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Le monsieur qui savait qu'on ne mourait pas d'être ce qu'on était

"Je m’appelle ZORG et j’ai 47ans. J’ai été précoce, surtout pour devenir orphelin de mère.

 

Je passe parfois pour un aventurier. Pourtant si être un aventurier c’est sortir de sa zone de confort je ne suis qu’une lavette. Passer la totalité de ses vacances d’enfant et d’adolescent dans des campings, y compris l’hiver, ca te fait grandir la zone de confort, je te le dis. Cela te donne de bonnes dispositions pour passer une nuit de décembre sur des filets de pêche mouillés entre Tanger et Tétouan, une bannette de chalutier recyclée au milieu d’une tempête du Pacifique ou encore un anorak jaune dans un refuge d’altitude couvert de neige à la frontière Italienne.

 

Dans le métro j’ai la chance d’avoir le nez bien au dessus des aisselles des travailleurs immigrés et je travaille depuis 23ans pour reboucher le trou de la sécurité sociale. Je dois cela à mon père qui m’a légué un physique de montagnard et m’a enseigné un énorme manque de confiance en moi, croyant œuvrer pour mon bien en ne me faisant jamais un compliment ou une marque de tendresse. Aujourd’hui encore j’ai encore du mal à dire non sans donner d’explication et recevoir un cadeau me semble anormal.

 

Heureusement pour moi je pense vite, je suis prétentieux  et j’ai le goût du luxe, de l’élégance et du raffinement que j’ai appris par l’absurde durant la première partie de ma vie. Je voulais une Ferrari comme cercueil à 27ans juste pour faire plus cher et plus vite que James Dean (mais je n’ai pas un prénom qui commence par « J » !). Je suis bien trop dans le contrôle pour admettre quelque sorte d’addiction que ce soit et si je fume parfois pendant quelque mois, c’est pour le plaisir de vaincre le manque par l’esprit quand mon corps s’est habitué et que je décide d’arrêter. Si j’ai réussi à sortir en tête de mes études, c’est uniquement par fierté et parce que je n’aimais pas les chemises à carreaux et les jeans de supermarché de mes camarades de classe.

 

A 38 ans je ne possédais rien d’autre que mon intelligence au dessus de la moyenne, quelques costumes mal taillés et l’illusion d’une vie parfaite. Je croyais que réussir sa vie c’était avoir un foyer, être aimé par ses collaborateurs, posséder une maison et avoir 357 amis sur Facebook qui n’existait pas encore. Je n’avais jamais joui dans la bouche d’une femme et faire 180 km en vélo était pour moi le plaisir ultime.

 

J’ai le sens de l’engagement et j’ai appris à ne pas faire des réalités de mes désirs anticonformistes et rock’n roll, ce qui m’a permis de donner beaucoup et longtemps à la femme qui partageait ma vie et notamment 3 enfants magnifiques. L’atavisme biologique fut pour moi une réalité.

 

A 40 ans un roi m’a félicité pour mon travail et une femme m’a fait jouir dans sa bouche. Ma femme a essayé de m’aimer comme je le voulais mais il était déjà trop tard et elle n’était pas douée.

 

A 43 ans je me suis cassé la gueule et l’absurdité de ma vie m’a sauté à la gorge. Au fond la piscine mon pied a pris appui sur le sol et j’ai poussé très fort pour remonter à la surface. Toujours la fierté ! J’ai compris que je pouvais faire ce que je voulais sans mourir sur le coup et j’ai cru que  « complicité sexuelle » était synonyme d’ « amour ». J’ai pris confiance en moi et j’ai accepté d’assouvir mes envies. J’ai renoncé à être aimé de tout le monde et paradoxalement c’est à ce moment-là que j’ai commencé à entendre « je t’aime ». Je n’ai pas répondu. J’ai acheté une maison, puis quatre autres. Je suis devenu un solitaire riche, vivant en bande et baisant à tout va. C’est là que j’ai commencé à m’ennuyer.

 

A 47 ans je suis tombé amoureux d’une femme qui sait m’aimer sans réfléchir. Rien qu’en existant telle qu’elle est elle me donne plus que toutes les autres réunies en s’appliquant. La sexualité exclusive s’est imposée à moi et pour la première fois je me lance à l’aventure. La vraie. Je quitte ma zone de contrôle pour me lancer à corps perdu dans cet amour qui éclaire ma vie.

 

 

Chère mars,

 

Brillante tu es je confirme. Et aussi lucide et forte comme seule une femme peut l’être. Je vous envie pour ça, vous les femmes. Pour ça et pour votre capacité à jouir plus que moi.

 

Boires des verres ensemble impliquerait de devenir des humains l’un pour l’autre. Va falloir m’en donner envie. Une simple photo de tes seins ou l’espoir de l’odeur de tes aisselles sur ma peau ne sont plus des arguments recevables à ce moment de ma vie. Par contre ton intelligence, tes tripes et les montagnes peuvent me faire tourner la tête. Si ça marche et qu’on décide de boire des verres jusqu’à ce que le jour se lève, tu ne pourras alors pas m’empêcher de te toucher et te prendre dans mes bras : je suis comme ça ! Tu ne pourras pas non plus m’empêcher de te parler d’Agnès…"

 


 

 

 

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