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  • Chieuse

     

    C'est une très jeune fille. Peut être quinze ans. Elle est nue dans une minuscule clairière, sous des chênes liège, les genoux dans la terre meuble et les feuilles découpées. Elle tend sa croupe à un aussi jeune, un gamin, incapable de la déflorer, mais qui massacre son cul avec un bel entrain. L'ouvrant à sec, la déchirant. Une tuerie. Plus haut sur la route qui fait des lacets, elle voit un homme, dans une voiture blanche, arrêté, qui les regarde. Elle ne songe ni à se libérer, ni à partir, ni à l'obscène de sa posture et de sa situation. Une enfant sodomisée par un autre dans une clairière, sous le regard d'un conducteur de Citroën. 

    C'est un tout jeune homme. Peut être 17 ans. Il n'a pas donné son vrai prénom à la très jeune fille qu'il n'a pas réussi à déflorer, ni ne lui a avoué qu'elle était la première à se mettre nue pour lui, à le caresser, à se donner ainsi à lui. Au contraire, pour l'avoir, pour l'impressionner, pour se rassurer, il lui a longuement parlé de son expérience avec des femmes plus âgées, plus féminines, plus désirables. Il lui a dit qu'elle ne savait pas s'y prendre, qu'il lui apprendrait comment une femme s'occupe d'un homme. Comme il n'a pas réussi à pénétrer sa chatte, fermée sous la douleur et l'inconfort, il l'a persuadée de lui donner son cul, plus souple, moins vierge, forcément. Son père lui a expliqué que ce sont les muscles les plus puissants du corps, ceux qu'il s'apprête à forer. Que la merde reflue sous la poussée de la queue. Il est paré. 

    Il ne peut pas ignorer qu'il l'ouvre en deux, mais c'est plus fort que lui. Il l'attrape et pousse, pousse jusqu'à s'engouffrer en entier et là, il la secoue comme une poupée, indifférent à la souffrance dégueulasse qu'elle supporte pour lui. Ou pour elle. Pour ne pas qu'il la repousse, pour qu'il la garde avec lui. 

    La très jeune fille ne se rend pas compte du pouvoir qu'elle est en train de prendre sur les deux hommes qui la regardent l'oeil rond, celui dans sa voiture, fasciné, et celui qui la prend et qu'elle est en train de marquer pour toujours. Bien plus profond que lui la marque, elle. La douleur qu'il lui inflige, c'est cela qui marque. La douleur qu'il a été capable, à cause de sa queue, de lui faire subir. 

    Personne ne sait bien combien de temps ça dure. Il y a juste la sensation, dégueulasse. Vraiment dégueulasse, d'avoir les entrailles retournées, mises à vif, la sensation de se casser. De part et d'autre de ce beaucoup trop jeune trou de balle, c'est tout aussi inoubliable, pour de mauvaises et différentes raisons.

    Le gamin lâche pour la première fois de sa vie son foutre dans le jeune cul. Il ne s'est même pas protégé. Il ne l'a, elle, même pas protégée. Bien que le croyant plein de femmes, elle n'a pas osé, de peur qu'il la laisse lui aussi, lui imposer. C'est le premier. Elle ne sait rien.

    Le gosse se retire. La queue recouverte de merde bien échauffée par ses va et viens. Il n'arrive pas à y croire, se jette, pris de hauts le coeur, sur un tas de feuilles pour les frotter. Indifférent à la fille recroquevillée, dont le cul bée encore, et qui se tâte du bout des doigts pour évaluer les dégâts faits à sa chair. Elle saigne. Elle saigne de partout. Même un peu du genou. 

    Mais c'est pas grave. Parce que l'horreur, ce n'est pas ce qu'elle vient de vivre. La honte, ce n'est pas qu'un gosse ait défoncé la virginité, l'innocence, et très durablement l'aptitude au plaisir d'une femme naissante. L'horreur, la honte, c'est la merde sur sa queue. 

    Alors elle lui demande pardon pour son cul. Pardon pour sa chatte rétive, pardon pour sa merde. Et gentiment, lui répond, l'oeil à moitié fou: c'est pas grave. 

     

    C'est quoi, un an après. La gamine, décidément douée pour se faire du bien, est partie loin de chez elle histoire de prendre l'air en vérifiant qu'on tient à elle. C'est non. Personne n'est venu la chercher. Ni sa mère, ni l'un de ses pères n'est monté dans une bagnole pour venir la chercher, la serrer fort, la mettre en sécurité. A la place, on lui a ordonné de revenir. Bien contente que ce soit pas entre deux gendarmes. C'est la première fois, elle ne sait pas.

    Du coup, elle revient. En train. De nuit. ça n'a pas loupé. 

    Il est arrivé pendant qu'elle dormait, seule dans un compartiment de 6 ou 8 places assises. Elle était en jean, sur le ventre. Dans son rêve, elle a senti une main qui la touchait, effleurait ses reins, sa raie, son entrejambe. Juste un effleurement. Quand elle s'est réveillée en plein, elle était excitée. Ce n'était pas la sensation de danger qui l'a sortie du sommeil. C'était le plaisir naissant. 

    Quand elle s'est redressée, qu'elle a essayé de s'enfuir le type l'a balancée une ou deux fois contre les parois, histoire de la mater.. La touchant au passage. Levant la main. Il devait être bourré, parce que quand elle a réussi à piauler faiblement, comme on crie dans un rêve sans émettre un son, il a eu un mouvement de côté et l'a laissée partir. Avec son sac. Dedans, les deux derniers volumes de Dune, achetés à l'aller. Elle les prêtera vingt ans plus tard et ils ne reviendront pas de sitôt. 

    Le contrôleur contre lequel elle se jette l'installe dans un compartiment "avec des femmes" où on dévisage la gamine de nuit qui n'a rien à foutre là. Il revient, un peu plus tard, dire à la cantonade: "le monsieur dans le compartiment que vous m'avez montré est endormi". 

    Fin de l'histoire pour tous ces messieurs. Une gamine seule dans un train. Normal.  

    La fille n'oubliera jamais ni le plaisir, naissant, ni le son de sa tête contre la vitre du train, ni surtout l'odeur de cheveu d'alcoolique du type sagement endormi dans son compartiment. 

    Deux ou trois jours plus tard, sa mère écoeurée par sa fugue la trouvera recroquevillée et hoquetante dans un coin. Elle entendra la confession de sa fille, pleurera un peu avec elle, ne s'excusera jamais de l'avoir obligée à ramper seule jusqu'à Canossa sur mer. N'en parlera jamais à quiconque. Ses autres repères en sont tous restés à la version plus sympa de la barreuse impossible qui fait vivre un enfer à sa maman. 

    Et puis il aura fallu un monsieur, un calme, un taiseux, un patient, et des siècles pour trouver le courage de lui ouvrir le bordel. Des siècles aussi à s'émerveiller qu'il aime sans se poser de question tout ce qui était vu comme noir, dégueulasse, pervers, déviant, hors norme, trop, toujours trop. Hors des clous. Son accueil suffit à consoler, laver, blanchir. Il prend tout, fort, longtemps. Il ne fait jamais mal. Il n'est jamais maladroit. Ses tripes savent. Sa queue aussi. Mêle si sa bouche ne sait pas le dire. Même si son coeur quelquefois ne sait pas qu'il sait. Ses tripes savent. Son coeur de bête. Son âme de bête. Mon royaume pour son chemin caché. 

    Et puis il aura fallu des longues files d'hommes écoutés, dans leurs pulsions, leurs désirs, leurs vices. 

    Et puis il aura fallu un monsieur, sans doute le dernier de la courte litanie, le dernier de ceux, hommes et femmes, qui auront compté, envoyé d'une morte ou même de plusieurs, pour raconter le sang et la merde, les poils et les humeurs chéris, adorés des hommes, parfois à leur insu, parfois dans de grands brasiers, parfois dans de grands embrasements, parfois avec horreur, parfois avec dévotion.  Un humain, un collectionneur, un recueilleur, pour lui dire de sa voix calme les hommes fascinés qui brûlent et soignent leurs idoles. 

    Et puis il y a un monsieur, sans doute le dernier de la courte litanie, le dernier de ceux qui auront compté, qui sans la toucher, en l'effleurant de son eau, l'accompagne avec douceur, avec ses mots à lui et dans ses mots à elle, pour les derniers mètres de ce chemin d'eau et de feu, d'air et de terre qui fait le tour d'elle-même.