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  • L'assiette du pécheur - le pressing

    Elle est petite, replète, non pas replète. Elle est pleine. Avec des joues pleines, des hanches pleines, une bouche pleine et des cuisses pleines. Une femme faite aurait dit mon grand'père. Elle me regarde brièvement avant de me tendre sa robe. Une robe banale, bleu marine. Un bleu banal pour une robe et pas mal pour des yeux. Bleus avec de petites paillettes dedans comme les papillons. Je ne sais jamais écrire paillettes. J'oublie les ailes.

    Je lui ai tendu son reçu, bleu aussi. Ce sera prêt dans deux jours. On travaille plus vite d'habitude mais là ce sont les communions. La ville a beau être à dominante protestante, les pressing bossent bien au printemps près des églises catholiques. Je m'attends à ce qu'elle fasse une remarque, comme les 10 autres à qui j'ai annoncé la même nouvelle, mais elle s'est contentée de baisser la tête et de tourner les talons. Elle ne sera pas restée plus d'une minute trente dans la boutique.

    Il fait une chaleur de four. On ne se rend pas compte que travailler dans un pressing ressemble à l'enfer. ça sent bon le propre, ça sent bon la fiabilité. On ne perd rien, tout est bien organisé. On donne confiance. Le petit monsieur bien mis qui donne 7 chemises et 3 pantalons le vendredi soir nous fait confiance pour qu'on les lui rende bien repassés et pliés dès le soir du jour ouvrable suivant. La maman du coin de la rue, on la voit moins souvent, surtout pour les couettes, les doudounes, les grosses pièces ou les compliquées. Pour le reste, je sais que pour elle, ne pas s'en occuper elle-même serait manquer à son idée du devoir.

    Plus que les chemises, le rituel du petit monsieur bien mis nous en dit long sur ce pour quoi il nous fait confiance. Alors qu'il serait bien plus efficace d'attendre le lundi matin pour venir nous déposer son linge le monsieur n'a jamais voulu. Tout comme il ne nous a jamais donné à laver autre chose que ses vêtements de travail de monsieur bien mis. Le petit monsieur termine toutes ses semaines en nous apportant, le dernier soir, sa sueur, son labeur, ses contraintes à laver, pour repartir chaque début de semaine sur une page aussi blanche et aiguisée que les plis de ses manches longues. Nous lavons ce qui est fatigué et lui rendons du maintien. Peut être n'a-t-il pas besoin de cela pour ses draps.

    La maman du coin de la rue, passe tous les jours mais ne vient qu'une fois par an, à la fin de l'hiver, avec ses lourds duvets et ses manteaux dans toutes les tailles rêver un temps qu'on peut l'aider en tout.

    Et puis il y a ceux qu'on ne voit qu'une fois. Ceux qui savent qu'on peut blanchir jusqu'aux draps du Diable et qui viennent avec les leurs faire nettoyer leurs vices, leur sang, leur sperme, leur merde, leurs travers insoupçonnés dans l'anonymat du talon de reçu bleu et l'ombre protectrice de la grande église.

    La très jeune femme brune aux courbes pleines et aux beaux yeux, avec sa petite robe bleu marine tachée, je ne l'avais jamais vue avant.

     

     

  • L'assiette du pécheur - le scooter

    Il se tient bien droit avec son casque noir, dans son costume strict et près du corps, un peu trop près à certains endroits. La quête de l'équilibre sur la selle pourtant large révèle plus qu'il ne le voudrait le retour de bedaine qu'il avait eu tant de mal à éloigner. Homme qui sait décider lorsque sa volonté s'impose, il peine cependant à la maintenir dans la stricte intimité de son frigidaire.

    Car il y a autour de cet homme aux multiples vies publiques quelques petites zones d'intimité jalouse. Des échappées solitaires encadrées par des bienveillants, de petits morceaux de vie véritable, des soupapes pour l'homme dessous la fonction.

    Tous nous avons besoin de ces moments d'intimité où nous pouvons pour un temps nous défaire des masques que nos multiples vies nous imposent de porter. Rares sont ceux qui savent, ou peuvent se permettre de n'en revêtir aucun et d'aller tête et peau nues parcourir leur chemin. Mais pour d'autres, tels le Renzo de Musset, le masque devenu peau révèle lorsqu'il tombe ou s'arrache la chair boursouflée et à vif des moignons ignorés.

    On masquait bien les pharaons morts.

    Il se tient donc bien droit en équilibre sur son scooter, casqué et sanglé dans son costume d'homme important, manoeuvrant avec sûreté, usant de l'habitude pour parcourir sans hésitation la série enchaînée de rues grises bordées d'immeubles cossus et de boutiques luxueuses. Le sol est encore humide de la dernière averse et fait chuinter ses pneus sous le bourdonnement de grosse guêpe de son petit engin.

    A quoi peut-il bien penser pendant ce trajet qui à tous comme à lui nous sert de sas pour quitter un rôle et en endosser un autre? Aux seins qu'il va dénuder, et peut être mordre? A la croupe manquant de rebondi dont il va écarter les lobes de sa courte main puissante? A la femme, à son sourire lorsqu'elle va entrebâiller sa porte et le découvrir encore tout frais du dehors?

    Pour l'instant, il n'est plus l'homme de la situation et il n'est encore l'homme de personne. Il est lui-même, le visage un peu crispé, avec les mêmes armes, les mêmes chances que n'importe quel autre homme juché sur n'importe quel scooter dans l'importe quelle circulation de n'importe quelle ville de n'importe quel vendredi soir.

    C'est bien lorsqu'on entend trajet dans le mot tragédie qu'on se rend compte qu'il y a toujours un chemin à parcourir avant de toucher au funeste.

  • Condominium

    Ne dites pas:

    "Ben voui je te tutoie! 'Videmment que je te tutoie. Je suis un Maître, c'est dans mon nom: Maître. Et les maîtres tutoient les soumises depuis la nuit des temps c'est comme ça. T'es pas soumise? Si t'es soumise! Comment ça maismaismais toi-même je vous emMaître d'abord, toi-même je vous emMaître petite impolie!  Tu sais que tu es une sacrée garce toi? C'est quoi ton prénom? "

     

    Oh et puis après tout si, dites-le.

     


  • Golden snober

    Pauvre pomme,

     

    Si Eve avait eu plus de classe, elle se serait piqué le doigt à la pointe d'un rouet.

     

    En plus, tu fais un alcool dégueulasse.

     

    Cordialement,

    Blanche-Neige.

  • Chili con charm

    Chère Tata qui Pique (un peu),

    Voilà. C'est ma femme. Ce n'est pas facile à dire comme cela, mais elle m'a avoué qu'elle avait vraiment très envie de se retrouver attachée mains dans le dos et en laisse, dans une pissotière.

    Une pissotière, quand même.

    Et ce qu'elle aimerait, c'est que je sois là, debout, vêtu, que je lui fourre mon sexe dans la bouche, ma main entière dans le sexe.

    Et ce qui lui plairait le plus, ce serait qu'elle demeure à genoux, sur le sol, là, dans cette pissotière, par terre les genoux écartés et le sexe ouvert le plus près possible du sol. Peut être même avec un bâillon.

    Une pissotière, quand même.

    Que dois-je faire?

    Vous remerciant par avance,

    Bien cordialement,

    UnDomdebonnevolonte

     

     

    Cher Domdebonnevolonté

                                                    Servez-vous

    Domdebonnevolonte.png

     

     

     

    Je ne t'embrasse pas, je pique (un peu).

    Poutous,

    Tata.

     

     

     

     

  • Aucune autre à la ronde

    Cher Hansel, chère Grethel,

     

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    Poutous,

     

    Votre Maman qui vous aime.

  • Coef. de portance d'un corps profilé

     

    Vous m'importez.

    Vous m'insupportez.

    Importance.

    Ce sont des mots qui se disent à l'envers. Quand ça m'importe qui fait rentrer quoi en dedans de soi, moi ou l'autre? Qui prend et porte dedans? C'est lequel qui embarque la came à la fin, moi ou l'autre? ça fait quoi? ça crée un lien? ça donne du poids? Il y en a un qui porte et un qui est porté? Porté dedans? Involué? Revenu dans l'eau de départ?

     

    Vous m'importez: On entend que l'autre, je le regarde, je l'observe, je suis touchée. Alors qu'en fait je rentre dedans comme un virus. J'ouvre la porte et l'autre m'aspire. De son plein gré. Il m'achète. Il me prend dedans. Il m'importe. C'est un piège, un mot à l'envers.

     

    Vous m'insupportez: On entend que l'autre, je le rejette, je le repousse, on n'entend que le in avec le SU appuyé derrière. Bien sifflé. Et ça marche, en plus. Il doit se sentir bien rejeté, bien repoussé l'autre quand on lui siffle dessus qu'il insupporte. Alors qu'en fait c'est lui qui n'en veut pas. C'est lui qui pose le bébé. C'est lui qui est done with. C'est lui qui n'a plus envie de porter.

    L'importance, ça soutient de l'intérieur. L'inverse d'un avion.

    Ce sont des mots qui parlent à l'envers. Des identiques inversés. Comme les pieds.

    C'est d'en haut qu'on voit le mieux ses empreintes de Saussure.

     

    Demain, le souvenir, et j'espère bientôt la considération.