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  • Dominant modèle d'emploi

    Ne dites pas:

    " ça va comme ça, la cire? Pas trop chaude?"

    Mais dites:

    "Ah oui, c'est vrai: ce sont des bougies artisanales au miel que je fais venir

    spécialement d'Europe de l'Est. Ne criez pas ainsi, vous affolez mes abeilles.

     

    Ne dites pas:

    "Ah mon dieu MON  DIEU DU SANG!!!!"

    Mais composez vous un demi sourire pour respirer discrètement par la bouche

    et fixez plutôt son visage quand vous planterez droit vos aguilles.

     

    Ne dites pas:

    "Oh arrête ton cinoche, tout ça pour 20 cm de gingembre strié.

    T'aimes pas ça les racines?"

    Mais approchez plutôt vos lèvres de son oreille

    et ordonnez lui doucement de former un O avec les siennes.

     

  • Ignition

     

    On la place au milieu de l'assemblée, nue et incongrue au milieu d'un lavomatic en plein jour. Les gens sont jeunes, laids, anonymes. Cheveux longs peu soignés pour les femmes. On dirait la vraie vie. Peut-être est-ce presque le cas. La fille est blonde, cheveux raides, mince, corps naturel, seconde partie de vingtaine, à la fois effrayée et absente. Si elle joue, elle est douée. Ses bras sont attachés dans le dos. Assise sur une chaise en plastique blanche de lavomatic. Pieds nus attachés. De la corde.

     

    On commence à la frapper. A l'insulter. A ouvrir sa bouche. A lui cracher dessus. Les filles sont les pires. Elles ne se retiennent pas. Elles détachent ses jambes et les lèvent, les écartent. Elles la touchent. Durement. La caméra bien en face est placée plus haut, Le distributeur de lessive peut être mais on s'en fout. On est fasciné. On regarde la fille. On la fixe. Les gens se pressent pour la toucher, pour arriver jusqu'à elle.

     

    Ce n'est pas joué, non. Vraiment pas. Le malaise est palpable. Tout craque. Peu importe son plaisir. Elle est là pour avoir mal. C'est dur de croire qu'elle peut y consentir. C'est dur de croire qu'elle puisse être forcée. Personne ne guette son plaisir. Sa présence nue et entravée mise à disposition du pire ramène les autres à l'intérieur d'eux-mêmes, à l'affut de leur propre violence, de leurs violents instincts, de leurs violentes pensées informulées. Tous. Aucun n'y échappe. Personne ne se caresse ni n'en caresse un ou une autre. Ils sont tous tendus vers elle et fascinés autant par ce qu'ils voient d'elle que ce qu'ils sentent d'eux rassemblés et d'eux intérieurs. Il 'y a pas d'interaction, sauf avec elle. C'est fascinant et insupportable. C'est le point de départ. C'est là, l'allumage. Celui du brasier à l'intérieur. Un truc incontrôlable et honteux et anormal qui menace de déraper dans une effrayante réaction en chaîne si rien n'est fait pour le contenir. L'éteindre, ce ne sera pas possible. Il faudrait tout éteindre et ce n'est pas permis Ce n'est pas possible.  On tombe à genoux ou on choisit d'appuyer sur le bouton. D'être le brasier. La fille blonde a choisi d'appuyer sur le bouton: ignition.

    Quelquefois, le regard d'une femme attachée dans un lavomatic suffit à faire affleurer le brasier à la lisière de la conscience, qu'on se dépêche d'enfouir sous des tonnes de gravats, à la va-vite, comme une vieille centrale nucléaire sur laquelle on a trop tiré en se disant que ça va tenir. On se persuade que la normalité va reprendre le dessus, aidée du quotidien. Qu'on va oublier et on oublie.

    C'est une vraie saloperie le nucléaire. ça produit de la normalité avec l'énergie de l'enfer. C'est de l'enfer qu'on croit garder sous contrôle tant qu'il nous promet la petite lueur qui éclaire les histoires du soir, bien au chaud dans le cocon douillet. On contient l'énergie monstrueuse que le brasier produit. On enfouit sous des tonnes de gravats l'immense quantité de déchets que ça crache. Quelquefois, dessus, on coule une chape de plomb.

    Et puis vient une histoire, racontée sous la lumière douce de la normalité, celle d'une souris qui voulait aller voir les étoiles. Alors, un soir, le regard tourné vers la Lune, elle prend la décision de se construire une fusée. Une belle fusée, bien solide. Elle rassemble des planches, des clous, un hublot et s'attelle à la tâche. Sans se poser de question. Et au matin, lorsque le soleil vient remplacer la lune, elle est prête.

    Tout le long du jour, elle transporte dans sa fusée tout ce dont elle aura besoin pour ce très long voyage: des coussins, des couvertures pour dormir, du bon fromage pour grignoter en regardant par le hublot, elle se fait une fusée bien douillette. Elle dit au-revoir à tous ses amis. Et au soir, quand la Lune vient remplacer le Soleil, elle est prête.

    Elle agite la main et monte dans la fusée. Elle se retourne, et après un dernier salut elle ferme la porte.

    Toute la nuit, elle regarde défiler les étoiles par le hublot. Etonnée de ne rien sentir. Pas de secousse, pas de cœur dans la gorge, pas de sensation forte. Pas de problème technique. Mais des étoiles, qui défilent par le hublot.

    Et au matin, quand le Soleil vient remplacer la Lune, elle déverrouille la porte et sort.

    Rien n'a changé. Ses amis autour d'elle ont à la main les panneaux de carton où sont dessinées les étoiles qui l'ont leurrée toute la nuit. Des panneaux en carton au lieu de l'espace infini. Elle n'a jamais quitté le sol.

    Elle n'avait pas demandé d'aide, cette souris. Elle pensait s'en sortir seule. Elle n'avait pas peur d'aller dans l'espace. Elle ne craignait pas ce qui allait se passer après le décollage. Elle désirait cette vie là.  Elle avait pensé à tout, à tous. Elle avait proposé à tous ses amis de monter avec elle dans la fusée, elle avait serré contre elle tous ceux qui avaient décliné, elle avait organisé son absence, veillé un peu à son confort et beaucoup à celui des autres. Elle s’était assuré qu’elle ne manquerait de rien, elle s’était surtout assuré qu’elle ne manquerait trop à personne.

     

    Elle avait tout bien fait, sauf allumer son putain de moteur.

     

     

     

  • Good bye stranger

    Mettons qu'on reçoive un mail. Un mail qui a transité par l'autre côté du monde avant de revenir quasiment à son point de départ, passant par des tas de fuseaux horaires et patientant de nuit avant d'être reçu.

    Dans ce mail, un message anodin quoique pas très clair, et une pièce jointe. une série de chiffres, un point, jpeg. Rien d'autre.

    Mettons qu'on clique pour ouvrir la pièce jointe. Une série de points qui tournent pour montrer que ça travaille dur d'un côté pour être agréable et qu'il faut par conséquent patienter de l'autre parce qu'on n'a pas le choix et la pièce jointe s'ouvre.

    Mettons que ce soit bien une photo. Qu'elle soit en noir et blanc. Prise de travers, une diagonale bizarre avec des moitiés de tout. Une moitié de télé avec un chanteur soigné, à collier, cheveux longs et dentition saine sur l'écran, parfaitement restitué alors que curieusement le reste a le grain grossier d'une vieille image du temps des antennes télé. Une moitié de table basse avec semble t'il une moitié de relief de plateau apéritif dessus, une demi carafe de liquide ambré, une demi coupelle de quelque biscuit salé. On ne voit pas bien ce presque premier plan. Au fond, un demi canapé en tissu.

    Entre toutes ces moitié, à demi tourné, un enfant tout entier, encore un bébé. Des anglaises courtes et blondes. Joufflu. Les contours de la bouche un peu brillants qui confirment les biscuits salés. Un t-shirt blanc d'où sortent des bras potelés de presqu'encore bébé. Une jupe portefeuille courte et colorée dans tout ce noir et blanc. Le regard  bien droit fixe l'inconnu familier qui a gardé des dizaines d'années ce vieux négatif ignoré pour maintenant lui faire faire deux fois le tour de la terre jusqu'à son point de départ.

    Les anti virus. De vraies passoires.

     

  • Mérite ton Paddle: joue au Scraddle!

     

     

     

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    L'almanach du petit pervers illustré

    a le plaisir de vous proposer

    en encart détachable

     

     LE SCRADDLE ! (TM)

     

    Aujourd'hui 

     

     

    méritez sans effort votre paddle grâce à
    l'entrée de journal intime compte triple!

     

     

    "Cher Journal,

    Je n'ai pas mis de culotte.  En revanche, elle était trempée.

    Poutous, Ta S."

     

     

     

  • Oppure

     

    Une main.  Une main normale. Ni trop fine ni retouchée. L’ongle du pouce est court et dénué de la brillance particulière de ceux que l’on a polis. Des ongles nus au bout d’une main nue. Ce n’est pas la main d’une jeune femme, c’est la main d’une femme. Une main gauche, une ferme main gauche. Peut-être est-elle gauchère. Pour autant que la lumière tamisée et ombreuse le laisse voir, c’est le début du soir ou le petit matin. Une lampe douce a été allumée sur la gauche aussi. Elle habille cette main d’un voile de mystère et la prolonge d’un poignet qui, sous un faisceau plus cru et un angle moins favorable, paraît plutôt solide, quoique pas bien épais.

     

    Elle n’est pas gracieuse cette main. Ou peut-être l’est-elle, vue depuis la lampe qui doit en dessiner les doigts qui restent cachés. Ou peut-être les phalanges qu’on devine noueuses empêchent l’œil inconnu de s’arrêter à cette main. Elle a de belles mains, entend-on dire, souvent en parlant des pas belles. Ça parle, les mains. Ça garde des cicatrices d’imprudences, ça a parfois des brûlures, cela dit des choses quand elles sont trop lisses et d’autres quand elles sont négligées. Celle-ci n’est pas belle. Ses formes ne sont pas gracieuses. Mais le geste qu’elle esquisse et que le regard a figé, à moitié dans l’ombre et tournant son dos de main pas belle à la lumière, ce geste qu’elle esquisse sans poser, sans penser, ce geste là coupe le souffle par sa grâce infinie.

     

    Dans cette main, l’emplissant entière et forçant sur la peau délicate entre le pouce et l’index qui l’étreignent, se dresse l’ombre d’un large pénis que coiffe un gland de lumière pure.

     

     

  • Tour d'y voir

    Blonde, très blonde. Et élancée. En manteau mais pas seulement. En robe, aussi. De plus en plus propre au fil de la poussière. Habillée d’elle-même surtout. Des yeux pâles. Des mains qui tiennent des cravaches. Des mains qui effleurent des touches. Patiente. A la fois passion et patiente. Un drôle d’alliage. Des yeux métalliques, d’ailleurs. Ou des yeux d’ailleurs métalliques. Aqueux et célestes. Mécanique parfaite. Une belle volonté. Une mue, une vraie. Une survivante. Une résiliente. Une de celles qui emmènent. Me laisserais-je  encore embarquer?  Je la goûte en junckie repentie. Je la pose sur la table de chevet. Je l’emmène avec moi sans la toucher. Et quand je l’ouvre enfin je plonge dedans en plein. Je dévore. Je m’en gave. J’ai arrêté les autres, les noix, les clopes. Avec elle je me teste. Elle passe ses mains qui effleurent les touches sur mes envies échaudées mais pas mortes. On me dit de me laisser faire.  On me dit de la laisser me toucher. Elle bouscule ma prudence neuve et ma vieille méfiance. Une berceuse pour guérir les engourdies. Ouvre-toi, me dit-on. Rouvre-toi, me dit-on.

    SesÂmes. Au pluriel.


  • La somme de toutes les peurs

    Yeux (2) + jambes (2) + qui sentent et marchent – qui courent + seins (2) + cul (1) + cicatrices (3) and still counting + 1,73 + 64 + rides verticales (3) + rides horizontales (n) + mèches blanches (1) + compte en banque (2) + cœur (1) + poumons (1,5) + grains de beauté (n) + peau average (2m2) + cerveau (1) + dents (28 and still counting) + doigts (10) dont raides (2)+ bras (2) + cheveux (12 cm and still counting) + ovaires (2) + utérus (1) – disques (2 and still counting) + camion 1 – boulot + projets n + cancer (0) + serostatus (0) + nuits (n) + jours (n-1) + idées (n2) + entourage (cube) + abscisses (ascendantes) + ordonnées (néant) + longueurs (n) + point (vrai positif)

     


     

  • Sampler

    Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Ames de ceux que j'ai aimés, âmes de ceux que j'ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde, et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise !

     

    Charles B.

     


     

     

  • Chairy

     

    B8.png

     

    De la chair. De la chair blanche, de la chair brune, de la chair lisse, de la chair rebondie, de la chair apaisée. De la chair peinte, de la chair naturelle, de la chair libre ou entravée. De la chair palpée, caressée. De la chair ornée, brillante. De la chair aimée. De la chair de femme. De la chair féminine. De la chair ostensible, de la chair cachée. Voilée. De la chair qui parle, de la chair qui se montre. De la chair montrée. De la chair vue. De la chair à mordre. De la chair à canon. Et même de la chair pour les cochons.

     

    Libanaises.  Algériennes. Putes. Russes. Mais élégantes. Mes élégantes.

     

    image copyright p.powder

  • Miss Hepburn's beauty tips

    "For attractive lips, speak words of kindness.

    For lovely eyes, seek out the good in people.

    For a slim figure, share your food with the hungry.

    For beautiful hair, let a child run his or her fingers through it once a day.

    For poise, walk with the knowledge you'll never walk alone.

    People, even more than things, have to be restored, renewed, revived,  reclaimed, and redeemed; Never throw out anybody.

    Remember, If you ever need a helping hand, you'll find one at the end of your arm.

    As you grow older, you will discover that you have two hands, one for helping yourself, the other for helping others.

    The beauty of a woman is not in the clothes she wears, the  figure that she carries, or the way she combs her hair. The beauty of a woman must be seen from in her eyes, because that is the doorway to her heart, the place where love resides.

    The beauty of a woman is not in a facial mole, but true beauty in a woman is reflected in her soul. It is the caring that she lovingly gives, the passion that she shows, and the beauty of a woman with passing years only grows!"