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mars - Page 4

  • L'assiette du pécheur - le pressing

    Elle est petite, replète, non pas replète. Elle est pleine. Avec des joues pleines, des hanches pleines, une bouche pleine et des cuisses pleines. Une femme faite aurait dit mon grand'père. Elle me regarde brièvement avant de me tendre sa robe. Une robe banale, bleu marine. Un bleu banal pour une robe et pas mal pour des yeux. Bleus avec de petites paillettes dedans comme les papillons. Je ne sais jamais écrire paillettes. J'oublie les ailes.

    Je lui ai tendu son reçu, bleu aussi. Ce sera prêt dans deux jours. On travaille plus vite d'habitude mais là ce sont les communions. La ville a beau être à dominante protestante, les pressing bossent bien au printemps près des églises catholiques. Je m'attends à ce qu'elle fasse une remarque, comme les 10 autres à qui j'ai annoncé la même nouvelle, mais elle s'est contentée de baisser la tête et de tourner les talons. Elle ne sera pas restée plus d'une minute trente dans la boutique.

    Il fait une chaleur de four. On ne se rend pas compte que travailler dans un pressing ressemble à l'enfer. ça sent bon le propre, ça sent bon la fiabilité. On ne perd rien, tout est bien organisé. On donne confiance. Le petit monsieur bien mis qui donne 7 chemises et 3 pantalons le vendredi soir nous fait confiance pour qu'on les lui rende bien repassés et pliés dès le soir du jour ouvrable suivant. La maman du coin de la rue, on la voit moins souvent, surtout pour les couettes, les doudounes, les grosses pièces ou les compliquées. Pour le reste, je sais que pour elle, ne pas s'en occuper elle-même serait manquer à son idée du devoir.

    Plus que les chemises, le rituel du petit monsieur bien mis nous en dit long sur ce pour quoi il nous fait confiance. Alors qu'il serait bien plus efficace d'attendre le lundi matin pour venir nous déposer son linge le monsieur n'a jamais voulu. Tout comme il ne nous a jamais donné à laver autre chose que ses vêtements de travail de monsieur bien mis. Le petit monsieur termine toutes ses semaines en nous apportant, le dernier soir, sa sueur, son labeur, ses contraintes à laver, pour repartir chaque début de semaine sur une page aussi blanche et aiguisée que les plis de ses manches longues. Nous lavons ce qui est fatigué et lui rendons du maintien. Peut être n'a-t-il pas besoin de cela pour ses draps.

    La maman du coin de la rue, passe tous les jours mais ne vient qu'une fois par an, à la fin de l'hiver, avec ses lourds duvets et ses manteaux dans toutes les tailles rêver un temps qu'on peut l'aider en tout.

    Et puis il y a ceux qu'on ne voit qu'une fois. Ceux qui savent qu'on peut blanchir jusqu'aux draps du Diable et qui viennent avec les leurs faire nettoyer leurs vices, leur sang, leur sperme, leur merde, leurs travers insoupçonnés dans l'anonymat du talon de reçu bleu et l'ombre protectrice de la grande église.

    La très jeune femme brune aux courbes pleines et aux beaux yeux, avec sa petite robe bleu marine tachée, je ne l'avais jamais vue avant.

     

     

  • L'assiette du pécheur - le scooter

    Il se tient bien droit avec son casque noir, dans son costume strict et près du corps, un peu trop près à certains endroits. La quête de l'équilibre sur la selle pourtant large révèle plus qu'il ne le voudrait le retour de bedaine qu'il avait eu tant de mal à éloigner. Homme qui sait décider lorsque sa volonté s'impose, il peine cependant à la maintenir dans la stricte intimité de son frigidaire.

    Car il y a autour de cet homme aux multiples vies publiques quelques petites zones d'intimité jalouse. Des échappées solitaires encadrées par des bienveillants, de petits morceaux de vie véritable, des soupapes pour l'homme dessous la fonction.

    Tous nous avons besoin de ces moments d'intimité où nous pouvons pour un temps nous défaire des masques que nos multiples vies nous imposent de porter. Rares sont ceux qui savent, ou peuvent se permettre de n'en revêtir aucun et d'aller tête et peau nues parcourir leur chemin. Mais pour d'autres, tels le Renzo de Musset, le masque devenu peau révèle lorsqu'il tombe ou s'arrache la chair boursouflée et à vif des moignons ignorés.

    On masquait bien les pharaons morts.

    Il se tient donc bien droit en équilibre sur son scooter, casqué et sanglé dans son costume d'homme important, manoeuvrant avec sûreté, usant de l'habitude pour parcourir sans hésitation la série enchaînée de rues grises bordées d'immeubles cossus et de boutiques luxueuses. Le sol est encore humide de la dernière averse et fait chuinter ses pneus sous le bourdonnement de grosse guêpe de son petit engin.

    A quoi peut-il bien penser pendant ce trajet qui à tous comme à lui nous sert de sas pour quitter un rôle et en endosser un autre? Aux seins qu'il va dénuder, et peut être mordre? A la croupe manquant de rebondi dont il va écarter les lobes de sa courte main puissante? A la femme, à son sourire lorsqu'elle va entrebâiller sa porte et le découvrir encore tout frais du dehors?

    Pour l'instant, il n'est plus l'homme de la situation et il n'est encore l'homme de personne. Il est lui-même, le visage un peu crispé, avec les mêmes armes, les mêmes chances que n'importe quel autre homme juché sur n'importe quel scooter dans l'importe quelle circulation de n'importe quelle ville de n'importe quel vendredi soir.

    C'est bien lorsqu'on entend trajet dans le mot tragédie qu'on se rend compte qu'il y a toujours un chemin à parcourir avant de toucher au funeste.

  • Condominium

    Ne dites pas:

    "Ben voui je te tutoie! 'Videmment que je te tutoie. Je suis un Maître, c'est dans mon nom: Maître. Et les maîtres tutoient les soumises depuis la nuit des temps c'est comme ça. T'es pas soumise? Si t'es soumise! Comment ça maismaismais toi-même je vous emMaître d'abord, toi-même je vous emMaître petite impolie!  Tu sais que tu es une sacrée garce toi? C'est quoi ton prénom? "

     

    Oh et puis après tout si, dites-le.

     


  • Golden snober

    Pauvre pomme,

     

    Si Eve avait eu plus de classe, elle se serait piqué le doigt à la pointe d'un rouet.

     

    En plus, tu fais un alcool dégueulasse.

     

    Cordialement,

    Blanche-Neige.

  • Chili con charm

    Chère Tata qui Pique (un peu),

    Voilà. C'est ma femme. Ce n'est pas facile à dire comme cela, mais elle m'a avoué qu'elle avait vraiment très envie de se retrouver attachée mains dans le dos et en laisse, dans une pissotière.

    Une pissotière, quand même.

    Et ce qu'elle aimerait, c'est que je sois là, debout, vêtu, que je lui fourre mon sexe dans la bouche, ma main entière dans le sexe.

    Et ce qui lui plairait le plus, ce serait qu'elle demeure à genoux, sur le sol, là, dans cette pissotière, par terre les genoux écartés et le sexe ouvert le plus près possible du sol. Peut être même avec un bâillon.

    Une pissotière, quand même.

    Que dois-je faire?

    Vous remerciant par avance,

    Bien cordialement,

    UnDomdebonnevolonte

     

     

    Cher Domdebonnevolonté

                                                    Servez-vous

    Domdebonnevolonte.png

     

     

     

    Je ne t'embrasse pas, je pique (un peu).

    Poutous,

    Tata.

     

     

     

     

  • Aucune autre à la ronde

    Cher Hansel, chère Grethel,

     

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    Poutous,

     

    Votre Maman qui vous aime.

  • Coef. de portance d'un corps profilé

     

    Vous m'importez.

    Vous m'insupportez.

    Importance.

    Ce sont des mots qui se disent à l'envers. Quand ça m'importe qui fait rentrer quoi en dedans de soi, moi ou l'autre? Qui prend et porte dedans? C'est lequel qui embarque la came à la fin, moi ou l'autre? ça fait quoi? ça crée un lien? ça donne du poids? Il y en a un qui porte et un qui est porté? Porté dedans? Involué? Revenu dans l'eau de départ?

     

    Vous m'importez: On entend que l'autre, je le regarde, je l'observe, je suis touchée. Alors qu'en fait je rentre dedans comme un virus. J'ouvre la porte et l'autre m'aspire. De son plein gré. Il m'achète. Il me prend dedans. Il m'importe. C'est un piège, un mot à l'envers.

     

    Vous m'insupportez: On entend que l'autre, je le rejette, je le repousse, on n'entend que le in avec le SU appuyé derrière. Bien sifflé. Et ça marche, en plus. Il doit se sentir bien rejeté, bien repoussé l'autre quand on lui siffle dessus qu'il insupporte. Alors qu'en fait c'est lui qui n'en veut pas. C'est lui qui pose le bébé. C'est lui qui est done with. C'est lui qui n'a plus envie de porter.

    L'importance, ça soutient de l'intérieur. L'inverse d'un avion.

    Ce sont des mots qui parlent à l'envers. Des identiques inversés. Comme les pieds.

    C'est d'en haut qu'on voit le mieux ses empreintes de Saussure.

     

    Demain, le souvenir, et j'espère bientôt la considération.

  • Dominant modèle d'emploi

    Ne dites pas:

    " ça va comme ça, la cire? Pas trop chaude?"

    Mais dites:

    "Ah oui, c'est vrai: ce sont des bougies artisanales au miel que je fais venir

    spécialement d'Europe de l'Est. Ne criez pas ainsi, vous affolez mes abeilles.

     

    Ne dites pas:

    "Ah mon dieu MON  DIEU DU SANG!!!!"

    Mais composez vous un demi sourire pour respirer discrètement par la bouche

    et fixez plutôt son visage quand vous planterez droit vos aguilles.

     

    Ne dites pas:

    "Oh arrête ton cinoche, tout ça pour 20 cm de gingembre strié.

    T'aimes pas ça les racines?"

    Mais approchez plutôt vos lèvres de son oreille

    et ordonnez lui doucement de former un O avec les siennes.

     

  • Ignition

     

    On la place au milieu de l'assemblée, nue et incongrue au milieu d'un lavomatic en plein jour. Les gens sont jeunes, laids, anonymes. Cheveux longs peu soignés pour les femmes. On dirait la vraie vie. Peut-être est-ce presque le cas. La fille est blonde, cheveux raides, mince, corps naturel, seconde partie de vingtaine, à la fois effrayée et absente. Si elle joue, elle est douée. Ses bras sont attachés dans le dos. Assise sur une chaise en plastique blanche de lavomatic. Pieds nus attachés. De la corde.

     

    On commence à la frapper. A l'insulter. A ouvrir sa bouche. A lui cracher dessus. Les filles sont les pires. Elles ne se retiennent pas. Elles détachent ses jambes et les lèvent, les écartent. Elles la touchent. Durement. La caméra bien en face est placée plus haut, Le distributeur de lessive peut être mais on s'en fout. On est fasciné. On regarde la fille. On la fixe. Les gens se pressent pour la toucher, pour arriver jusqu'à elle.

     

    Ce n'est pas joué, non. Vraiment pas. Le malaise est palpable. Tout craque. Peu importe son plaisir. Elle est là pour avoir mal. C'est dur de croire qu'elle peut y consentir. C'est dur de croire qu'elle puisse être forcée. Personne ne guette son plaisir. Sa présence nue et entravée mise à disposition du pire ramène les autres à l'intérieur d'eux-mêmes, à l'affut de leur propre violence, de leurs violents instincts, de leurs violentes pensées informulées. Tous. Aucun n'y échappe. Personne ne se caresse ni n'en caresse un ou une autre. Ils sont tous tendus vers elle et fascinés autant par ce qu'ils voient d'elle que ce qu'ils sentent d'eux rassemblés et d'eux intérieurs. Il 'y a pas d'interaction, sauf avec elle. C'est fascinant et insupportable. C'est le point de départ. C'est là, l'allumage. Celui du brasier à l'intérieur. Un truc incontrôlable et honteux et anormal qui menace de déraper dans une effrayante réaction en chaîne si rien n'est fait pour le contenir. L'éteindre, ce ne sera pas possible. Il faudrait tout éteindre et ce n'est pas permis Ce n'est pas possible.  On tombe à genoux ou on choisit d'appuyer sur le bouton. D'être le brasier. La fille blonde a choisi d'appuyer sur le bouton: ignition.

    Quelquefois, le regard d'une femme attachée dans un lavomatic suffit à faire affleurer le brasier à la lisière de la conscience, qu'on se dépêche d'enfouir sous des tonnes de gravats, à la va-vite, comme une vieille centrale nucléaire sur laquelle on a trop tiré en se disant que ça va tenir. On se persuade que la normalité va reprendre le dessus, aidée du quotidien. Qu'on va oublier et on oublie.

    C'est une vraie saloperie le nucléaire. ça produit de la normalité avec l'énergie de l'enfer. C'est de l'enfer qu'on croit garder sous contrôle tant qu'il nous promet la petite lueur qui éclaire les histoires du soir, bien au chaud dans le cocon douillet. On contient l'énergie monstrueuse que le brasier produit. On enfouit sous des tonnes de gravats l'immense quantité de déchets que ça crache. Quelquefois, dessus, on coule une chape de plomb.

    Et puis vient une histoire, racontée sous la lumière douce de la normalité, celle d'une souris qui voulait aller voir les étoiles. Alors, un soir, le regard tourné vers la Lune, elle prend la décision de se construire une fusée. Une belle fusée, bien solide. Elle rassemble des planches, des clous, un hublot et s'attelle à la tâche. Sans se poser de question. Et au matin, lorsque le soleil vient remplacer la lune, elle est prête.

    Tout le long du jour, elle transporte dans sa fusée tout ce dont elle aura besoin pour ce très long voyage: des coussins, des couvertures pour dormir, du bon fromage pour grignoter en regardant par le hublot, elle se fait une fusée bien douillette. Elle dit au-revoir à tous ses amis. Et au soir, quand la Lune vient remplacer le Soleil, elle est prête.

    Elle agite la main et monte dans la fusée. Elle se retourne, et après un dernier salut elle ferme la porte.

    Toute la nuit, elle regarde défiler les étoiles par le hublot. Etonnée de ne rien sentir. Pas de secousse, pas de cœur dans la gorge, pas de sensation forte. Pas de problème technique. Mais des étoiles, qui défilent par le hublot.

    Et au matin, quand le Soleil vient remplacer la Lune, elle déverrouille la porte et sort.

    Rien n'a changé. Ses amis autour d'elle ont à la main les panneaux de carton où sont dessinées les étoiles qui l'ont leurrée toute la nuit. Des panneaux en carton au lieu de l'espace infini. Elle n'a jamais quitté le sol.

    Elle n'avait pas demandé d'aide, cette souris. Elle pensait s'en sortir seule. Elle n'avait pas peur d'aller dans l'espace. Elle ne craignait pas ce qui allait se passer après le décollage. Elle désirait cette vie là.  Elle avait pensé à tout, à tous. Elle avait proposé à tous ses amis de monter avec elle dans la fusée, elle avait serré contre elle tous ceux qui avaient décliné, elle avait organisé son absence, veillé un peu à son confort et beaucoup à celui des autres. Elle s’était assuré qu’elle ne manquerait de rien, elle s’était surtout assuré qu’elle ne manquerait trop à personne.

     

    Elle avait tout bien fait, sauf allumer son putain de moteur.

     

     

     

  • Good bye stranger

    Mettons qu'on reçoive un mail. Un mail qui a transité par l'autre côté du monde avant de revenir quasiment à son point de départ, passant par des tas de fuseaux horaires et patientant de nuit avant d'être reçu.

    Dans ce mail, un message anodin quoique pas très clair, et une pièce jointe. une série de chiffres, un point, jpeg. Rien d'autre.

    Mettons qu'on clique pour ouvrir la pièce jointe. Une série de points qui tournent pour montrer que ça travaille dur d'un côté pour être agréable et qu'il faut par conséquent patienter de l'autre parce qu'on n'a pas le choix et la pièce jointe s'ouvre.

    Mettons que ce soit bien une photo. Qu'elle soit en noir et blanc. Prise de travers, une diagonale bizarre avec des moitiés de tout. Une moitié de télé avec un chanteur soigné, à collier, cheveux longs et dentition saine sur l'écran, parfaitement restitué alors que curieusement le reste a le grain grossier d'une vieille image du temps des antennes télé. Une moitié de table basse avec semble t'il une moitié de relief de plateau apéritif dessus, une demi carafe de liquide ambré, une demi coupelle de quelque biscuit salé. On ne voit pas bien ce presque premier plan. Au fond, un demi canapé en tissu.

    Entre toutes ces moitié, à demi tourné, un enfant tout entier, encore un bébé. Des anglaises courtes et blondes. Joufflu. Les contours de la bouche un peu brillants qui confirment les biscuits salés. Un t-shirt blanc d'où sortent des bras potelés de presqu'encore bébé. Une jupe portefeuille courte et colorée dans tout ce noir et blanc. Le regard  bien droit fixe l'inconnu familier qui a gardé des dizaines d'années ce vieux négatif ignoré pour maintenant lui faire faire deux fois le tour de la terre jusqu'à son point de départ.

    Les anti virus. De vraies passoires.

     

  • Mérite ton Paddle: joue au Scraddle!

     

     

     

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     almanach du petit pervers illustré vol 2 à paraître, dominant modèle d'emploi

     

     

    L'almanach du petit pervers illustré

    a le plaisir de vous proposer

    en encart détachable

     

     LE SCRADDLE ! (TM)

     

    Aujourd'hui 

     

     

    méritez sans effort votre paddle grâce à
    l'entrée de journal intime compte triple!

     

     

    "Cher Journal,

    Je n'ai pas mis de culotte.  En revanche, elle était trempée.

    Poutous, Ta S."

     

     

     

  • Oppure

     

    Une main.  Une main normale. Ni trop fine ni retouchée. L’ongle du pouce est court et dénué de la brillance particulière de ceux que l’on a polis. Des ongles nus au bout d’une main nue. Ce n’est pas la main d’une jeune femme, c’est la main d’une femme. Une main gauche, une ferme main gauche. Peut-être est-elle gauchère. Pour autant que la lumière tamisée et ombreuse le laisse voir, c’est le début du soir ou le petit matin. Une lampe douce a été allumée sur la gauche aussi. Elle habille cette main d’un voile de mystère et la prolonge d’un poignet qui, sous un faisceau plus cru et un angle moins favorable, paraît plutôt solide, quoique pas bien épais.

     

    Elle n’est pas gracieuse cette main. Ou peut-être l’est-elle, vue depuis la lampe qui doit en dessiner les doigts qui restent cachés. Ou peut-être les phalanges qu’on devine noueuses empêchent l’œil inconnu de s’arrêter à cette main. Elle a de belles mains, entend-on dire, souvent en parlant des pas belles. Ça parle, les mains. Ça garde des cicatrices d’imprudences, ça a parfois des brûlures, cela dit des choses quand elles sont trop lisses et d’autres quand elles sont négligées. Celle-ci n’est pas belle. Ses formes ne sont pas gracieuses. Mais le geste qu’elle esquisse et que le regard a figé, à moitié dans l’ombre et tournant son dos de main pas belle à la lumière, ce geste qu’elle esquisse sans poser, sans penser, ce geste là coupe le souffle par sa grâce infinie.

     

    Dans cette main, l’emplissant entière et forçant sur la peau délicate entre le pouce et l’index qui l’étreignent, se dresse l’ombre d’un large pénis que coiffe un gland de lumière pure.

     

     

  • Tour d'y voir

    Blonde, très blonde. Et élancée. En manteau mais pas seulement. En robe, aussi. De plus en plus propre au fil de la poussière. Habillée d’elle-même surtout. Des yeux pâles. Des mains qui tiennent des cravaches. Des mains qui effleurent des touches. Patiente. A la fois passion et patiente. Un drôle d’alliage. Des yeux métalliques, d’ailleurs. Ou des yeux d’ailleurs métalliques. Aqueux et célestes. Mécanique parfaite. Une belle volonté. Une mue, une vraie. Une survivante. Une résiliente. Une de celles qui emmènent. Me laisserais-je  encore embarquer?  Je la goûte en junckie repentie. Je la pose sur la table de chevet. Je l’emmène avec moi sans la toucher. Et quand je l’ouvre enfin je plonge dedans en plein. Je dévore. Je m’en gave. J’ai arrêté les autres, les noix, les clopes. Avec elle je me teste. Elle passe ses mains qui effleurent les touches sur mes envies échaudées mais pas mortes. On me dit de me laisser faire.  On me dit de la laisser me toucher. Elle bouscule ma prudence neuve et ma vieille méfiance. Une berceuse pour guérir les engourdies. Ouvre-toi, me dit-on. Rouvre-toi, me dit-on.

    SesÂmes. Au pluriel.


  • La somme de toutes les peurs

    Yeux (2) + jambes (2) + qui sentent et marchent – qui courent + seins (2) + cul (1) + cicatrices (3) and still counting + 1,73 + 64 + rides verticales (3) + rides horizontales (n) + mèches blanches (1) + compte en banque (2) + cœur (1) + poumons (1,5) + grains de beauté (n) + peau average (2m2) + cerveau (1) + dents (28 and still counting) + doigts (10) dont raides (2)+ bras (2) + cheveux (12 cm and still counting) + ovaires (2) + utérus (1) – disques (2 and still counting) + camion 1 – boulot + projets n + cancer (0) + serostatus (0) + nuits (n) + jours (n-1) + idées (n2) + entourage (cube) + abscisses (ascendantes) + ordonnées (néant) + longueurs (n) + point (vrai positif)

     


     

  • Sampler

    Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Ames de ceux que j'ai aimés, âmes de ceux que j'ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde, et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise !

     

    Charles B.

     


     

     

  • Chairy

     

    B8.png

     

    De la chair. De la chair blanche, de la chair brune, de la chair lisse, de la chair rebondie, de la chair apaisée. De la chair peinte, de la chair naturelle, de la chair libre ou entravée. De la chair palpée, caressée. De la chair ornée, brillante. De la chair aimée. De la chair de femme. De la chair féminine. De la chair ostensible, de la chair cachée. Voilée. De la chair qui parle, de la chair qui se montre. De la chair montrée. De la chair vue. De la chair à mordre. De la chair à canon. Et même de la chair pour les cochons.

     

    Libanaises.  Algériennes. Putes. Russes. Mais élégantes. Mes élégantes.

     

    image copyright p.powder

  • Miss Hepburn's beauty tips

    "For attractive lips, speak words of kindness.

    For lovely eyes, seek out the good in people.

    For a slim figure, share your food with the hungry.

    For beautiful hair, let a child run his or her fingers through it once a day.

    For poise, walk with the knowledge you'll never walk alone.

    People, even more than things, have to be restored, renewed, revived,  reclaimed, and redeemed; Never throw out anybody.

    Remember, If you ever need a helping hand, you'll find one at the end of your arm.

    As you grow older, you will discover that you have two hands, one for helping yourself, the other for helping others.

    The beauty of a woman is not in the clothes she wears, the  figure that she carries, or the way she combs her hair. The beauty of a woman must be seen from in her eyes, because that is the doorway to her heart, the place where love resides.

    The beauty of a woman is not in a facial mole, but true beauty in a woman is reflected in her soul. It is the caring that she lovingly gives, the passion that she shows, and the beauty of a woman with passing years only grows!"

  • Fleur dérangée

    Cette nuit, à 3 heures, la gentille petite femme a bravé pour la première fois sa phobie, sa fatigue et le sommeil pour conduire les confiances endormies  à travers les méchants viaducs, les sales tunnels, autour des putain de camions, juste aidée d’un vieux disque des red hot chili pepper.  Quand on a autant envie de pousser la porte d’un donjon, on peut déjà essayer de voir si on sera capable de conduire safely.

    Elle a coupé le contact au petit jour après un million de virages devant la porte de l’immense maison et elle a dit je vais me coucher.

    Quelques heures plus tard, les épaules encore douloureuses, elle a attrapé la barre du matin, pour voir si elle arrive aussi à driver depuis le fond du coffre.

    Elle a fait remarquer qu’elle avait conduit comme une gentille petite fille.  Elle a fait observer qu’elle méritait une belle récompense. Elle a demandé doucement si elle pouvait la choisir.

    Elle lui a dit qu’il allait falloir beaucoup l’aimer, après.

    Il lui dit raconte.

    Alors elle lui a raconté la poupée, la petite garce. Celle qui a envie de punitions, de récompenses, de sauvagerie et de douceur.

    Il a dit oui à tout.

    Elle lui a montré la fille qui ressemble à une poupée.

    Il a dit  « j’adore ma poupée. »

    Il l’a retournée contre lui, l’a serrée très fort en empaumant ses deux seins, et l’a pénétrée doucement.  Et beaucoup moins doucement.

    Elle lui a dit qu’elle savait bien que les poupées on avait envie de les ouvrir en deux à coups de reins. Elle lui a dit que ce qu’elle voulait savoir, c’est ce qu’on a envie de leur faire AUTOUR.

    Alors il lui a dit comment il voulait qu’elle soit. Il lui a dit comment il voulait qu'elle se caresse. Il lui a dit comment il voulait qu’elle se montre. Il lui a dit qu’il la voulait impudique et offerte. Il lui a dit qu’il voulait qu’elle se fasse jouir en sachant qu’on la regarde. Qu'on la regarde partout.

    Il a dit « je vérifie juste que tu mouilles ».

    Et il a dit « Tu peux faire mieux que ça ».

    Et il a dit « Je vais pas t’aider ».

    Elle lui a demandé s’il voulait salir sa poupée. Il a dit « Oh oui. Après ».

    Et quand elle a joui, vraiment fort, il a posé un baiser très doux au creux de ses reins de garce, et il a dit merci. Elle a gémi encore plus fort.  

    Et après, il lui a dit d’aller se doucher. Sur le même ton que le reste.

    La poupée marche comme les anges.  Quand le sexe leur pique. Bergson serait content.

     

     

     

  • Feat. fuckin'

     

    Une porte close en haut d’une volée d’escaliers.  Peinte, rouge, et vieille.  Je toque  et puis  tout me parait vain. Vide, sans intérêt. Tout ce que j’ai fait jusqu’ici, tout ce que j’ai voulu faire, tout ce chemin saccadé, partagé, avec des retours en arrière brutaux et d’une rare violence. Toutes ces vies imbriquées, impliquées,  de gens dont je ne connaîtrai peut être jamais le visage et qui pourtant me deviennent au fil des mots plus proches que mes proches, plus intimes que mes intimes, plus présents que mes pourtant présents. 

    Un jour, on m’a demandé pourquoi je relisais ma correspondance. Je relis toujours ma correspondance. Que j’en sois  l’auteur ou que je relise l’autre, les choses qui m’apparaissent sous le jour du passé m’apportent de nouveau, parfois même encore plus. Relire ses correspondances n’apporte que des remords, m’a-t-on dit. C’est pour moi une corde de rappel.

    Je ne sais donc plus ce que je viens faire devant cette porte, pourquoi ça me semblait si important, pourquoi j’ai ces trois derniers jours consacré autant de soin à la préparation de ce moment. Je me suis menée jusqu’ici et maintenant je ne sais plus où tout cela me mène. Ce qui est plutôt bon signe. Je cogne encore mes phalanges à la peinture rouge. Un déclic et la porte s’ouvre.

  • The gun and the wife

    pour faire le portrait d'un oiseauTrès chère Marraine la Fée,

     

    Deux interminables siècles que tu éteins la lumière à minuit pile et que je me retrouve en guenilles, le cul dans la poussière, avec de la courge jusque dans la culotte. Alors si tu me cherches, je suis avec les 7 nains.

     

    Poutous,

     

    Cend'

     


  • Bubble dom

     

    shine on you crazy diamond« Tu sais qui je suis? Je suis ta poupée. Je suis ta salope. Je suis ta soumise, je suis ta vissée. Si tu veux je rampe derrière toi en laisse, je me love à tes pieds, le front contre ta cuisse. J'aurais aimé, j'aurais adoré que tu me fasses enfiler ces collants, ce bâillon, et que tu me dises, tout doucement, tout fermement, d'aller me coucher dans le panier, à tes pieds, comme une chienne. Comme une magnifique chienne. Comme ta chienne.

    Il n'y a qu'avec toi que je ne me fais pas peur. C'est toi l’autre bout de ma laisse. C’est moi l’autre bout de ton fouet. C'est toi qui ne prêtes pas, jamais ta poupée.

    Crois tu que j'aurais envie de laisser un autre me prendre? Crois tu que je laisserais un autre m'offrir? Tu sais à quel point j'ai envie que tu m'offres de m'offrir. Crois-tu que je m'accommoderais de la fadeur d'un autre qui ne saurait jamais ce qu'il offre?

    Oui, il y a des queues, des désirs, des envies, de très belles queues, de très belles envies, de très beaux désirs. Mais il y en aurait pour n'importe qui, pour n'importe quand. C'est ta queue, tes désirs, tes envies qui mènent mon monde. Ceux là, les autres, s'il me les faut, c'est à ton bras.

    Ton regard, il ne me quitte pas. »