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  • Meat Me, you Songwriter

     

    Je suis un petit trou

    Au bout d’un gros tuyau

    Des fois on me secoue

    Et puis je fais le beau

     

    Je suis un petit trou

    Mais on veut m’avaler

    Tout noir un très grand trou

    Essaie de me bouffer

     

    Je suis un petit trou mais j’ai beaucoup beaucoup de

                                                [ressort

    Je respire un grand coup et puis je crache

    Je crache très fort.

     

    Je suis un petit trou

    Mais ce que je voudrais

    Ce serait un autre trou.

    Un petit,

    Pour jouer.

     

     

                                                                         (1 km)

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  • le Cougarou

    Il était une fois une très jeune fille, jolie comme le sont les très jeunes filles, aux belle boucles dorées, au cou gracile et aux épaules fines, à la vie douce et sans souci des très jeunes filles qui, un peu éloignées des leurs, font leurs premiers pas dans les grandes grandes villes. Une petite jeune fille qu'on a envie de protéger, de conduire par la main, qu'on voudrait voir avancer sur un joli chemin, une toute jeune fille au regard plutôt droit et au sourire de Claudine. On voudrait éloigner les fauves de sa route, on voudrait qu'elle ne voie que le beau. On a envie de croquer dedans.

    Comme ceux de son âge et comme tous les autres, le soir elle ouvre son poudrier magique pour regarder dans le monde, protégée derrière la vitre, les noms choisis et les mots de passe. On se demande bien qui a inventé cette expression là, les mots de passe. Les mots de passe jouent bien mal les verrous.

    Dans le monde, protégée par ses mots de passe et ses noms choisis de petite jeune demoiselle aux grands yeux, elle croit qu'elle peut se frotter aux loups.

     

    Il était une fois un monsieur, un monsieur d'un âge à la fois sûr et incertain. Un monsieur plutôt bel homme qui devrait même le rester. Un monsieur assuré, installé dans une belle vie, avec des soucis, des idées, des projets, des amis, des amours, des maisons, des lacs, de la neige et même de la mer.

    Un homme qui écrit plutôt bien et pense encore mieux. Séducteur parce qu'exposé, il livre sur la toile, en araignée avisée, des morceaux de lui qui le flattent et d'autres qui le rendent encore plus humain, encore plus brillant, encore plus attirant, encore plus unique dans cette belle multitude de narcisses où il dispose pourtant des plus belles cartes: le savoir et le talent. 

    Il était une fois un monsieur qui, comme les tout jeunes, expose souvent quelques unes des plus inutiles secondes de sa vie aux followers de l'absurde et aux nihilistes assumés, Poussant à son paroxysme l'Ode au Rien de cette époque étrange où tout le monde est si près sans jamais se regarder.

    Dans le monde, protégé par son histoire et à vitesse de croisière, le monsieur croit qu'il peut croiser des hardes de biches sans sortie de route.

    Et il y en a des naïfs pour dire que c'est une histoire incroyable.

    Celle des multitudes.

     


     

     

     

     

     

  • L'assiette du pécheur - le mégot

     

     

     

     

    D'abord je vais tenir entre des doigts. Des doigts peints. Deux doigts, souvent lorsqu'ils sont peints. Le majeur et l'index. Des doigts nobles et fins. Mes volutes compliquées rivaliseront d'audace aérienne avec des chevelures savamment tordues. Je vais donner des contenances, assurer l'assurance, poser des sillages, finir au bout d'une longue colonne de cendres fragiles sur des bords d'assiettes dorés.

    D'abord. D'abord je vais tenir entre des doigts pincés, le pouce opposable et l'index, pincé par les ongles jusqu'à l'absence de filtre, dans le bruit et la sueur, résister au vent, faire plisser des paupières tirer des larmes de fumée retenue et stagnante sous des chapeaux aux bords relevés, des casquettes à courte visière, résistant au vent, à la pluie, au désespoir et au labeur, gardé bien après la dernière étincelle dans d'inconscientes crispations.

    D'abord je vais me faire illégal, dodu et presque noir, pour me perdre dans des chattes de putes ou de stagiaires, exalter l'odeur du vieux cuir anglais et du bon scottish scotch, m'éteindre dans du champagne, moignon brun havane broyé entre les dents serrées des puissants pour qu'ils aient un peu moins peur.  

    D'abord je vais me faire allumer, je me ferai aspirer, je me fera inhaler, je me ferai émietter, je me ferai chiquer, mordre, je me ferai éteindre, je me ferai jeter, je me ferai même écraser, noyer au fond des verres.

    D'abord j'arrondirai des lèvres rouges, j'enfumerai des concerts, je foutrai le feu aux poubelles, aux draps et aux broussailles, je ferai fondre les assiettes en plastique, je ferai des trous dans les pulls et je jaunirai les ongles, je sombrerai dans des culs de bouteille, peut être je torturerai.

    D'abord je parfumerai les doigts, les souffles et les cheveux. Je me serrerai par vingt dans de petites boîtes, éphémère petit bâton de joie blanche, j'entrerai par les spores, les alvéoles, les minuscules trous pour bien masquer les failles et cacher les fêlures, je joncherai les sols, je scanderai le temps.

    Et après, j'irai cramer sur vos tombes.

     

     

     

     

     

     

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  • Je frissonne de peur quand tu me dis mon ange

     

    A une heure du matin

     

    Enfin ! seul ! On n’entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin ! la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.


    Enfin ! il m’est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres ! D’abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde.


    Horrible vie ! Horrible ville ! Récapitulons la journée : avoir vu plusieurs hommes de lettres, dont l’un m’a demandé si l’on pouvait aller en Russie par voie de terre (il prenait sans doute la Russie pour une île) ; avoir disputé généreusement contre le directeur d’une revue, qui à chaque objection répondait : « — C’est ici le parti des honnêtes gens, » ce qui implique que tous les autres journaux sont rédigés par des coquins ; avoir salué une vingtaine de personnes, dont quinze me sont inconnues ; avoir distribué des poignées de main dans la même proportion, et cela sans avoir pris la précaution d’acheter des gants ; être monté pour tuer le temps, pendant une averse, chez une sauteuse qui m’a prié de lui dessiner un costume de Vénustre ; avoir fait ma cour à un directeur de théâtre, qui m’a dit en me congédiant : « — Vous feriez peut-être bien de vous adresser à Z… ; c’est le plus lourd, le plus sot et le plus célèbre de tous mes auteurs, avec lui vous pourriez peut-être aboutir à quelque chose. Voyez-le, et puis nous verrons ; » m’être vanté (pourquoi ?) de plusieurs vilaines actions que je n’ai jamais commises, et avoir lâchement nié quelques autres méfaits que j’ai accomplis avec joie, délit de fanfaronnade, crime de respect humain ; avoir refusé à un ami un service facile, et donné une recommandation écrite à un parfait drôle ; ouf ! est-ce bien fini ?



    Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m’enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Âmes de ceux que j’ai aimés, âmes de ceux que j’ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde, et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise !

    Charles Baudelaire,
    Petits poèmes en prose, 1869

     

    Plus tard, au miroir

     

    Tu es là et je te regarde. Pendant quelques heures, je serai là.Tu peux parler. Tu peux te taire. Pleurer. Je te promets que tu n’auras pas mal. Je te promets que tu ne mourras pas.

     

    Tu peux fermer les yeux. Tu peux fermer les autres. Tu peux même t’épuiser à les arrêter avec des portes mais cela ne t’arrêtera pas toi. Tu ne peux pas t’arracher de toi. Cette guerre-là est vaine et elle n’a pas de fin.


    Ce monde-là, le tien, cette vie, cette ville n’est qu’une perception, une illusion, la tienne. Ferme les yeux si tu veux, Rien ne te force à voir.
    Qui entends-tu dans cette voix moqueuse ? Vois-tu ces jolis mots auxquels tu restes sourd ? Quelles joues racles-tu de tes poings gantés ? Irais-tu, toi, dans ce pays dont on part par la mer jusqu’à la Russie ? Y porterais-tu les livres que tu aimes ? Auras-tu trop peur de ne plus savoir les lire ? Quelles fausses plaies tu grattes ainsi ? Oins-toi de baume, dans ce bain de ténèbres, Oins toi de baumes dans un bain de silences. Tu t’épuises à te regarder lutter contre de belles choses. Tu t’épuises à te regarder ressasser de mauvais angles. Ton œil, qu’en as-tu fait ? Tu peux voir aussi. Tu peux entendre. Laisse-toi entendre, Embrasse-la cette sauteuse et sa langue de défauts, embellis-la encore de ta Vénus peinte. Prends-le tout entier, ce temps que tu veux tuer. Aime-les à voix haute tes crimes, comme tes enfants. Apprends du sot, vois-le se réjouir, On te dit de voir, on te répète de voir, vois de tes yeux fermés la beauté de ton monde. Laisse-la voir, la beauté de ton monde, Laisse-toi accoupler à toutes ces rencontres, laisse-le, ton masque qui t’empêche de voir, laisse-le, ton masque qui t’empêche d’être vu. Ton masque, il leur fait peur, mais bien moins peur qu’à toi.
    C’est fini tu sais, Charles. C’est fini, si tu veux. 


     Si tu te laisses vouloir, si tu écoutes enfin,  celui d’entre toi que tu implores ainsi pourra venir prendre de sa main dégantée ce Moi sans âme qui te déçoit tant. Si tu te laisses vouloir, celui d’entre toi qui va sans gant et sans dieu le couchera, ce Moi vampire, dans un bain juste tiède, comme un petit enfant. Si tu le laisses faire, celui d’entre toi qui t’écoute prier et connaît tes silences, alors tu verras se dissoudre dans ce bain juste tiède toutes ces preuves vaines qui t’éprouvent sans te laisser éprouver et alors, Charles, alors, tu trouveras ta place dans la ligne des hommes, et tu n’auras plus peur de leur prendre la main.







  • Sample copy

    "Imagine quand même que ça t'arrive à toi. Imagine que tu aies au fond de toi cette énorme trouille qui les prend tous tôt ou tard. Cette énorme trouille qui brouille toute perception, qui te fera sentir vieille, finie, passée, qui te fera encore plus peur, parce que cette peur engendre une nouvelle peur, celle de perdre ce que tu n'auras pourtant jamais recherché. Celle de ne plus jamais pouvoir avoir ce que tu n'as pourtant jamais pensé à désirer.

    -...

    - Imagine que tu sois là, à te regarder ne pas faire ce que tu n'as pourtant jamais voulu avant, à te dire comme les autres que c'est maintenant et peut être déjà trop tard. Imagine ça, dans dix ans, quand tu ne pourras plus te réinventer sans arrêt, te ressusciter sans arrêt, renaître sans arrêt. Tu sais qu'il y a des gens qui arrêtent de renaître?

    -Pas moi.

    -Et pourquoi tu ne serais pas comme les autres? Pourquoi tu serais mieux que les autres? Tu te crois à part? Tu crois que les exploits ça dure? Tu penses que tu ne seras jamais à quémander des regards, des joutes, des sextos, des followers, des friendships, des dials coquins, des amants virtuels quand tu ne pourras plus en avoir en vrai, toi qui n'en veux pas?

    - Pas moi!

    - Et pourquoi tu ne serais pas comme les autres, effrayée à l'idée de vieillir? Tu crois que tu ne le seras pas parce que tu l'as déjà été, vieille, laide, sans grâce? Tu crois que tu ne seras jamais abandonnée, toi? Quand tu ne pourras plus renaître? Comme les autres? Tu crois que tu pourras te passer de cette vie virtuelle? De ces rencontres? Tu penses que tu échapperas longtemps aux sirènes? Aux vieilles pieuvres qui traînent ici pour se nourrir de vieux corps plus jeunes? Tu penses échapper à cette tentation de renaître virtuelle, plus jeune, plus belle, plus douce, sans défaut, courtisée, à faire croire que tu n'es pas toi en étant flattée qu'on te reconnaisse, petite vieille laissée pour compte qui a besoin de regards? Tu penses que tu y échapperas? Tu penses que tu aimeras vieillir? Sortir du panel? Tu y tiens déjà trop, à ta vie virtuelle pour échapper à leur destin à tous, celui qui leur fait  préférer renaître un peu plus loin, sous un autre nom choisi, à vouloir de toutes leurs forces qu'on les reconnaisse. Qu'on leur parle, qu'on vienne le leur dire, qu'ils ont manqué au Monde. Qu'ils ne changent pas, qu'ils sont immortels et qu'on les a attendus immobiles.  Il n'y aura personne, comme il n'y a eu personne pour les leur rappeler, qui viendra te rappeler la prose du vieux Charles, mécontent de tous et mécontent de lui. Personne qui viendra te donner la force de produire encore de beaux vers, pour te prouver que tu n'es pas le dernier des hommes, inférieur à ceux que tu méprises.

    - Si.

    - Si quoi?

    -Si, il y aura quelqu'un." 

     ("
        .....Tu vois. Merci.)

  • Cats and dogs

    Un rêve qui commence, dans une rue. Une rue un peu trop ouverte et pas mal grise. Une femme, en jupe, les joues rouges. Pas très belle. Elle se frotte à un homme. Un inconnu. Elle allume quelque chose dans ses yeux. Il se rapproche d'elle, prend ses seins. Avance une main sous sa jupe. Touche sa peau. La prend, très fort, contre un grillage. Elle ferme les yeux, plutôt contente. Vieille chatte.