passée par la chatière, j’ai commencé à nager. Rapide, fluide, les palmes immobiles dans mon sillage. Et j’ai commencé à osciller. Une jambe, l’autre, une hanche, l’autre, au rythme des bras. J’ai décollé.  J’ai décollé sur trois kilomètres.

     

    A la 33 ème longueur,  le soleil a troué les nuages et est venu frapper directement  la vapeur qui montait.

     

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    Il me faut maintenant assortir mon maillot à mes palmes. Mais pour avoir sans question celui que je veux, je pense que je vais avoir besoin d'une dispense médicale.

     

     

     

     

     

     


     

  • Libre comme un porno des années 70

    C'est pas calculé, ça respire, c'est à peine supportable, c'est mal fait, en plastique, pas abouti, ça s'en fout d'être vu, c'est fait pour se faire plaisir, c'est barré, jouissif, sans complexe, infantile et gratuit. Mais en plein milieu de ces années terribles, stridentes, étouffantes de violences faites à la vie et à la liberté, putain, ça se branle avec un chou.

    Pour eux ça doit être un peu comme ici. Eux non plus, il ne doivent pas vraiment savoir s'il y aura un autre clip après chaque dernier.

     


  • Mais c'était juste un doigt!

     

      Vous reprendrez bien quelques grammes de brute?

     


    "Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m’enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Âmes de ceux que j’ai aimés, âmes de ceux que j’ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde, et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise !"

    Charles Baudelaire, (A une heure du matin) Petits poèmes en prose, 1869

     

  • Lasher prise

    shine on you crazy diamond

    C’était juste un fouet, acheté à Tolède. Un fouet en cuir, un vieux, un vrai  avec le manche tressé,  glissé dans une valise dans un silence complice et un sourire en coin avant de la boucler aussi. Un fouet longtemps retenu qui a trouvé sa  place dans cette  seule main qui pouvait le tenir. Un fouet qui ne savait pas qu’il savait faire brûler, et qui ignorait à ce point aimer ça. Ce fouet qui craignait tant de blesser et se perdre a su mordre, lacérer et mordre encore, cingler, fendre, ne plus se retenir, et dans un tourbillon de lanières  et de dessins de feu  dissoudre dans l’abandon  les derniers des hauts murs  qui éloignaient encore.

     

    La trace de ce fouet, gravée sur ta rétine, te montrera encore  le chemin qu’il faut prendre pour faire rendre les armes aux âmes congelées.  

     

     

    (très troublante photo, trouvée sur le net).


     

  • Plane conscience

     

    044.JPGElle savait seulement qu’un vol lui avait été réservé sur une compagnie nationale, pour un trajet assez court et qu’il ne  tolérait pas de question.  Ce qu’elle ferait une fois sur place, comment elle reviendrait à Paris n’avait pour le moment aucune importance et ça lui convenait très bien. Elle aurait aimé partir plus loin que ce saut de puce, mais son emploi du temps chargé ne lui avait pas laissé de loisir.  Pas le choix.  

     

    A l’heure dite, elle se présente à l’embarquement dans la tenue qui lui a été assignée : profilée et noire. Pas de consigne pour les cheveux.  Elle trompe le temps en matant les hôtesses et en prenant de discrètes photos d’uniformes et de chignons lisses.  Au contrôle, retenue un peu plus longtemps que nécessaire, on lui fait ôter ses bottes.

     

    En s’installant, elle heurte les courbes dures du stewart et s’excuse d’un sourire. Il se penche vers elle, complice : « Si vous saviez, c’est mon lot quotidien ».  Un peu gênée, elle se rencogne dans son siège et ouvre son bouquin.  John Irving, en poche, un dos nu et deux mains qui agrafent des dessous en noir et blanc. Elle n’en lira même pas une page.

     

    A son côté, un homme.

     

    Brun. Fin. Pas grand mais pas petit non plus. Musculature discrète. Mains étroites, nez pincé, lèvres fines, pas son genre sauf les poignets qui sortent des manchettes d’une chemise élégante.  Un petit point faible nettement  plus avouables que les hôtesses de l’air. Mais cette présence discrète est agréablement pesante. Le calme nonchalant de ce type l’apaise  à l’approche du décollage. Elle aurait pu plus mal tomber dans cet avion pourtant vide. Au pire, elle s’éclipsera une fois en l’air.  Il sent vraiment très bon. Il va bien aller avec le reste.

     

    Les consignes de sécurité exécutées par une petite brune anguleuse la plongent dans une torpeur bienheureuse.  Elle se love et se laisse emplir du bourdonnement accru des moteurs et des secousses du tarmac, attendant avec un plaisir anticipé l’extinction du signal qui donnera le coup d’envoi du lent ballet des cafés, thés, jus d’orange frais, croissants servis à cette heure matinale sur ce vol à l’ancienne.  Le balancement jusqu’à ce qu’elles se penchent sur le passager, le fixant d’un regard attentif pendant qu’elles s’enquièrent de ses désirs. Le hochement de tête, le sourire patiemment fardé,  le geste précis, l’équilibre pour servir la boisson demandée, remise avec  sûreté  à son destinataire entourée d’une serviette de papier épais. Les coussins, apportés sur des talons par des jambes qui tendent les jupes étroites sur des culs entretenus, l’attention extrême surtout portée  à chaque requête comme s’il n’y avait rien de plus important au monde, la proximité des corps et des parfums, la lascivité des déplacements, même quand elles plient le genou pour ouvrir la petite porte qui claque en bas du chariot. Et leur regard.  Pourquoi crois-tu qu’on attache les passagers ?


     photo issue d'une collection personnelle, cadeau d'une autre Anna, tout aussi chère.

     

  • You wanna take a Bad?

     

    shine on you crazy diamondJe repose juste sur la pulpe de l’un des doigts de sa main tendue sous mon ventre. Non, en vrai je suis suspendue sur la pulpe de l’un des doigts de sa main détendue sous mon ventre. Immobile.

    La pulpe de ce doigt concentre l’intégralité de tout ce que je suis sur quelques dérisoires millimètres carrés de chair vraiment très tendue.  Je ne sens ni sa paume, ni le reste de la main.

    D’un imperceptible mouvement retenu, la pulpe de ce doigt déroule depuis la minuscule pointe  qu’elle effleure des nerfs inédits jusque dans mon cul, mon ventre, mes orteils, mon cerveau, mes muscles, ma gorge, ma nuque, mon cœur. Avec des traînées de feu tout le long qui chassent le moindre souffle d’air de mes poumons.  Même mon diaphragme essaie de me raconter des choses.  Mon plexus solaire.  Pile au milieu entre Sexus et Nexus. Miller ne disait pas de conneries.

    Ce n’est pas du plaisir, c’est tout le reste. La pulpe de ce doigt efface sans y toucher des milliards de secondes mises bout à bout de jouissance sèche dont on se relève en les ayant aussitôt oubliées.

    Ce qui affole complètement les lambeaux de pimbêche accrochés ongles sortis dans un recoin de ma tête engourdie.  Les lambeaux de pimbêche essaient de reprendre le contrôle pour que d’un mouvement des reins je glisse le long de ce bras comme sur un tremplin de ski pour aller me ficher sur sa main au moins jusqu’au poignet et qu’enfin cesse cet insupportable état de grâce.  Les pimbêches, même en lambeaux, ça n’aime pas faire des pointes en équilibre sur des arêtes. Les pimbêches, même en lambeaux,  ça comprend plutôt mal que ça a perdu la partie sans même que la guerre soit déclarée.  

    Mais la poupée, elle, se laisse porter par ces sensations qui sont plus que des sensations parce qu’elles emportent toutes entières les belles garces qui lâchent prise.  La poupée n’a peur de rien et surtout pas de se laisser surprendre, La poupée ne craint rien et surtout pas de ne pas prendre le contrôle. La poupée ne redoute pas d’être féminine. Ce sont les pimbêches qui ne peuvent être que la femme de quelqu'un.  

    Il se penche vers la poupée, et il dit : « je te défends de jouir ».

     

    shine on you crazy diamond

    photos prises sur le net de  pimbêche diagnostiquée.

     

     

     

     


     

     

  • Sous la côte, Sur le Mont, Vers-chez-les-blancs, and under the bridge

     

    faire-pipi-dans-sa-culotte--69- (2).jpg

    Ce soir, quand nous serons attablés, au milieu de ces amis trop rares, que tu te seras détendue auprès de leur chaleur bienveillante, le vin précieux aidant, après que tu te seras nourrie lentement, posément, que tu auras savouré chaque bouchée de ce repas attendu, quand tu auras baissé ta garde, je te ferai un signe.

    Alors tu te lèveras, tu dérangeras les autres convives, tu trouveras un prétexte pour t’isoler dans une autre pièce.

    Là, tu te mettras nue.  Tu te regarderas. Tu te détailleras. Tu suivras de deux doigts la courbe de ton ventre, tu éprouveras la douceur de ta peau, le dessin de tes muscles,  la surprise de ta fente dénudée.  Tu te toucheras du bout des doigts comme si tu étais une autre. Tu te  découvriras comme je te vois.

    Tu te trouveras belle ou tu te verras déchue. Tu t’empêcheras de penser. Tu te concentreras sur le souvenir de ma voix, qui te demande de t’ouvrir, de t’exhiber, de me montrer tes jolies choses.

    Et quand ton impudeur te fera revenir à toi, tu prendras de ton corps l’image la plus crue.  La plus nue, la plus rude.

    Tu t’empêcheras de la regarder.

    Tu t’empêcheras de la détester. Parce qu’elle est à moi.

    Puis tu te rhabilleras, retrouvant la chaleur de tes vêtements. Tu viendras retrouver la chaleur de notre table.  Tu te rassiéras. Tu fuiras mon regard, tu rattraperas la conversation au vol d’un bon mot. Tu te feras tant bien que mal revenir à cette réalité là.

    Plus tard, quand tu seras prête, tu viendras toute nue m’apporter cette image.  Puis tu te coucheras en travers de mes cuisses, tu croiseras haut les bras dans ton dos et tu fermeras les yeux.

    La suite m’appartient à moi. Mais je saurai que ce qui te fera trembler, ce n’est ni la caresse, ni ce qui aura précédé. Ce qui te fera trembler, c’est le souvenir de ces deux heures, passées à guetter le moment où j'allais te montrer du regard la porte derrière laquelle tu te dénuderais.

    Et tu ne sauras pas que ce qui guide la douceur ou la fermeté de ma main, c’est le souvenir de ces dix minutes passées à fixer au milieu du brouhaha  cette porte derrière laquelle tu avais disparu.


    image trouvée sur le net

  • Le Passage du Reward

    Elle est moins jolie que ce qu’il attendait mais elle est pile à l’heure et en jupe serrée. Il détaille les fossettes, la bouche pleine de coins et les yeux qui le fixent, pas spécialement rassurés.

    Il l’a voulue le sexe, les seins et les mains libres. Deux heures.

    Il lui demande si elle est prête.

    Elle glisse son poignet dans sa main, et il la fait entrer.

    Les lieux sont sobrement chics, décorés sans ostentation, l’accueil est discret,  le service parfait et l’hygiène impeccable.  Il a bien choisi et la sent se décrisper un peu.

    Il la suit dans la première volée d’escalier, la laissant découvrir la pièce où il va s’occuper d’elle.

    Elle se tient immobile, au centre, sur le tapis. Il fait glisser sa jupe. Elle l’enjambe. Quelqu’un d’autre la ramassera. Il voit les bas fixés sur la peau fine des cuisses, il voit le petit bleu de la forme d’un pouce. Il lui laisse ses drôles de bottes hautes.  Le chemisier rejoint la jupe. Son ancienne peau est au sol.

    On lui amène le sac qu’il a déposé la veille. Il en sort un rouge à lèvres, un crayon noir qu’il lui tend.

    Avec le crayon elle se débrouille bien mais elle est vite agaçante avec le reste et il lui prend des mains. Elle se laisse faire pendant qu’il applique un rouge à ne pas sortir dehors sur ses lèvres décousues. Il hésite à peine et lui en teinte aussi les pointes des seins.

    Le point d’honneur qu’elle met à rester impassible file en léger soupir quand elle voit le serre  taille trop étroit qu’il lui a choisi.  Il en ceint le point le plus souple de son corps, à quelques centimètres d’elle, pour qu’elle sente la chaleur de la bête qui a envie de la décorer. Le cuir noir tronqué la pince quasi en deux et lui fait le cul qui déborde. Elle respire comme elle peut. Au centre de son ventre, quelque chose se met à battre très fort et elle a peur de s’évanouir.

    Il lui met son collier. Il accroche la laisse.

    Longtemps, lentement, sans la quitter des yeux, il va promener du bout de la laisse son port de reine et son indécent cul de garce dans les salles obscure de ce club quasi désert.  

    Et dans son sillage, elle apprend à marcher.

  • Sur un air de repos

     

    Vous a-t-on déjà lovée tout entière entre des bras redevenus tendres ?

     

    Vous a-t-on caressée des lèvres et du souffle le front et les tempes tandis que des mains douces vous serraient contre un corps ?

     

    A-t-on enfoui longtemps le nez dans vos cheveux pour psalmodier doucement les litanies sans suite que l’on dit aux enfants pour qu’ils se sentent aimés ?

     

    Vous a-t-on déjà prise alors que vous pleuriez ?

     

     

     

  • Drive me in normal mode

     

    "Je lui ai demandé la permission d'aller chercher ma ceinture. Distraitement, il m'a demandé pourquoi faire. Je lui ai répondu tout doucement. Il m'a virée du lit. J'ai détalé vers la salle de bains.

    Quand je l'ai posée sur ses genoux, il m'a cravachée trois fois, très fort avec, pour la forme. Et puis il l'a bouclée autour de mon cou. Il a enroulé l'autre extrémité autour de sa main. J'ai bien tenté de lui dire que c'était trop serré, mais il y a eu une traction et je me suis fait bâillonner par un très gros truc.

    - Tu ne vaux pas mieux qu'une autre.

    - J'espère bien. (silence). Mais toute la pièce s'est mise à irradier. Et ça venait de moi."

     


     

  • JUS (tine), J2

     

    Sous les néons, accroupie au bas du rayon de ce supermarché pour filles perdues, Elle regarde la boite transparente qu'il vient de déposer dans sa main et les deux pinces cruelles, reliées par une bande de satin noir lovées à l'intérieur. Tant qu'elle garde les yeux baissés, la vilaine bête qui commence à s'étirer depuis son bas ventre jusqu'à sa gorge restera peut être sous contrôle.

    Il la relève par un bras et la pousse vers les cabines un peu plus loin. La marque de ses trois doigts serrés mettra ben deux jours à disparaître. Bousculée sur ses talons malhabiles, elle se tord les pieds jusqu'à ce qu'il la virevolte sur tabouret qui peuple heureusement le lieu. Les marketteurs auront pensé à tout. Pile en face, un miroir. Son siège gîte encore quand la braguette descend d'une main, l'autre en coupe à la base du crâne, il va finir de grossir tout au fond de sa gorge.

    Bouche grande ouverte, commissures écarquillés et yeux à l'avenant, elle lutte contre des vagues de nausées, assise jambes écartées au bord du gouffre.

    De l'ourlet de sa jupe apparaît un fil de mouille, aussi fin que quelques cheveux, qui accroche la lumière et comme un lent et magnifique ruban de cristaux liquides, va s'arrondir sur le sol noir.  

     

     

    "Vous prenez l'ascenseur pour l'échafaud?

    - Merci, je descend à Pilori."


     

  • Bonjour les Degas

     

    La japonaise au bain, 1864.jpg

     1

    Il m’avait donné rendez-vous dans ce bar d’hôtel feutré près de la grande gare, de ceux où l’on cueille par grappes les putes de haute volée perchées sur des talons de 12.  J’étais arrivée à pieds, sans parapluie. La pluie fine avait trempé mes cheveux courts. J’ai resserré la ceinture de mon imperméable dans le reflet de la porte tournante, respiré un grand coup, et je suis entrée.

    Poney est déjà embusqué en back office au fond de la salle. On peut toujours compter sur Poney. J’ai  cependant une légère appréhension en découvrant qu’il s’est installé pile à côté de celui avec qui je pense avoir rendez-vous.  Le type, pas très grand, brun, assis, me dévisage avec un sourire plutôt plus gentil que ce que j’imaginais.  Il faut dire aussi que j’ai pris exactement le contrepied de ce qu’il m’avait demandé : pas de jupe, pas de bas, pas de talons. Pas de maquillage, pas de vernis, pas d’apprêt. Pas coiffée.  Je me sens sous ce regard pourtant bien plus jolie que toutes les filles plus jeunes et plus belles qui jonchent consciencieusement chaque mètre carré de la moquette chic de ce bar de luxe. J’ai l’impression d’être Fanny Ardant. Je pense être Fanny Ardant. Je deviens Fanny Ardant.

    Je m’arrête devant lui et son sourire bizarre ne faiblit pas. Je décide que c’est bien moi qu’il attend. Poney qui a compris va s’installer plus loin. Je m’assois.

    Devant moi j’ai déjà un thé noir et donc 38 minutes avant de devoir pisser.

    On se regarde. La conversation ne s’engage pas. Je ne suis pas complètement à l’aise. Je n’ai pas envie de déplaire, encore moins de séduire, pas assez détendue pour être drôle, pas assez sur la défensive pour être raide. Lui reste tranquille et c’est ça qui me sauve.

    Je suis perdue.

    Je lui souris enfin. Je lui avoue que le fauteuil, confortable pour n’importe qui, est pour moi une torture. « Sortons » répond-il. Poney quand je passe près de sa table  lève les yeux au ciel.

    Dehors, je constate que j’ai finalement bien fait de ne pas mettre de talons. Il m’offre son bras. Je le prends, et ce contact pourtant inhabituel pour le glaçon que je suis avec le corps des autres achève de me rassurer, de me réchauffer, de calmer l’excitation idiote qui m’a portée jusqu’ici. Je me sens mieux. Je ne suis plus déplacée. Je me serre contre lui, et nous marchons dans Paris.

    Il y a une ferveur particulière à marcher dans Paris. A Lyon, la brume  et le froid assourdissent tout et on se voit vite 200 ans en arrière, dans un coupe gorge. A Milan, la fébrilité, les bagnoles, les trams, la gaieté et le sérieux de tous ces gens parfaits et volubiles donnent l’impression de se déplacer sous acide. A Nice, aucun intérêt. A Bordeaux l’odeur particulière de la ville domine tout. A Paris, on est partout à la fois, dans tous les films à la fois. D’une façade à l’autre, d’un bout de trottoir à l’autre, on traverse toute sa propre mémoire et on s’écrit l’histoire qu’on veut.

    Nous quittons, en silence et du même pas, les foules affairées pour des artères plus sereines où nous attend cette conversation que j’ai pourtant repoussée autant que j’ai pu. Pour ma part, je resterais bien juste dans la chaleur et la fermeté de ce bras que je tiens et qui me mène. Je commence à me rapprocher de cet exotique état d’abandon dont la recherche nous a conduits l’un vers l’autre. Je ne veux rien savoir de son vrai lui.  Je n’ai pas envie qu’un mot de travers me ramène en moi.

    Et puis il me demande, d’une voix basse : « vous a-t-on déjà donné le bain, comme on baigne une petite fille sage et obéissante? »

    Je le regarde et je ne réponds rien. Bien sûr qu’on ne m’a jamais donné de bain. Je déteste les bains. Je prends des douches brûlantes et je chante fort dessous.  On est mal installé dans une baignoire. On est rarement beau dans une baignoire. Je n’aime pas qu’on me touche. Je ne suis pas prête au tête à tête. Je.ne.veux.pas.

    Il se marre, hèle un taxi, lui lance une adresse et me colle à l’arrière. Stupéfaite. Seule…

    2

     Le voyage ne dure pas longtemps. A la faveur des voies de bus, le taxi pile au bout de quelques minutes et je descends de voiture devant la façade discrète d’un établissement de bains japonais.

    Un établissement de bains japonais. Mon dieu.

    J’entre. Deux asiatiques splendides m’accueillent en anglais. L’une d’elles, en prenant mon imper, effleure ma nuque et provoque une salve de frissons qui finissent de me faire fondre en dedans. Cette simple caresse et l’exquise politesse de mes hôtesses  me rendent aussi souple et docile qu’un brin d’herbe dans l’eau.  Souriante et silencieuse, l’autre me conduit sans toucher terre vers une lourde porte qu’elle franchit devant moi.

    Derrière, une petite salle très éclairée, avec un lit haut habillé de blanc. Je reconnais l’odeur de la cire qui chauffe. Je dois me déshabiller et m’allonger sur le dos. Je plie mon jean, mon pull léger, Elle désigne ma brassière du doigt. Je l’ôte. Ma culotte. J’hésite. Je l’ôte.  

    Elle commence par les aisselles. La droite se passe vite. Mais l’aisselle gauche… Chaque fois qu’elle se hausse sur la pointe des pieds pour se pencher vers mon aisselle gauche, son petit sein dur  se presse contre le mien nu. Elle pourrait faire le tour, pourtant. Et quand elle se redresse, elle me coule un petit regard qui me fait encore  pire. Je dois encore tenir le bras gauche en l’air, mais je ramène en coque la main droite sur mon sein pour qu’elle soit moins gênée quand elle se frotte. Salope.

    Elle me retourne pour l’arrière des jambes, et bientôt, il ne reste plus que le maillot. 

    Pas trop échancré, je demande tandis qu’elle appuie sur un bouton qui abaisse le lit quasiment jusqu’à ras le sol. Elle s’agenouille sur les talons, les mains sur les cuisses et fait gentiment non de la tête. « J’ai mes ordres », elle répond.

    Elle s’affaire à petit gestes brefs et précis, et chaque fois qu’elle retire d’un coup sec une petite bande, elle plaque sa main fraîche sur mon pubis, contre mes lèvres, à l’intérieur de mes cuisses. Ça pique, ça brûle, c’est frais, c’est chaud, ça pique, ça brûle, c’est frais, c’est chaud la succession de sensations fortes  et douces qu’elle m’inflige est un calvaire pour ma tempérance, ma pudeur, mon éducation. Je ne pourrai jamais me laisser aller au plaisir pour lequel elle me prépare avec autant de soin. J’ai envie qu’elle me caresse vraiment, qu’on en finisse. Que l’excitation, l’appréhension refluent enfin et que je puisse quitter cet endroit. Je n’ose pas lui demander. Je n’ose pas risquer qu’elle me repousse.

    Elle a fini. Elle ôte les dernières traces de cire et applique légèrement une lotion apaisante. Je vais pour me lever mais, comme la première fois, elle fait doucement non de la tête. Au lieu de cela, elle baisse la lumière,  allume trois bougies parfumées, étend sur mon corps nu et glabre un épais drap de bain chauffé et quitte la pièce.

    Contre toute attente, je m’endors.

    3

    On  me réveille. Je n’ai pas dormi longtemps, la serviette est encore tiède mais cela ne me rend pas pour autant une idée claire de l’heure qu’il peut être.  Ce n’est pas la même fille que celle aux petits seins mais elle est au moins aussi jolie.  Cet endroit est un paradis.  

    Elle me fait signe de me lever et de la suivre. J’enfile devant elle mes vêtements qui ne semblent plus m’appartenir, ni m’aller aussi bien. Quelque chose a changé.  Elle me regarde faire sans un mot. Je suis tentée un moment de me déshabiller à nouveau et de la suivre nue. Mais là encore, je suis retenue. L’excitation, pourtant, est retombée. Je me sens calme. Prête. Sûre. Je la suis, mes bottes à la main, dans un couloir revêtu de marbre et de bois. Nous passons plusieurs portes, encore. La lumière est faible, la chaleur sèche. Elle s’arrête et frappe à une cloison mobile. Une autre femme, en peignoir fin, lisse, pleine  et veloutée comme seules les Eurasiennes peuvent l’être lui ouvre et s’efface pour me  laisser entrer.

    La pièce est plutôt grande, peut être agrandie encore par la pénombre qui y règne. Seul point éclairé par des bougies, un escalier en bois dur qui plonge dans un grand bain carré encastré dans le sol de pierre grise. Sur la surface un peu huileuse de l’eau flottent des pétales de fleurs. Des serviettes immaculées et moelleuses  empilées sur un bord, un fauteuil en osier posé en diagonale, sur son dossier, la main d’un homme.

    Sa voix s’élève dans le noir : « Nue ». Aussitôt, la femme en peignoir trotte vers moi et m’ôte prestement pull, jean et sous-vêtements. Je m’empêtre un peu dans sa hâte à lui obéir.

    « Marchez jusqu’à l’eau ».

    Je ne sais pas si le vouvoiement est pour nous deux ou moi seule. Dans le doute, on s’élance ensemble.

    « Attendez ». Je m’immobilise sur la première marche. J’attends, gauchement,  une longue minute qu’il fasse signe à la femme de m’immerger.  L’eau est chaude, lourde. Moi aussi.

    La femme prend une éponge, la frotte sur un gros savon rouge translucide à l’odeur délicieuse et indéfinissable, et commence à frotter le haut de mon dos. Il la laisse faire un moment, puis, de sa voix grave, commence à la guider.

    « Le cou ».

    Elle contourne mes maxillaires, et vient presser son éponge dans le creux de ma clavicule.

    « Les seins ».

    Elle descend en petits cercles sur ma poitrine, autour des mamelons. Je n’ose ni la regarder, ni regarder en sa direction à lui. Assise dans l’eau, les deux mains agrippées au bord du bassin, je ferme les yeux.

    « Le ventre ».

    La main qui tient l’éponge plonge sous l’eau. Il ne doit pas pouvoir la voir de l’endroit où il se tient. C’est donc moi qu’il regarde. Mon visage.  Je me sens mal. Je n’y arrive pas.  J’ai envie de partir. Qu’ils restent donc tous les deux. Ils trouveront bien à occuper le reste de la soirée. Moi je rentre chez moi.

    Un ordre encore. Elle a lâché l’éponge. D’une main, elle tient ma nuque et m’allonge. De l’autre, elle passe entre mes cuisses, son pouce qui ouvre ma fente, sa main qui remonte sur mes reins, qui pétrit, masse et savonne pendant que l’autre tient toujours ma nuque, ballet rythmé par la voix brève aussitôt obéie. A mains nues, elle me lave longtemps, partout, comme on câline. Elle repasse, appuie, fouille, lisse, griffe, frotte, tantôt de sa propre initiative, tantôt rattrapée par les envies de la voix.  Et les yeux clos, ballotée par ces mains habiles, bercée par l’odeur suave, la chaleur des bougies, le clapotis de l’eau et la voix calme et précise, je cesse de lutter et je me laisse ouvrir. Enfin. 

     

    « Vous a-t-on déjà donné le bain, comme on baigne une petite fille sage et obéissante ? »


     

  • a/bandons

    Je ne suis pas de celles que l’on quitte. Encore moins par mail. Encore moins quand c’est une femme. Et surtout pas quand je ne l’ai jamais vu venir, ni vue tout court d’ailleurs.

    D’elle, je ne connais que deux choses et aucune d’elles n’est son prénom.

    Le nom qu’elle s’est trouvé pour écrire depuis un petit point entre Tanger et Glasgow rappelle le personnage d’un roman de gare écrit par un autre pseudo qui commence aussi par a. Il évoque une autre Anaïs à la voix tout aussi calme mais beaucoup plus perdue. Elle aussi se perd ou plutôt s’enfouit dans les mots des autres et même dans les vôtres pour les mettre en lumière. Elle est souvent allée chercher chez vous autres ce que je lui ai dit un jour être un beau bouquet de Narcisses. Ce qu’elle en fait est aussi ouvert qu’hermétique. Elle demande un effort.  Un gros effort. Certains l’ont fait. Pas tous. Pourtant, elle reste indulgente.

    Elle ne dit rien d’elle, même si elle montre beaucoup : sa pudeur, son inconfort parfois avec l’impudeur des autres, la vraie, celle des sentiments et des vies aussi gras que les rires qui vont  souvent avec. Elle écoute ce qu’elle lit avec une attention totale. Elle comprend, toujours. Tout. Elle me fait comprendre aussi. Trop.  Trop subtile, trop fine, trop droite, trop discrète.  Dans votre petit monde, elle a été mon premier contact. J’ai été très gâtée. D’emblée, j’ai eu la plus belle.  

    Un jour, Sophie Calle a reçu un mail de rupture. Je crois que c’était la première fois pour elle aussi. Elle n’a pas répondu. Elle l’a donné à une centaine de femmes, choisies pour leur profession, qui l’ont interprété à leur manière. La liste de leurs  métiers ressemble à celle dont j'ai eu envie autrefois.

    Le mail reçu par Sophie Calle finissait par « prenez soin de vous ». Le sien aussi, avec un renvoi appuyé à l’ouvrage qui porte le même titre des fois que je passe à côté.  Elle a eu raison. Je serais passée à côté.

    Je vais faire comme Sophie Calle. Je ne vais pas répondre, et à la place, je vais faire un bordel à 80 euros. Ce d’autant que, dans la liste, il y a bien une sexologue mais aucune bloggeuse de cul. Voilà un tort que je peux réparer.

    Je ne suis pas de celles qu’on quitte, mais je serais de celle dont on prend congé? Pourquoi ne pas m’avoir laissé l’oublier? J’y serais arrivée. C’est pour cela, la rupture? Pour marquer? Pour couper? Pour trancher ?

    Dans quoi ça tranche, ça, c’est la surprise.

    Savez-vous au moins dans quoi vous avez tranché?

    Pour déculpabiliser les adultes, on raconte que les enfants se guérissent de la mort en apprenant le deuil au fil des séparations. Chaque deuil successif venant réparer un peu mieux les dégâts du précédent. A l’âge adulte, les deuils, les morts, les séparations, viendraient cautériser les vieux deuils, les vieilles morts, les vieilles séparations. La nouvelle épreuve rapportée à l’ancienne expliquerait à l’adulte comment se guérir de ses peurs d’enfant.   

    On m’a raconté un jour une histoire. Celle d’un bébé qui s’était presque laissé mourir pendant le voyage à l’étranger de sa mère. Devenue une très belle personne adulte, ce bébé avait gardé une fragilité qui se manifestait chaque fois que la situation se reproduisait. Elle qui avait  vécu les plus horribles des deuils qu’un humain peut vivre en perdant ses parents, son pays, son enfant n’a fait le lien et compris son mal que lorsque son médecin, une femme, lui a annoncé son départ. Dès lors, elle n’a plus ressenti cette douleur liée à l’abandon. Elle s’en disait guérie. Elle est morte il y a quelques jours. Peu après, ma propre toubib m’a adressée à un autre. Ma réaction l’a autant surprise qu’elle m’a surpris moi. Je lui ai dit qu’elle ne se rendait pas compte de ce qu’elle faisait en me privant de ses soins. Dans la rue et les larmes aux yeux, j’ai compris : c’était juste mon tour. Je ne suis pas de celles qu’on quitte. Arrêtez de prendre congé.  Vous ne savez pas avec qui, avec quoi vous me laissez.

     

     

  • You don't have to

    La dernière fois, c'était dans la chambre volée d'une aile désaffectée pour l'été du service de neurochirurgie d'un hôpital réputé pour bien soigner surtout les fous. La fille de nuit m'avait refilé un drap et fait promettre de rejoindre ma distrayante voisine de chambre avant le petit matin. J'ai allumé la télé alors que je recevais le SMS de Poney: "Arte, cette nuit. Twin Peaks". Je me suis arrangée autour de la douleur, et puis je me suis laissé hypnotiser.

     


     

     

    Alors tu penses bien que je la comprends, ton envie de t'y retrouver. Mais si tu veux vraiment ressusciter la magie, est-tu sûr de bien t'y prendre, comme ça David?

    Viens plutôt te suspendre dans une chambre volée d'une aile désaffectée d'un hôpital psychiatrique, au cœur de la nuit.

  • Play et bosse.#3

     

    Donc on est arrivé dans cette vallée. Ou alors c’est un plateau. On est haut, en tous cas, très haut. Ce n’est pas de l’herbe mais une espèce de lichen d’alpage, très vert, filandreux et ras, d’où  affleurent, çà et là, des rochers et quelques marmottes. L’air pique et ça, la vache, ça manquait pas mal. Le panorama est splendide. Partout autour, un cirque de sommets découpés au kutter dans tous les tons de gris, a right fifty shades. Au-dessus de tout ça, une unique nuance de bleu qui mène une clarté d’enfer aux sapins centenaires. Le son est hypnotique, le ruisseau qui finit en torrent le disputant aux branches agitées.  Personne ne parle.

    Couchée sur une pierre plate, une fille nue, entravée, magnifique, trône au milieu du vallon.

    QUOTE(ANNA)

    "Continuez"

    Nous nous regardons. À ce moment précis, je me souviens, je vois passer sur le visage de Pauline l’ombre d’une inquiétude. Puis l’amusement gagne. Je la sais joueuse. Cela doit lui plaire, je me dis. Elle doit sûrement lire sur le mien l’étonnement. Que fait cette fille là ?! Comment est-elle arrivée là ?! Qui… qui… ?! Mes pensées fusent pendant que Pauline avance un pas, puis un autre, aucun bruit sous ses pieds. J’imagine son sourire. Je n’ose pas bouger, cloué sur place par tout ça, l’air, le torrent et cette fille nue, qui ne bouge pas. Pauline se penche sur elle. Pauline me regarde. Pauline la touche, la regarde encore et finit par retourner sur ses pas jusqu’à moi. « Elle ne bouge pas, elle est froide. Magnifiquement belle, mais froide. » - me dit-elle, regardant effrayée tout autour.

     

    Un oiseau passe et, dans son vol, l’aile en une caresse furtive effleure la hanche nue.

     

    QUOTE(MARIETRO)

    L’oiseau s’est poché sur la branche. Je le regarde, c’est peut-être la seule chose normale sur ce plateau. Un fou, un violeur, un taré des montagnes. Est-ce qu’il aime les hommes ? Pauline, il faut partir. Elle me regarde, retourne vers la morte. Ne touche pas la bouche de ce cadavre voudrais-je lui crier mais ma bouche n’émet aucun son. Le ruisseau me casse les oreilles. Je ferme les yeux pour réfléchir. Une main me fait sursauter. «Elle a des gouttes d’eau sur la peau», me dit Pauline. Je me mis à haïr le lichen grisâtre sur la roche. "

     

    QUOTE(a)

    "Je repousse sa main. Trop fort. Elle glisse et tombe en arrière, une lueur de surprise dans ses yeux agrandis. Le choc sourd contre la grosse pierre me renseigne définitivement sur le sort de cette conne. Je la regarde, elle le ciel. Sa poitrine reste immobile. Un filet de sang finit de glisser sur sa joue et ça, ça la rend plus belle. J'ai envie de la déshabiller. Je bute, m'énerve et finis par sortir mon couteau suisse pour fendre sa doudoune. Des paquets de bourre blanchâtre s'échappent de l'éventrure et s'empêtrent dans mon couteau. Jusqu'au bout elle m'aura fait chier. Je sens mon érection qui mollit,  mais il y a encore la fille, là bas.

    Je me retourne, la lame filandreuse encore à la main."

     

     

     

    ça a commencé ici.

    Tu veux jouer?

     

     

  • La pute de la côte normande

    "Quand on écrit on est souvent dans un état difficile à décrire, pas clair. C'est pratiquement impossible à expliquer. Je crois qu'on écrit vraiment que lorsqu'on croit ne plus écrire, ne plus être tout à fait maître de ce qu'on fait. En général tout le début est jeté. C'est quand je me laisse aller qu'il se passe quelque chose. Il y a à ce moment-là une sorte de désespoir de l'écrivain, d'abdication même : l'écrit arrive seul, dirait-on, fait. "

     

    M. Duras, 1990     

     

     

     
  • Ephetamère

    VETTRIANO-InThoughtsOfYou_thumb[2].jpgCher Journal,

    Hier, attirée au rayon fille par le solo de la 1ère choriste de Dark Side of the moon qu'une clé USB impudiquement fichée dans le trou d'une grosse borne diffusait en sourdine, il m'est arrivé des choses.

    Savais-tu que bridget jones était de retour? LOL?

    Savais-tu que Christiane F, dont la vie précocement brûlée nous avait été prédite comme jadis la vérole promise au bas clergé si nous nous écartions du droit chemin, que Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée, foutue, n'était même pas morte et qu'elle donnait encore des entretiens retranscrits en poche? Christiane F, herself, season two?

    Savais-tu que, lorsqu'on retourne un paquet de fondue suisse, on découvre que la consommation de ce produit ne convient ni aux enfants, ni aux femmes enceintes?

    Savais-tu que, si Anaïs Nin et Régine Desforges sont présentes sur 140 pages chacune dans la niche "littérature érotique" du rayon fille, nul Nexus, Plexus, Sexus que j'empruntais, mineure, sans la moindre remarque et sans me poser de question, sur l'étagère marquée M de la bibliothèque municipale?

    J'ai fini par me tirer quand le troisième solo fini, la clé plantée a lancé avec impertinence "Quand j'étais petit, j'étais un Jedi".

    Je vais mieux laisser traîner ma collection de films de boule des années 70, mes bites-vitrail, mes esparbec, je vais inviter E, qui est un cul ambulant et pue les phéromones, je vais avouer à mon amie C que ce qu'elle a toujours pris pour des tulipes en verre vraiment très jolies n'en sont pas exactement. Je vais regarder Swingtown en streaming, commander le  Fleur Secrète de 74, me parfumer à La Myrrhe,  improve our English with "The Secretary", tailler des branches du jardin pour un bouquet de cravaches, mettre des talons sans pantalon,  me faire présenter au moins une Cindy, allumer le feu avec le journal, voter VGE aux prochaines présidentielles, faire du bien, beaucoup de bien, et peut-être alors que même dans des dizaines d'années, les belles crises de la quarantaine ne resteront déconseillées qu'aux enfants et aux femmes enceintes.

    Cher Journal, avant que tu t'embrases, il fallait que je te parle de mon horoscope, que je ne lis qu'entre le 1er octobre et le 30 novembre, période pendant laquelle je m'applique à faire la fille, et  qui dit aux gens comme moi "d'éviter cette fois de faire des confidences à vos amis, même les plus intimes. En effet, certains d'entre eux risquent de devenir des rivaux dans le domaine affectif ou vous pousseront à des amours de groupe."

    So what?


  • La poule aux heures d'or

    Je m'accroupis pour pisser dans l'herbe et le sperme part avec l'urine. Me voilà propre. De toutes façons, je n'ai pas vraiment le temps de me doucher entre deux. Ou trois. Et puis ils s'en fichent. Il y en a même que ça doit exciter. Il paraît que pénétrer une fille gluante du foutre d'un autre est incomparable. Faudra que je demande quand même. Ou pas. On ne parle pas beaucoup.

    Il y en a pour dire que je ne sais pas dire non. Ce n'est pas ça. Je crois que j'aime dire oui.  Ils ne s'y trompent pas puisqu'ils reviennent. Bon, pas tous. Les marins américains en gants blancs qui débarquent sur la croisette, eux, changent chaque année. Je suis toujours contente qu'un "ancien" m'appelle. Mais jamais je n'ai connu, et heureusement, les affres de A... par exemple, qui se demande toujours si elle doit rappeler, qui elle doit rappeler pourquoi elle doit rappeler. Pourquoi elle ne doit surtout pas rappeler. Elle me parle de son gars, longtemps, souvent, pendant les longues promenades qu'on fait avec ma voiture. Je paie l'essence, elle les clopes. Je crois qu'il la baise mal. En tous cas, il ne lui fait pas du bien. Il est bien plus rustre avec ses je t'aime que tous ceux que je croise avec leur queue à la main.

    A moi, je t'aime, on ne le dit pas. On le fait.

    Je baise. Plein. Tout le temps. Je n'ai pas de dégoût. J'essaie tout. Partout. Je n'ai pas peur. ça, A... ne fait pas d'effort pour le comprendre. Elle croit se le cacher mais elle m'envie.  A... m'a demandé un jour si cela ne me gênait pas qu'on puisse penser ou me prendre pour une pute, un trou, qu'on puisse me manquer de respect. Moi, c'est surtout elle que j'ai trouvé minable. Quant aux peaux, quand elles se croisent, qu'elles se touchent et qu'elles se pénètrent, elles ne se parlent jamais aussi mal.

    A moins qu'on aime ça, les insultes qui fusent en même temps que le plaisir. ça ne me déplaît pas. Je sais ce qu'elles valent: ce sont des caresses.

    Je suis très jeune. A part celles que je vois nue, ma mère ou celles avec qui je couche, les femmes ne me trouvent pas belle. C'est parce que mes seins, mon cul, mon vagin, ma bouche, ma peau, mon regard font sortir les hommes d'eux-mêmes.

    Une pute. Qui est le plus pute? celui qui refuse, qui soumet, qui humilie, qui tente de dominer, qui avilit, qui manipule au nom de son précieux berlingot préservé, ou moi qui offre et qui donne, qui souris, qui fais jouir, qui prends du plaisir, qui apaise, qui comprend, qui écoute, qui détend? Qui vis? Où est le respect? Qu'est-ce que je demande en échange de l'échange?

    J'ai aimé, joui, aimé plus que tout, joui encore, accouché, allaité, élevé, travaillé, joui, aimé. Plus vite que les autres là aussi. La maladie m'emporte. C'est dans ma tête que ça ne va plus. ça va commencer quand je ne pourrai plus serrer ma fille, et vite je partirai. Comme je suis venue.

     


     

     

  • Poney forever

     

    "Travaux pratiques hier soir.

    15' de retard. 15 vigoureuses claques sur les fesses, et le plat de la ceinture pendant la sodomie.

    Un câlin après.

    Apparemment, c'est puissamment addictif.

    Tu voulais savoir quoi au juste sur la punition? "

     

  • PapyletVilaine.org

    La cadence était méthodique. L'homme choisi par elle, qui à son tour avait choisi le lieu et le moment, la fessait avec beaucoup de science et peu d'abandon. Peut-être parce qu'elle lui avait imposé ma présence. Peut-être aussi parce que leur contact était resté froid. C'est dans mes yeux à moi, parce qu'elle ne les quittait pas, qu'elle guettait la perte de repères.

    Pourquoi avait-elle choisi qu'un autre la touche ainsi, je ne sais pas.  Peut-être l'a-t-elle fait pour elle, parce que le lâcher prise lui viendrait plus facilement par quelqu'un dont elle ne partageait rien du quotidien. Mais dans ce cas, pourquoi sous mon regard? Peut-être était-ce pour moi qu'elle avait décidé de s'offrir, de nous offrir cela. Peut-être était-ce tout autant pour que je m'affranchisse des miennes, de barrières.

    En tout cas ça fonctionnait. J'avais une gaule d'enfer et le bourdonnement de mon propre sang me gênait pour bien entendre le bruit de sa main qui s'abattait régulièrement, parfois en rompant le rythme pour mieux surprendre. Il ne lui parlait pas. S'approchait juste de son oreille pour qu'elle sente son souffle, tirait parfois sur ses liens. Je me tenais face à elle, attendant.

    Je ne sais exactement quand cela fut fini, s'ils avaient ensemble conclu d'un nombre particulier, ou s'il avait guetté un signe de sa part. J'ai eu fugacement l'impression d'avoir manqué quelque chose, un moment rien qu'à elle, ou plutôt le moment où elle avait rejoint l'état particulier qu'elle visait en s'infligeant cette souffrance/jouissance par personne interposée. Juste, l'instant d'après, ses liens dénoués, elle avançait vers moi.

    C'est presque elle qui m'a pris, debout, de dos, empalant d'une traite son cul bouillant et cramoisi sur mon sexe aussi surpris que moi, et jouissant aussitôt. Alors qu'elle se laissait aller contre mon torse, j'ai des deux mains écarté ses jambes, exposant à l'autre son sexe à elle délaissé, et aussi un peu du mien épousé par son anus. Lorsqu'il l'a pénétrée, son large pénis écrasant le mien, J'ai juste eu le temps de me dire qu'on franchissait encore un truc.

     

     

     

  • Play. Et bosse.#2

    QUOTE(ANNA)

    "Continuez"

    Nous nous regardons. À ce moment précis, je me souviens, je vois passer sur le visage de Pauline l’ombre d’une inquiétude. Puis l’amusement gagne. Je la sais joueuse. Cela doit lui plaire, je me dis. Elle doit sûrement lire sur le mien l’étonnement. Que fait cette fille là ?! Comment est-elle arrivée là ?! Qui… qui… ?! Mes pensées fusent pendant que Pauline avance un pas, puis un autre, aucun bruit sous ses pieds. J’imagine son sourire. Je n’ose pas bouger, cloué sur place par tout ça, l’air, le torrent et cette fille nue, qui ne bouge pas. Pauline se penche sur elle. Pauline me regarde. Pauline la touche, la regarde encore et finit par retourner sur ses pas jusqu’à moi. « Elle ne bouge pas, elle est froide. Magnifiquement belle, mais froide. » - me dit-elle, regardant effrayée tout autour.

     

    Un oiseau passe et, dans son vol, l’aile en une caresse furtive effleure la hanche nue.

     

    QUOTE(MARIETRO)

    L’oiseau s’est poché sur la branche. Je le regarde, c’est peut-être la seule chose normale sur ce plateau. Un fou, un violeur, un taré des montagnes. Est-ce qu’il aime les hommes ? Pauline, il faut partir. Elle me regarde, retourne vers la morte. Ne touche pas la bouche de ce cadavre voudrais-je lui crier mais ma bouche n’émet aucun son. Le ruisseau me casse les oreilles. Je ferme les yeux pour réfléchir. Une main me fait sursauter. «Elle a des gouttes d’eau sur la peau», me dit Pauline. Je me mis à haïr le lichen grisâtre sur la roche. "

     

     

    Le début est ici.

    Tu veux jouer?