web counter

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mars - Page 3

  • Meat Me, you Songwriter

     

    Je suis un petit trou

    Au bout d’un gros tuyau

    Des fois on me secoue

    Et puis je fais le beau

     

    Je suis un petit trou

    Mais on veut m’avaler

    Tout noir un très grand trou

    Essaie de me bouffer

     

    Je suis un petit trou mais j’ai beaucoup beaucoup de

                                                [ressort

    Je respire un grand coup et puis je crache

    Je crache très fort.

     

    Je suis un petit trou

    Mais ce que je voudrais

    Ce serait un autre trou.

    Un petit,

    Pour jouer.

     

     

                                                                         (1 km)

    imagesCAUC2KXZ.jpg

     

     

     

  • le Cougarou

    Il était une fois une très jeune fille, jolie comme le sont les très jeunes filles, aux belle boucles dorées, au cou gracile et aux épaules fines, à la vie douce et sans souci des très jeunes filles qui, un peu éloignées des leurs, font leurs premiers pas dans les grandes grandes villes. Une petite jeune fille qu'on a envie de protéger, de conduire par la main, qu'on voudrait voir avancer sur un joli chemin, une toute jeune fille au regard plutôt droit et au sourire de Claudine. On voudrait éloigner les fauves de sa route, on voudrait qu'elle ne voie que le beau. On a envie de croquer dedans.

    Comme ceux de son âge et comme tous les autres, le soir elle ouvre son poudrier magique pour regarder dans le monde, protégée derrière la vitre, les noms choisis et les mots de passe. On se demande bien qui a inventé cette expression là, les mots de passe. Les mots de passe jouent bien mal les verrous.

    Dans le monde, protégée par ses mots de passe et ses noms choisis de petite jeune demoiselle aux grands yeux, elle croit qu'elle peut se frotter aux loups.

     

    Il était une fois un monsieur, un monsieur d'un âge à la fois sûr et incertain. Un monsieur plutôt bel homme qui devrait même le rester. Un monsieur assuré, installé dans une belle vie, avec des soucis, des idées, des projets, des amis, des amours, des maisons, des lacs, de la neige et même de la mer.

    Un homme qui écrit plutôt bien et pense encore mieux. Séducteur parce qu'exposé, il livre sur la toile, en araignée avisée, des morceaux de lui qui le flattent et d'autres qui le rendent encore plus humain, encore plus brillant, encore plus attirant, encore plus unique dans cette belle multitude de narcisses où il dispose pourtant des plus belles cartes: le savoir et le talent. 

    Il était une fois un monsieur qui, comme les tout jeunes, expose souvent quelques unes des plus inutiles secondes de sa vie aux followers de l'absurde et aux nihilistes assumés, Poussant à son paroxysme l'Ode au Rien de cette époque étrange où tout le monde est si près sans jamais se regarder.

    Dans le monde, protégé par son histoire et à vitesse de croisière, le monsieur croit qu'il peut croiser des hardes de biches sans sortie de route.

    Et il y en a des naïfs pour dire que c'est une histoire incroyable.

    Celle des multitudes.

     


     

     

     

     

     

  • L'assiette du pécheur - le mégot

     

     

     

     

    D'abord je vais tenir entre des doigts. Des doigts peints. Deux doigts, souvent lorsqu'ils sont peints. Le majeur et l'index. Des doigts nobles et fins. Mes volutes compliquées rivaliseront d'audace aérienne avec des chevelures savamment tordues. Je vais donner des contenances, assurer l'assurance, poser des sillages, finir au bout d'une longue colonne de cendres fragiles sur des bords d'assiettes dorés.

    D'abord. D'abord je vais tenir entre des doigts pincés, le pouce opposable et l'index, pincé par les ongles jusqu'à l'absence de filtre, dans le bruit et la sueur, résister au vent, faire plisser des paupières tirer des larmes de fumée retenue et stagnante sous des chapeaux aux bords relevés, des casquettes à courte visière, résistant au vent, à la pluie, au désespoir et au labeur, gardé bien après la dernière étincelle dans d'inconscientes crispations.

    D'abord je vais me faire illégal, dodu et presque noir, pour me perdre dans des chattes de putes ou de stagiaires, exalter l'odeur du vieux cuir anglais et du bon scottish scotch, m'éteindre dans du champagne, moignon brun havane broyé entre les dents serrées des puissants pour qu'ils aient un peu moins peur.  

    D'abord je vais me faire allumer, je me ferai aspirer, je me fera inhaler, je me ferai émietter, je me ferai chiquer, mordre, je me ferai éteindre, je me ferai jeter, je me ferai même écraser, noyer au fond des verres.

    D'abord j'arrondirai des lèvres rouges, j'enfumerai des concerts, je foutrai le feu aux poubelles, aux draps et aux broussailles, je ferai fondre les assiettes en plastique, je ferai des trous dans les pulls et je jaunirai les ongles, je sombrerai dans des culs de bouteille, peut être je torturerai.

    D'abord je parfumerai les doigts, les souffles et les cheveux. Je me serrerai par vingt dans de petites boîtes, éphémère petit bâton de joie blanche, j'entrerai par les spores, les alvéoles, les minuscules trous pour bien masquer les failles et cacher les fêlures, je joncherai les sols, je scanderai le temps.

    Et après, j'irai cramer sur vos tombes.

     

     

     

     

     

     

    Lire la suite

  • Je frissonne de peur quand tu me dis mon ange

     

    A une heure du matin

     

    Enfin ! seul ! On n’entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin ! la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.


    Enfin ! il m’est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres ! D’abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde.


    Horrible vie ! Horrible ville ! Récapitulons la journée : avoir vu plusieurs hommes de lettres, dont l’un m’a demandé si l’on pouvait aller en Russie par voie de terre (il prenait sans doute la Russie pour une île) ; avoir disputé généreusement contre le directeur d’une revue, qui à chaque objection répondait : « — C’est ici le parti des honnêtes gens, » ce qui implique que tous les autres journaux sont rédigés par des coquins ; avoir salué une vingtaine de personnes, dont quinze me sont inconnues ; avoir distribué des poignées de main dans la même proportion, et cela sans avoir pris la précaution d’acheter des gants ; être monté pour tuer le temps, pendant une averse, chez une sauteuse qui m’a prié de lui dessiner un costume de Vénustre ; avoir fait ma cour à un directeur de théâtre, qui m’a dit en me congédiant : « — Vous feriez peut-être bien de vous adresser à Z… ; c’est le plus lourd, le plus sot et le plus célèbre de tous mes auteurs, avec lui vous pourriez peut-être aboutir à quelque chose. Voyez-le, et puis nous verrons ; » m’être vanté (pourquoi ?) de plusieurs vilaines actions que je n’ai jamais commises, et avoir lâchement nié quelques autres méfaits que j’ai accomplis avec joie, délit de fanfaronnade, crime de respect humain ; avoir refusé à un ami un service facile, et donné une recommandation écrite à un parfait drôle ; ouf ! est-ce bien fini ?



    Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m’enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Âmes de ceux que j’ai aimés, âmes de ceux que j’ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde, et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise !

    Charles Baudelaire,
    Petits poèmes en prose, 1869

     

    Plus tard, au miroir

     

    Tu es là et je te regarde. Pendant quelques heures, je serai là.Tu peux parler. Tu peux te taire. Pleurer. Je te promets que tu n’auras pas mal. Je te promets que tu ne mourras pas.

     

    Tu peux fermer les yeux. Tu peux fermer les autres. Tu peux même t’épuiser à les arrêter avec des portes mais cela ne t’arrêtera pas toi. Tu ne peux pas t’arracher de toi. Cette guerre-là est vaine et elle n’a pas de fin.


    Ce monde-là, le tien, cette vie, cette ville n’est qu’une perception, une illusion, la tienne. Ferme les yeux si tu veux, Rien ne te force à voir.
    Qui entends-tu dans cette voix moqueuse ? Vois-tu ces jolis mots auxquels tu restes sourd ? Quelles joues racles-tu de tes poings gantés ? Irais-tu, toi, dans ce pays dont on part par la mer jusqu’à la Russie ? Y porterais-tu les livres que tu aimes ? Auras-tu trop peur de ne plus savoir les lire ? Quelles fausses plaies tu grattes ainsi ? Oins-toi de baume, dans ce bain de ténèbres, Oins toi de baumes dans un bain de silences. Tu t’épuises à te regarder lutter contre de belles choses. Tu t’épuises à te regarder ressasser de mauvais angles. Ton œil, qu’en as-tu fait ? Tu peux voir aussi. Tu peux entendre. Laisse-toi entendre, Embrasse-la cette sauteuse et sa langue de défauts, embellis-la encore de ta Vénus peinte. Prends-le tout entier, ce temps que tu veux tuer. Aime-les à voix haute tes crimes, comme tes enfants. Apprends du sot, vois-le se réjouir, On te dit de voir, on te répète de voir, vois de tes yeux fermés la beauté de ton monde. Laisse-la voir, la beauté de ton monde, Laisse-toi accoupler à toutes ces rencontres, laisse-le, ton masque qui t’empêche de voir, laisse-le, ton masque qui t’empêche d’être vu. Ton masque, il leur fait peur, mais bien moins peur qu’à toi.
    C’est fini tu sais, Charles. C’est fini, si tu veux. 


     Si tu te laisses vouloir, si tu écoutes enfin,  celui d’entre toi que tu implores ainsi pourra venir prendre de sa main dégantée ce Moi sans âme qui te déçoit tant. Si tu te laisses vouloir, celui d’entre toi qui va sans gant et sans dieu le couchera, ce Moi vampire, dans un bain juste tiède, comme un petit enfant. Si tu le laisses faire, celui d’entre toi qui t’écoute prier et connaît tes silences, alors tu verras se dissoudre dans ce bain juste tiède toutes ces preuves vaines qui t’éprouvent sans te laisser éprouver et alors, Charles, alors, tu trouveras ta place dans la ligne des hommes, et tu n’auras plus peur de leur prendre la main.







  • Sample copy

    "Imagine quand même que ça t'arrive à toi. Imagine que tu aies au fond de toi cette énorme trouille qui les prend tous tôt ou tard. Cette énorme trouille qui brouille toute perception, qui te fera sentir vieille, finie, passée, qui te fera encore plus peur, parce que cette peur engendre une nouvelle peur, celle de perdre ce que tu n'auras pourtant jamais recherché. Celle de ne plus jamais pouvoir avoir ce que tu n'as pourtant jamais pensé à désirer.

    -...

    - Imagine que tu sois là, à te regarder ne pas faire ce que tu n'as pourtant jamais voulu avant, à te dire comme les autres que c'est maintenant et peut être déjà trop tard. Imagine ça, dans dix ans, quand tu ne pourras plus te réinventer sans arrêt, te ressusciter sans arrêt, renaître sans arrêt. Tu sais qu'il y a des gens qui arrêtent de renaître?

    -Pas moi.

    -Et pourquoi tu ne serais pas comme les autres? Pourquoi tu serais mieux que les autres? Tu te crois à part? Tu crois que les exploits ça dure? Tu penses que tu ne seras jamais à quémander des regards, des joutes, des sextos, des followers, des friendships, des dials coquins, des amants virtuels quand tu ne pourras plus en avoir en vrai, toi qui n'en veux pas?

    - Pas moi!

    - Et pourquoi tu ne serais pas comme les autres, effrayée à l'idée de vieillir? Tu crois que tu ne le seras pas parce que tu l'as déjà été, vieille, laide, sans grâce? Tu crois que tu ne seras jamais abandonnée, toi? Quand tu ne pourras plus renaître? Comme les autres? Tu crois que tu pourras te passer de cette vie virtuelle? De ces rencontres? Tu penses que tu échapperas longtemps aux sirènes? Aux vieilles pieuvres qui traînent ici pour se nourrir de vieux corps plus jeunes? Tu penses échapper à cette tentation de renaître virtuelle, plus jeune, plus belle, plus douce, sans défaut, courtisée, à faire croire que tu n'es pas toi en étant flattée qu'on te reconnaisse, petite vieille laissée pour compte qui a besoin de regards? Tu penses que tu y échapperas? Tu penses que tu aimeras vieillir? Sortir du panel? Tu y tiens déjà trop, à ta vie virtuelle pour échapper à leur destin à tous, celui qui leur fait  préférer renaître un peu plus loin, sous un autre nom choisi, à vouloir de toutes leurs forces qu'on les reconnaisse. Qu'on leur parle, qu'on vienne le leur dire, qu'ils ont manqué au Monde. Qu'ils ne changent pas, qu'ils sont immortels et qu'on les a attendus immobiles.  Il n'y aura personne, comme il n'y a eu personne pour les leur rappeler, qui viendra te rappeler la prose du vieux Charles, mécontent de tous et mécontent de lui. Personne qui viendra te donner la force de produire encore de beaux vers, pour te prouver que tu n'es pas le dernier des hommes, inférieur à ceux que tu méprises.

    - Si.

    - Si quoi?

    -Si, il y aura quelqu'un." 

     ("
        .....Tu vois. Merci.)

  • Cats and dogs

    Un rêve qui commence, dans une rue. Une rue un peu trop ouverte et pas mal grise. Une femme, en jupe, les joues rouges. Pas très belle. Elle se frotte à un homme. Un inconnu. Elle allume quelque chose dans ses yeux. Il se rapproche d'elle, prend ses seins. Avance une main sous sa jupe. Touche sa peau. La prend, très fort, contre un grillage. Elle ferme les yeux, plutôt contente. Vieille chatte.

     


  • L'assiette du pécheur - le pressing

    Elle est petite, replète, non pas replète. Elle est pleine. Avec des joues pleines, des hanches pleines, une bouche pleine et des cuisses pleines. Une femme faite aurait dit mon grand'père. Elle me regarde brièvement avant de me tendre sa robe. Une robe banale, bleu marine. Un bleu banal pour une robe et pas mal pour des yeux. Bleus avec de petites paillettes dedans comme les papillons. Je ne sais jamais écrire paillettes. J'oublie les ailes.

    Je lui ai tendu son reçu, bleu aussi. Ce sera prêt dans deux jours. On travaille plus vite d'habitude mais là ce sont les communions. La ville a beau être à dominante protestante, les pressing bossent bien au printemps près des églises catholiques. Je m'attends à ce qu'elle fasse une remarque, comme les 10 autres à qui j'ai annoncé la même nouvelle, mais elle s'est contentée de baisser la tête et de tourner les talons. Elle ne sera pas restée plus d'une minute trente dans la boutique.

    Il fait une chaleur de four. On ne se rend pas compte que travailler dans un pressing ressemble à l'enfer. ça sent bon le propre, ça sent bon la fiabilité. On ne perd rien, tout est bien organisé. On donne confiance. Le petit monsieur bien mis qui donne 7 chemises et 3 pantalons le vendredi soir nous fait confiance pour qu'on les lui rende bien repassés et pliés dès le soir du jour ouvrable suivant. La maman du coin de la rue, on la voit moins souvent, surtout pour les couettes, les doudounes, les grosses pièces ou les compliquées. Pour le reste, je sais que pour elle, ne pas s'en occuper elle-même serait manquer à son idée du devoir.

    Plus que les chemises, le rituel du petit monsieur bien mis nous en dit long sur ce pour quoi il nous fait confiance. Alors qu'il serait bien plus efficace d'attendre le lundi matin pour venir nous déposer son linge le monsieur n'a jamais voulu. Tout comme il ne nous a jamais donné à laver autre chose que ses vêtements de travail de monsieur bien mis. Le petit monsieur termine toutes ses semaines en nous apportant, le dernier soir, sa sueur, son labeur, ses contraintes à laver, pour repartir chaque début de semaine sur une page aussi blanche et aiguisée que les plis de ses manches longues. Nous lavons ce qui est fatigué et lui rendons du maintien. Peut être n'a-t-il pas besoin de cela pour ses draps.

    La maman du coin de la rue, passe tous les jours mais ne vient qu'une fois par an, à la fin de l'hiver, avec ses lourds duvets et ses manteaux dans toutes les tailles rêver un temps qu'on peut l'aider en tout.

    Et puis il y a ceux qu'on ne voit qu'une fois. Ceux qui savent qu'on peut blanchir jusqu'aux draps du Diable et qui viennent avec les leurs faire nettoyer leurs vices, leur sang, leur sperme, leur merde, leurs travers insoupçonnés dans l'anonymat du talon de reçu bleu et l'ombre protectrice de la grande église.

    La très jeune femme brune aux courbes pleines et aux beaux yeux, avec sa petite robe bleu marine tachée, je ne l'avais jamais vue avant.

     

     

  • L'assiette du pécheur - le scooter

    Il se tient bien droit avec son casque noir, dans son costume strict et près du corps, un peu trop près à certains endroits. La quête de l'équilibre sur la selle pourtant large révèle plus qu'il ne le voudrait le retour de bedaine qu'il avait eu tant de mal à éloigner. Homme qui sait décider lorsque sa volonté s'impose, il peine cependant à la maintenir dans la stricte intimité de son frigidaire.

    Car il y a autour de cet homme aux multiples vies publiques quelques petites zones d'intimité jalouse. Des échappées solitaires encadrées par des bienveillants, de petits morceaux de vie véritable, des soupapes pour l'homme dessous la fonction.

    Tous nous avons besoin de ces moments d'intimité où nous pouvons pour un temps nous défaire des masques que nos multiples vies nous imposent de porter. Rares sont ceux qui savent, ou peuvent se permettre de n'en revêtir aucun et d'aller tête et peau nues parcourir leur chemin. Mais pour d'autres, tels le Renzo de Musset, le masque devenu peau révèle lorsqu'il tombe ou s'arrache la chair boursouflée et à vif des moignons ignorés.

    On masquait bien les pharaons morts.

    Il se tient donc bien droit en équilibre sur son scooter, casqué et sanglé dans son costume d'homme important, manoeuvrant avec sûreté, usant de l'habitude pour parcourir sans hésitation la série enchaînée de rues grises bordées d'immeubles cossus et de boutiques luxueuses. Le sol est encore humide de la dernière averse et fait chuinter ses pneus sous le bourdonnement de grosse guêpe de son petit engin.

    A quoi peut-il bien penser pendant ce trajet qui à tous comme à lui nous sert de sas pour quitter un rôle et en endosser un autre? Aux seins qu'il va dénuder, et peut être mordre? A la croupe manquant de rebondi dont il va écarter les lobes de sa courte main puissante? A la femme, à son sourire lorsqu'elle va entrebâiller sa porte et le découvrir encore tout frais du dehors?

    Pour l'instant, il n'est plus l'homme de la situation et il n'est encore l'homme de personne. Il est lui-même, le visage un peu crispé, avec les mêmes armes, les mêmes chances que n'importe quel autre homme juché sur n'importe quel scooter dans l'importe quelle circulation de n'importe quelle ville de n'importe quel vendredi soir.

    C'est bien lorsqu'on entend trajet dans le mot tragédie qu'on se rend compte qu'il y a toujours un chemin à parcourir avant de toucher au funeste.

  • Condominium

    Ne dites pas:

    "Ben voui je te tutoie! 'Videmment que je te tutoie. Je suis un Maître, c'est dans mon nom: Maître. Et les maîtres tutoient les soumises depuis la nuit des temps c'est comme ça. T'es pas soumise? Si t'es soumise! Comment ça maismaismais toi-même je vous emMaître d'abord, toi-même je vous emMaître petite impolie!  Tu sais que tu es une sacrée garce toi? C'est quoi ton prénom? "

     

    Oh et puis après tout si, dites-le.

     


  • Golden snober

    Pauvre pomme,

     

    Si Eve avait eu plus de classe, elle se serait piqué le doigt à la pointe d'un rouet.

     

    En plus, tu fais un alcool dégueulasse.

     

    Cordialement,

    Blanche-Neige.

  • Chili con charm

    Chère Tata qui Pique (un peu),

    Voilà. C'est ma femme. Ce n'est pas facile à dire comme cela, mais elle m'a avoué qu'elle avait vraiment très envie de se retrouver attachée mains dans le dos et en laisse, dans une pissotière.

    Une pissotière, quand même.

    Et ce qu'elle aimerait, c'est que je sois là, debout, vêtu, que je lui fourre mon sexe dans la bouche, ma main entière dans le sexe.

    Et ce qui lui plairait le plus, ce serait qu'elle demeure à genoux, sur le sol, là, dans cette pissotière, par terre les genoux écartés et le sexe ouvert le plus près possible du sol. Peut être même avec un bâillon.

    Une pissotière, quand même.

    Que dois-je faire?

    Vous remerciant par avance,

    Bien cordialement,

    UnDomdebonnevolonte

     

     

    Cher Domdebonnevolonté

                                                    Servez-vous

    Domdebonnevolonte.png

     

     

     

    Je ne t'embrasse pas, je pique (un peu).

    Poutous,

    Tata.

     

     

     

     

  • Aucune autre à la ronde

    Cher Hansel, chère Grethel,

     

    Nous vous informons que  pour sa protection cet établissement et ses abords sont placés sous videosurveillance.

    Pour l'exercice de votre droit à l'image, veuillez vous rapprocher des responsables du site.

    Poutous,

     

    Votre Maman qui vous aime.

  • Coef. de portance d'un corps profilé

     

    Vous m'importez.

    Vous m'insupportez.

    Importance.

    Ce sont des mots qui se disent à l'envers. Quand ça m'importe qui fait rentrer quoi en dedans de soi, moi ou l'autre? Qui prend et porte dedans? C'est lequel qui embarque la came à la fin, moi ou l'autre? ça fait quoi? ça crée un lien? ça donne du poids? Il y en a un qui porte et un qui est porté? Porté dedans? Involué? Revenu dans l'eau de départ?

     

    Vous m'importez: On entend que l'autre, je le regarde, je l'observe, je suis touchée. Alors qu'en fait je rentre dedans comme un virus. J'ouvre la porte et l'autre m'aspire. De son plein gré. Il m'achète. Il me prend dedans. Il m'importe. C'est un piège, un mot à l'envers.

     

    Vous m'insupportez: On entend que l'autre, je le rejette, je le repousse, on n'entend que le in avec le SU appuyé derrière. Bien sifflé. Et ça marche, en plus. Il doit se sentir bien rejeté, bien repoussé l'autre quand on lui siffle dessus qu'il insupporte. Alors qu'en fait c'est lui qui n'en veut pas. C'est lui qui pose le bébé. C'est lui qui est done with. C'est lui qui n'a plus envie de porter.

    L'importance, ça soutient de l'intérieur. L'inverse d'un avion.

    Ce sont des mots qui parlent à l'envers. Des identiques inversés. Comme les pieds.

    C'est d'en haut qu'on voit le mieux ses empreintes de Saussure.

     

    Demain, le souvenir, et j'espère bientôt la considération.

  • Dominant modèle d'emploi

    Ne dites pas:

    " ça va comme ça, la cire? Pas trop chaude?"

    Mais dites:

    "Ah oui, c'est vrai: ce sont des bougies artisanales au miel que je fais venir

    spécialement d'Europe de l'Est. Ne criez pas ainsi, vous affolez mes abeilles.

     

    Ne dites pas:

    "Ah mon dieu MON  DIEU DU SANG!!!!"

    Mais composez vous un demi sourire pour respirer discrètement par la bouche

    et fixez plutôt son visage quand vous planterez droit vos aguilles.

     

    Ne dites pas:

    "Oh arrête ton cinoche, tout ça pour 20 cm de gingembre strié.

    T'aimes pas ça les racines?"

    Mais approchez plutôt vos lèvres de son oreille

    et ordonnez lui doucement de former un O avec les siennes.

     

  • Ignition

     

    On la place au milieu de l'assemblée, nue et incongrue au milieu d'un lavomatic en plein jour. Les gens sont jeunes, laids, anonymes. Cheveux longs peu soignés pour les femmes. On dirait la vraie vie. Peut-être est-ce presque le cas. La fille est blonde, cheveux raides, mince, corps naturel, seconde partie de vingtaine, à la fois effrayée et absente. Si elle joue, elle est douée. Ses bras sont attachés dans le dos. Assise sur une chaise en plastique blanche de lavomatic. Pieds nus attachés. De la corde.

     

    On commence à la frapper. A l'insulter. A ouvrir sa bouche. A lui cracher dessus. Les filles sont les pires. Elles ne se retiennent pas. Elles détachent ses jambes et les lèvent, les écartent. Elles la touchent. Durement. La caméra bien en face est placée plus haut, Le distributeur de lessive peut être mais on s'en fout. On est fasciné. On regarde la fille. On la fixe. Les gens se pressent pour la toucher, pour arriver jusqu'à elle.

     

    Ce n'est pas joué, non. Vraiment pas. Le malaise est palpable. Tout craque. Peu importe son plaisir. Elle est là pour avoir mal. C'est dur de croire qu'elle peut y consentir. C'est dur de croire qu'elle puisse être forcée. Personne ne guette son plaisir. Sa présence nue et entravée mise à disposition du pire ramène les autres à l'intérieur d'eux-mêmes, à l'affut de leur propre violence, de leurs violents instincts, de leurs violentes pensées informulées. Tous. Aucun n'y échappe. Personne ne se caresse ni n'en caresse un ou une autre. Ils sont tous tendus vers elle et fascinés autant par ce qu'ils voient d'elle que ce qu'ils sentent d'eux rassemblés et d'eux intérieurs. Il 'y a pas d'interaction, sauf avec elle. C'est fascinant et insupportable. C'est le point de départ. C'est là, l'allumage. Celui du brasier à l'intérieur. Un truc incontrôlable et honteux et anormal qui menace de déraper dans une effrayante réaction en chaîne si rien n'est fait pour le contenir. L'éteindre, ce ne sera pas possible. Il faudrait tout éteindre et ce n'est pas permis Ce n'est pas possible.  On tombe à genoux ou on choisit d'appuyer sur le bouton. D'être le brasier. La fille blonde a choisi d'appuyer sur le bouton: ignition.

    Quelquefois, le regard d'une femme attachée dans un lavomatic suffit à faire affleurer le brasier à la lisière de la conscience, qu'on se dépêche d'enfouir sous des tonnes de gravats, à la va-vite, comme une vieille centrale nucléaire sur laquelle on a trop tiré en se disant que ça va tenir. On se persuade que la normalité va reprendre le dessus, aidée du quotidien. Qu'on va oublier et on oublie.

    C'est une vraie saloperie le nucléaire. ça produit de la normalité avec l'énergie de l'enfer. C'est de l'enfer qu'on croit garder sous contrôle tant qu'il nous promet la petite lueur qui éclaire les histoires du soir, bien au chaud dans le cocon douillet. On contient l'énergie monstrueuse que le brasier produit. On enfouit sous des tonnes de gravats l'immense quantité de déchets que ça crache. Quelquefois, dessus, on coule une chape de plomb.

    Et puis vient une histoire, racontée sous la lumière douce de la normalité, celle d'une souris qui voulait aller voir les étoiles. Alors, un soir, le regard tourné vers la Lune, elle prend la décision de se construire une fusée. Une belle fusée, bien solide. Elle rassemble des planches, des clous, un hublot et s'attelle à la tâche. Sans se poser de question. Et au matin, lorsque le soleil vient remplacer la lune, elle est prête.

    Tout le long du jour, elle transporte dans sa fusée tout ce dont elle aura besoin pour ce très long voyage: des coussins, des couvertures pour dormir, du bon fromage pour grignoter en regardant par le hublot, elle se fait une fusée bien douillette. Elle dit au-revoir à tous ses amis. Et au soir, quand la Lune vient remplacer le Soleil, elle est prête.

    Elle agite la main et monte dans la fusée. Elle se retourne, et après un dernier salut elle ferme la porte.

    Toute la nuit, elle regarde défiler les étoiles par le hublot. Etonnée de ne rien sentir. Pas de secousse, pas de cœur dans la gorge, pas de sensation forte. Pas de problème technique. Mais des étoiles, qui défilent par le hublot.

    Et au matin, quand le Soleil vient remplacer la Lune, elle déverrouille la porte et sort.

    Rien n'a changé. Ses amis autour d'elle ont à la main les panneaux de carton où sont dessinées les étoiles qui l'ont leurrée toute la nuit. Des panneaux en carton au lieu de l'espace infini. Elle n'a jamais quitté le sol.

    Elle n'avait pas demandé d'aide, cette souris. Elle pensait s'en sortir seule. Elle n'avait pas peur d'aller dans l'espace. Elle ne craignait pas ce qui allait se passer après le décollage. Elle désirait cette vie là.  Elle avait pensé à tout, à tous. Elle avait proposé à tous ses amis de monter avec elle dans la fusée, elle avait serré contre elle tous ceux qui avaient décliné, elle avait organisé son absence, veillé un peu à son confort et beaucoup à celui des autres. Elle s’était assuré qu’elle ne manquerait de rien, elle s’était surtout assuré qu’elle ne manquerait trop à personne.

     

    Elle avait tout bien fait, sauf allumer son putain de moteur.

     

     

     

  • Good bye stranger

    Mettons qu'on reçoive un mail. Un mail qui a transité par l'autre côté du monde avant de revenir quasiment à son point de départ, passant par des tas de fuseaux horaires et patientant de nuit avant d'être reçu.

    Dans ce mail, un message anodin quoique pas très clair, et une pièce jointe. une série de chiffres, un point, jpeg. Rien d'autre.

    Mettons qu'on clique pour ouvrir la pièce jointe. Une série de points qui tournent pour montrer que ça travaille dur d'un côté pour être agréable et qu'il faut par conséquent patienter de l'autre parce qu'on n'a pas le choix et la pièce jointe s'ouvre.

    Mettons que ce soit bien une photo. Qu'elle soit en noir et blanc. Prise de travers, une diagonale bizarre avec des moitiés de tout. Une moitié de télé avec un chanteur soigné, à collier, cheveux longs et dentition saine sur l'écran, parfaitement restitué alors que curieusement le reste a le grain grossier d'une vieille image du temps des antennes télé. Une moitié de table basse avec semble t'il une moitié de relief de plateau apéritif dessus, une demi carafe de liquide ambré, une demi coupelle de quelque biscuit salé. On ne voit pas bien ce presque premier plan. Au fond, un demi canapé en tissu.

    Entre toutes ces moitié, à demi tourné, un enfant tout entier, encore un bébé. Des anglaises courtes et blondes. Joufflu. Les contours de la bouche un peu brillants qui confirment les biscuits salés. Un t-shirt blanc d'où sortent des bras potelés de presqu'encore bébé. Une jupe portefeuille courte et colorée dans tout ce noir et blanc. Le regard  bien droit fixe l'inconnu familier qui a gardé des dizaines d'années ce vieux négatif ignoré pour maintenant lui faire faire deux fois le tour de la terre jusqu'à son point de départ.

    Les anti virus. De vraies passoires.

     

  • Mérite ton Paddle: joue au Scraddle!

     

     

     

    almanach du petit pervers illustré vol 2 à paraître, dominant modèle d'emploialmanach du petit pervers illustré vol 2 à paraître, dominant modèle d'emploi

     almanach du petit pervers illustré vol 2 à paraître, dominant modèle d'emploi

     

     

    L'almanach du petit pervers illustré

    a le plaisir de vous proposer

    en encart détachable

     

     LE SCRADDLE ! (TM)

     

    Aujourd'hui 

     

     

    méritez sans effort votre paddle grâce à
    l'entrée de journal intime compte triple!

     

     

    "Cher Journal,

    Je n'ai pas mis de culotte.  En revanche, elle était trempée.

    Poutous, Ta S."

     

     

     

  • Oppure

     

    Une main.  Une main normale. Ni trop fine ni retouchée. L’ongle du pouce est court et dénué de la brillance particulière de ceux que l’on a polis. Des ongles nus au bout d’une main nue. Ce n’est pas la main d’une jeune femme, c’est la main d’une femme. Une main gauche, une ferme main gauche. Peut-être est-elle gauchère. Pour autant que la lumière tamisée et ombreuse le laisse voir, c’est le début du soir ou le petit matin. Une lampe douce a été allumée sur la gauche aussi. Elle habille cette main d’un voile de mystère et la prolonge d’un poignet qui, sous un faisceau plus cru et un angle moins favorable, paraît plutôt solide, quoique pas bien épais.

     

    Elle n’est pas gracieuse cette main. Ou peut-être l’est-elle, vue depuis la lampe qui doit en dessiner les doigts qui restent cachés. Ou peut-être les phalanges qu’on devine noueuses empêchent l’œil inconnu de s’arrêter à cette main. Elle a de belles mains, entend-on dire, souvent en parlant des pas belles. Ça parle, les mains. Ça garde des cicatrices d’imprudences, ça a parfois des brûlures, cela dit des choses quand elles sont trop lisses et d’autres quand elles sont négligées. Celle-ci n’est pas belle. Ses formes ne sont pas gracieuses. Mais le geste qu’elle esquisse et que le regard a figé, à moitié dans l’ombre et tournant son dos de main pas belle à la lumière, ce geste qu’elle esquisse sans poser, sans penser, ce geste là coupe le souffle par sa grâce infinie.

     

    Dans cette main, l’emplissant entière et forçant sur la peau délicate entre le pouce et l’index qui l’étreignent, se dresse l’ombre d’un large pénis que coiffe un gland de lumière pure.

     

     

  • Tour d'y voir

    Blonde, très blonde. Et élancée. En manteau mais pas seulement. En robe, aussi. De plus en plus propre au fil de la poussière. Habillée d’elle-même surtout. Des yeux pâles. Des mains qui tiennent des cravaches. Des mains qui effleurent des touches. Patiente. A la fois passion et patiente. Un drôle d’alliage. Des yeux métalliques, d’ailleurs. Ou des yeux d’ailleurs métalliques. Aqueux et célestes. Mécanique parfaite. Une belle volonté. Une mue, une vraie. Une survivante. Une résiliente. Une de celles qui emmènent. Me laisserais-je  encore embarquer?  Je la goûte en junckie repentie. Je la pose sur la table de chevet. Je l’emmène avec moi sans la toucher. Et quand je l’ouvre enfin je plonge dedans en plein. Je dévore. Je m’en gave. J’ai arrêté les autres, les noix, les clopes. Avec elle je me teste. Elle passe ses mains qui effleurent les touches sur mes envies échaudées mais pas mortes. On me dit de me laisser faire.  On me dit de la laisser me toucher. Elle bouscule ma prudence neuve et ma vieille méfiance. Une berceuse pour guérir les engourdies. Ouvre-toi, me dit-on. Rouvre-toi, me dit-on.

    SesÂmes. Au pluriel.


  • La somme de toutes les peurs

    Yeux (2) + jambes (2) + qui sentent et marchent – qui courent + seins (2) + cul (1) + cicatrices (3) and still counting + 1,73 + 64 + rides verticales (3) + rides horizontales (n) + mèches blanches (1) + compte en banque (2) + cœur (1) + poumons (1,5) + grains de beauté (n) + peau average (2m2) + cerveau (1) + dents (28 and still counting) + doigts (10) dont raides (2)+ bras (2) + cheveux (12 cm and still counting) + ovaires (2) + utérus (1) – disques (2 and still counting) + camion 1 – boulot + projets n + cancer (0) + serostatus (0) + nuits (n) + jours (n-1) + idées (n2) + entourage (cube) + abscisses (ascendantes) + ordonnées (néant) + longueurs (n) + point (vrai positif)