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la poupée qui disait qu'elle voulait un poème

Je ne viens pas te chercher avec mes mots.

Je viens te chercher avec mes couleurs.

Je te bleue tout entière.

 

Au début  il y a eu les couleurs, tout de suite. le bleu, partout les couleurs fondues-enchaînées qui tourbillonnent dans le  ventre, beaucoup de bleu encore, du jaune, pas mélangé. Les cuisses  vertes. Le noir dans les reins et le noir sur la mâchoire.

Après,  il y a eu le tipi. Le tipi rouge, puis le tipi de peau couleur de peau et brodé comme celui des playmobils, et le feu au milieu, l’ouverture, ma place en biais, et personne pour m’y rejoindre. Et puis le bleu sombre, qui palpitait.

Il y a eu la petite chose, rouge rose, qui était dans mon ventre, sous mes côtes et que j’ai ramenée avec les couleurs, avec mon air dans ma poitrine. La petite femme ou la petite fille très ancienne, lovée endormie, son dos contre la peau de mon ventre, et qui est avec moi, maintenant.  Maintenant, il y a la petite chose, à sa place près de mon cœur.

Il y a le sceptre, à la tête de serpent métallique, qui tient le tout et qui ne veut pas faillir. A qui il a fallu parler pour lui dire qu’il n’avait pas besoin de tout porter seul, que même s’il ne portait plus, nous toutes aurions encore  besoin de lui, et qu’il aurait sa place. A qui il a fallu dire que, lorsque les choses étaient à leur vraie place, elle tenaient ensemble d’elles-mêmes, que tout alors  tiendrait ensemble sans qu’il doive lutter pour tenir, et puis le sceptre est redevenu serpent, et s’est mis à faire des 8 à l’horizontale dans le bas de mon dos, en me massant tout entier de l’intérieur dans un grand espace que je ne connaissais  pas.

Et Marie a essayé d’amener la poupée. Mais rien ne venait. Elle m’a demandé si j’écrivais. Elle m’a dit qu’elle voyait un poème.  Que la poupée voulait son poème.  

Elle a dit d’essayer de savoir ce que moi je pourrai apporter, leur donner pour que tout le monde soit mieux.

 Trois…. les couleurs, la petite chose, et le sceptre-serpent.

(La vigie-qui-ne-s’appelle pas la vigie, celle sur l’épaule qui surveille l’intérieur n’est pas venue.  Mais comme elle n’existe pas en vrai, elle a eu raison de s’abstenir)

Plus tard, dehors, il y a eu le monsieur qui travaille chez Emmaus et qui est venu me parler et m’a cherchée ensuite.

Je me suis dit que la poupée ne devait vraiment pas être loin du bord.

Et tout de suite dans le métro, le monsieur qui faisait la manche, et qui, visiblement très malhabile à la conversation,  a tenu à prendre un moment pour me souhaiter pâques, me conseiller des promenades près de Joinville sur les quais de la Marne. Voulant vraiment, humain et charmant peut être pour la première fois depuis longtemps, et touchant aussi, beaucoup, m’apporter quelque chose.

Dans le métro j’ai écrit à la poupée, et j’ai arrêté quand le poème - pas-poème est venu tout seul.

Je ne viens pas te chercher avec mes mots. Je viens te chercher avec mes couleurs. Je te bleue, tout entière.

Il y  a eu la jeune fille qui me souriait dans le train bondé, et l’autre, charmante et à l’odeur délicieuse, qui s’est assise à côté de moi.

Dans la voiture, après, je me suis demandé pourquoi il n’y avait pas eu une orgiaque pour se montrer. Et là, aussitôt la sensation de ce rouge violet que j’avais vu, entre estomac et plexus : l’Orgiaque, c’est le rouge-violet.

C’est là que j’ai compris : la poupée, c’est le bleu. Le bleu partout.

Je ne savais pas que j’étais colorée, j’ai dit à Marie quand on a eu fini.

Elle, elle l’avait vu tout de suite.

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