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Le banc de lady Chatterley

Je ne suis pas là où j’ai dit que j’étais.  Je suis sur un banc, face à la mer.  Je n’ai plus rien à voir, pour encore quelques semaines, avec cette ville du nord attachante et froide, qui, certains matin m’accueille par la droite avec son incomparable, sa délicieuse,  sa très fausse odeur de pain juste grillé.

J’ai brouillé les pistes et me suis emmêlé les pinceaux.

Je suis sur un banc, face à la mer. Une mer pas tranquille, autour des toits d’ardoise, de très beaux hortensias.  Du vert, du paille, du bleu et du gris, du vent. Et tout à l’heure les fruits de mer, les enfants, les amis, mon amour.

Je suis sur un banc et je pense à une femme.

Si c’est une femme. Des bouts de corps dont je ne suis pas bien sûr qu’ils sont bien à elle posés ça et là sur des pages et des pages, et une voix.  Une voix basse, lente, posée, qui raconte longuement.  Je suis cette voix le long des quais, le long des îles, le long des boulevards.  Sur de petites places, dans des endroits qui me sont familiers. Je connais les odeurs, les sons qui bordent cette voix inconnue.  Je sais où elle est, où elle passe, d’où elle me parle.  Je sais d’où elle veut que je sache qu’elle me parle.  Je la suis dans l’eau, son eau sale qu’elle soulève longtemps et toujours au même rythme. Je la suis à son rythme de voix qui se déplace, qui scande.  Je suis l’image que la voix me donne à voir.  L’image crue que la voix me donne à voir.

Je suis sur un banc, et je pense à une femme avec une voix.

J’ai choisi quelque chose de compliqué. Pour l’entendre, je dois être là.

Là en même temps qu’elle.  Le jeu que j’ai choisi reconstitue dans le noir vide et binaire les correspondances d’antan, où la réponse n’était pas immédiate. Je suis là-pas-là.  Et pourtant, je la ressens comme une basse, cette voix que je n’entends pas. Dans mon cerveau, dans mon plexus, et même quelquefois  dans le sang qui vient battre à la base de ma queue.  

Je suis sur un banc et je pense à une femme avec une voix que je n’entends pas et qui crée pourtant une étrange torpeur.

Je suis sur un banc, et je pense à une putain de berceuse.  

 

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