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  • L'origine du monde, avec des bras autour

    En écoutant encore lana del rey, dont le petit accent auvergnat pourrait expliquer bien des choses, je me suis demandé pourquoi aussi peu de voix de femmes arrivent à me toucher. Pourquoi dans les duos j'ai envie qu'elle se taise, Sauf, tiens, un duo de blog, entr'ouvert un soir par une gentille fée jusqu'à minuit, où de cette femme là je n'ai sauté aucun passage.

    Les voix de femmes, les chants de femmes, les mots de femmes, je ne les écoute pas vraiment.

    J'aime bien, en revanche, les dictions de femmes, surtout dans une langue étrangère. La voix de Victoria Abril quand elle parle en espagnol, des italiennes, entendues dans la rue, Ute Lemper, Lhassa quelquefois. Certaines actrices en VO qui se tiennent très droites et parlent avec soin. Maggie Smith. J'aime les regarder, les femmes. J'aime aussi leur regard. D'assez loin si possible. J'aime les femmes, avec la voix basse, qui chuchotent, si possible pas en français, comme ça je n'ai pas besoin d'écouter, juste d'entendre. Il y en a même qui savent faire un shampooing.

    Les hommes, je les écoute, beaucoup. Les voix basses d'hommes,  et même les voix de chatoune: Brian Molko qui chante my sweet prince la clope à la main et le maquillage qui dégouline. Les voix d'hommes accompagnent mieux les très bons guitaristes, les très bons bassistes et les très bons batteurs. Dickinson, le roi des miauleurs qui prend le relais de Churchill sur l'intro de l'album live after death. La voix de Churchill, tiens. Les discours, les mots de certains hommes politiques dans les heures dures. Les sons d'hommes aussi. Les sons d'un homme.

    Tu écoutes des femmes et tu lis des hommes, ai-je fait remarquer un jour, il y a longtemps, à une rare amie que j'ai bien voulu écouter une ou deux fois. La seule que j'ai laissée me toucher pour des trucs de fille. Et me prendre en photo.

    Je ne lis pas beaucoup de femmes non plus. Et quand je le fais, je lis plutôt leur vie. Ce que je préfère, c'est lire les vies simples de femmes devenues vieilles. Je regarde ce qu'elles ont fait de leurs douleurs.

    Et puis un jour, je me suis retrouvée dans un gynécée de vies simples de femmes devenues vieilles, qui faisaient à manger avec de l'huile, qui donnaient du coin de la bouche la recette multiséculaire de l'égrenage du couscous, qui regardaient méfiantes par en dessous la goy pas du pays, mais qui me voulaient bien quand même. Des femmes pas très douces, qui bousculaient beaucoup, et faisaient de grands gestes et brassaient les enfants. Au milieu d'elles, il y avait celle qui m'a raconté sa vie, heure après heure, avec sa voix de femme claire, sans chuchoter, sans me toucher sauf une fois où elle a pris mon bras pour marcher. Sans broncher, je l'ai écoutée des heures me parler de femmes, d'enfants, d'hommes, et d'elle. Sans broncher parce que j'avais peur, si je m'approchais trop, que ce chant d'oiseau-là s'arrête. Cette voix de femme dans mon oreille.

    Je n'ai pas bronché en l'écoutant pendant des mois, mais la vache, quand le rabbin s'est mis à chanter pour elle, j'ai pris cher. Une voix d'homme. L'habitude.

     

    Dans les voix de femmes, il y a les voix des foraines. Les vraies. Celles qui sont nées dedans. C'est quelque chose, aussi. ça peut durer des plombes et ça ressemble à ça. Scream for me Long Beach!


     

     

     Et puis pour ceux qui n'ont pas peur du noir:


     Pour toutes les ruptures et les reprises de rythme


     Et pour la gloire.

     

     

  • On dirait l'origine du monde mais avec le pouce dedans

    C'est une fille mince et tatouée qui m'a tendu le volume 2 de la compilation de France Inter, l'esprit inter, sorti il y a deux ou trois semaines. Elle m'a à la bonne parce que je me laisse complètement faire quand elle me propose de la musique et parce que je l'ai sauvée d'un vieux chasseur à la recherche d'un DVD qui n'existait pas. Et depuis, j'aime Lana del Rey. Enfin, une chanson de Lana del Ray, cette espèce d'Amélie Nothomb avec du son et en nettement  plus joli mais au moins aussi barrée. Je n'arrive pas à lire Amélie Nothomb. Je pense à ce qu'elle mange. Lana del Rey me faisant penser à Amélie Nothomb, j'avais décidé que c'était pourri aussi.

    Le double disque de France Inter (un CD de morceaux issus de la scène française, un CD issu de la scène internationale) est vraiment très très bien. Mieux que le premier, que j'ai écouté après. Il n'y a vraiment que quelques morceaux à passer rapidement.

    Et puis il y a ce truc de Lana del Rey, sussuré, braillé, avec des ruptures de rythme, qui ne parle pas à la raison. Comme souvent la musique. Et ça marche à fond.

     

    Sinon, j'ai eu la surprise d'être contactée par mail pour ouvrir ma boutique de cul, en tant que blogueuse intéressée. Cela m'a donné une idée, en attendant le volume 2 de l'almanach du parfait petit pervers ainsi que l'ouverture prochaine d'une chaîne d'aires de jeux gonflables pour adultes.  Je donne, parce que ces choses là ne se vendent pas mais se transmettent, un double DVD reçu en cadeau d'une e-boutique dont je tairai le nom. Sur le DVD deux films, le premier, sobrement intitulé débauches campagnardes, met en scène l'incandescent William, caution BDSM de Jacquie et Michel, qui a introduit le pipi dans la bouche et les grosses baffes dans l'imaginaire collectif de milliers de branleurs amateurs. Le second, intitulé véritables vieilles divorcées frustrées, met en scène Simone, Lucette et Georgette. Pierre Moro, le réalisateur, pose pouce en l'air dans une pastille située entre les jambes de Lucette, avec un drapeau bleu blanc rouge et juste au dessus de la mention usuelle selon laquelle ce DVD est réservé à un usage privé dans le "cercle de famille" au sens de l'article 41 de la loi du 11 mars 1957 modifiée et de l'article 22 de la loi du 3 juillet 1985 qui doivent maintenant être codifiés depuis le temps. Conformément à plusieurs autres articles de codes divers, je donne cet objet, œuvre des éditions Concorde, qui avaient déjà commis, en leur temps, l'heureux événement, un film tourné à Champigny sur Marne dans lequel, avec force vaseline, un monsieur accouchait d'un baigneur en plastique privé de ses bras.

     

    Moi, ce que j'aime, ce sont les films de boules des années 70. Avec de vraies femmes contentes dedans, des hommes qui bandent mou, de vrais décors. Ce que j'aime regarder, ce sont des films où on me dit, de l'autre côté de l'écran: "tu as vu? Elle a joui. Regarde la rougeur de son cou et du haut de sa poitrine".

     

    Alors celui là de DVD, je le donne. Mais ça m'étonnerait qu'on le prenne.


  • Toujours sur la ligne blanche

    shine on you crazy diamondTu veux être offerte, tu seras offerte. Tu veux être impudique, tu seras impudique. Tu veux être attachée, tu seras attachée. Tu veux être nue quand d’autres restent vêtus, tu le seras. 

    Tu veux des convives qui mangent sur toi sans te voir, qui reposent leur verre haut entre tes cuisses, qui se servent de toi.  Mais sauras-tu rester immobile ? Sauras-tu ne pas les déranger ? Sauras-tu, toi, te faire oublier ?  Sais-tu bien ce que tu veux ?

    Il y aura un plateau tournant ?

     

    Ne fais pas ta maligne ça te va beaucoup moins bien dans le noir.  

    Je ne te parlerai ni te regarderai. Tu ne m’intéresseras pas. Et puis quand ce repas sera terminé, je te laisserai seule sur la table encombrée. Tu devras rester sage. Tu ne sauras ni où je vais, ni combien de temps ça va durer. Tu ne sauras jamais ce que j’aurai fait de ce temps où tu seras restée allongée, entravée, nue,  au milieu des reliefs du repas, sur cette table.

    Longtemps.

    Quand je reviendrai, tu devras accepter tout ce qui arrivera.  Tu devras te taire, tu ne devras pas regarder. Tu pourras, toi ne pas regarder qui te touche ? Qui te prend ? Tu sauras, toi, garder les paupières closes, si tu sais que tout s’arrête à l’instant où tu ouvres les yeux ?  

    Tu veux des hommes, je te donnerai des femmes.  Des soumises.  Des détachées de frais. Des déconnées de frais.  Je t’offrirai à des soumises encore douloureuses pour que tu sois plus soumise encore que soumise. Plus soumise encore qu'elles. Tu imagines ce que pourra te faire une soumise à qui tout est déjà arrivé ?

     

    Si c’est ce que tu veux pour moi, si tu es là pour me voir, si tu es là pour me protéger, je n’aurai pas peur.

     

    Oh, mais tu n’as pas compris. Je ne te protègerai pas. Pas avant que tu aies joui.

     

    Titre : à réécouter encore.

    image Nyotaimori, via Flikr. Mon dieu.

    Son : Encore en train de biaiser ?


     

     

     

     

     

  • Céleste

     

    Ça se passait dans le garage. Le grenier, lui ne renfermait que des exemplaires de pièces de théâtre de lycéen studieux : Molière, Racine, dans des livrets écrus au liseré violet. Je ne me souviens pas de la collection. Je n’avais pas le droit de monter seule au grenier, à l’escalier branlant et au palier peu sûr. C’est dommage, on y avait une jolie vue sur les montagnes autour, le ruisseau en bas, et les cavaliers qui passaient dans le chemin.

     Donc ça se passait dans le garage. Une lourde porte en bois, plein sud. Une odeur de sec. La voiture, une 504 blanche, avec encore les plastiques sur les sièges.  Elle se conduisait sans ceinture à l’arrière et avec une casquette à l’avant, surtout le vendredi pour le télé 7 jours et le poissonnier qui n’ouvrait que là. Merlan, Baudroie, Bombel, Gruyère (emmental en fait mais on est loin de la Suisse sans trou), pain sans sel pour la semaine et télé 7 jours. Sans faute. La seule entorse, ça a été pour le Play-Boy où l’épouse d’un homme politique d’une droite incorrecte posait en tenue de soubrette  avec encore des seins pas mal pour une quinqua.

     Aux murs, des étagères un peu rapides, remplies de cartons. Dans les cartons, des livres. Des tonnes et des tonnes de livres. Tous les Bob Morane, tous les Sylvie de René Philippe, tous les SAS, tous les San-A.  Mon père est parti sans fille et sans livre.  Moi je les ai tous lus et j’ai adoré ça.

    A 10 ans, j’ai lu le standinge selon Bérurier. Je me suis marrée.  Béru et ses dames, je n’ai pas tout compris mais je me suis marrée.  Le monde des adultes, pour moi, c’était ça. Le Prince Malko et ses yeux dorés, les femmes rétives  pâmées, les rituels compliqués, les pipes au thé chaud, les barbouzes. Morane et l’Ombre Jaune, qui m’a valu mes premières vraies trouilles  nocturnes :  les yeux de l’ombre jaune et le cri glaçant des Dacoït, plus effrayants que le necronomicon de Lovecraft.

    Il y avait Sylvie, hôtesse de l’air (tiens, déjà), puis mariée à Philippe Gambier, le pilote de ligne, puis maman de jumeaux, à qui il arrive des aventures de jolie jeune femme courageuse et féminine. Passons, alors, une petite trentaine d’années.

    Et il y avait San Antonio. Les titres que je ne comprenais pas toujours, les tournures que je ne comprenais pas toujours, les allusions qui m’échappaient.  Les Morane, les Sylvie, je les ramenais pour les lire dans la chambre,  quand le soir finissait par tomber sur ma grande montagne et le lac au loin et que les adultes, qui fumaient autour de la table pas encore débarrassée, finissaient d’écouter la télé. Après le dernier tour de balançoire, le dernier tour de vélo et le bonsoir aux lapins.

    Mais les San Antonio je n’osais pas.  Alors j’attendais que les autres soient bien installés sur les chaises en fer à l’ombre du pommier, avec les tantes et les parrains qui passaient dire un bonjour, je prenais un grand escabeau, je me perchais et, debout, en équilibre, je lisais les histoires du commissaire, du Grand, son amour pour Félicie, et les petits culs. Les allusions politiques, elles, m’échappaient rarement. Assez rapidement, les autres me sont devenues très familières aussi.

    Quand les autres lisaient Alice, le club des 5 et Fantômette, moi je me vautrais, debout sur mon escabeau, prête à larguer le bouquin dans le carton à la moindre ombre s’incrustant dans le rai de soleil de la porte ouverte, dans les morceaux les plus lascifs de la littérature de gare, les régimes politiques violents, je me faisais le goût.

    L’homme de la maison, qui me tenait lieu de père de mère et de tout le reste,  à la grivoiserie d’un autre siècle, à l’œil coquin, qui avait appelé Joseph le fouet dans le placard pour faire bisquer sa croyante et adorable épouse mais ne l’a jamais vraiment sorti, infiniment patient avec le petit chat silencieux et calme qui le suivait partout, scrutait chacun de ses gestes  et buvait ses paroles, n’était sûrement pas dupe mais n’a jamais remonté les cartons au grenier. J’ai compris plus tard que enfants sages bénéficient d’une belle présomption d’innocence qui leur permet tout.  Une fois, j’ai entendu une des femmes de la maison dire de ces livres : « ben dis donc, céleste ! ». Je n’ai rien dit. Elle avait bien raison.

    Dans tous ce fatras de bel argot perdu, de bonshommes à l’ancienne, de seins arrogants, de vraies putes, d’aventuriers  chanceux et de féminités mutines absorbé comme les cigarettes de l’époque, sans filtre et jusqu’au fond, ce bordel de sensations et de mots tordus qui n’étaient  ni de mon âge ni de ma génération,  j’ai vu dans ce personnage flamboyant, dégueulasse, impudique, tendre, minable, braillard, insensé, parfois complètement con, parfois fulgurant, à l’amitié indéfectible,  amoureux de son incroyable Berthe et se déculottant souvent, bouffeur de tripes et écluseur de gros rouge, un lien avec celui que je cherchais au fond de ces cartons. Le Gros, la Gonfle, l’Inculte, l’Abominable, L’Immonde, l’Enorme, le Sandre, c’était mon père.

    Je me suis perdue dans les profondeurs du blog d’un monsieur à tiroirs, un monsieur qui raconte une vie de tiroirs à l’air libre. Un  monsieur qui joue vraiment à la poupée, un monsieur qui met de la douceur aux bons endroits. Et plus tard,  dans l’eau fumante de la grande piscine, j’y ai repensé. Et comme souvent dans l’eau, tout ça est remonté  à la surface. Je me suis laissée  draguer, comme on le fait du fond d’une rivière, par Waldo.

     

    Je crois que c’est pour cela le blog de cul. On annonce la couleur dès le départ alors du coup quand céleste, ça passe tout seul.

     

     

     

     

     

     Moi qui aime les muscles ludiques inédits et les exercices exotiques,  ce qu’on entrevoit de son arrière gorge quand elle chante me donne plein d’idées.  Elle dit que des conneries, mais avec un gland entre les amygdales.

     

  • Un vilain monsieur

    Des chapeaux, des tailles étroites, des bas sans nylon sous des jupes longues, une brasserie au plafond gras, des cocottes, des peaux, des moustaches souriantes, des yeux luisants, des mains serrées sur des genoux et au fond, Claudine.

    "— Je comprends ! Tout est en perspective
    japonaise !

    Renaud lève un bras désolé, puis s'essuie
    le front. Dans la glace de droite, quelle drôle
    de Claudine, avec ses cheveux en plumes
    soufflées, ses yeux longs envahis de délice
    trouble, et sa bouche mouillée ! C'est l'autre
    Claudine, celle qui est « hors d'état » comme
    on dit chez nous. Et, en face d'elle, ce mon-
    sieur à reflets d'argent qui la regarde, qui la
    regarde, qui ne regarde qu'elle et ne mange
    plus. Oh, je sais bien! Ce n'est pas l'Asti, ce
    n'est pas le poivre des écrevisses, c'est cette
    présence-là, c'est ce regard presque noir aux
    lumières qui ont enivré la petite fille...

    Tout à fait dédoublée, je me vois agir, je
    m'entends parler, avec une voix qui m'arrive
    d'un peu loin, et la sage Claudine, enchaînée,
    reculée dans une chambre de verre, écoute
    jaser la folle Claudine et ne peut rien pour
    elle. Elle ne peut rien; elle ne veut rien non
    plus. La cheminée dont je redoutais l'écrou-
    lement, elle est tombée à grand fracas, et la
    poussière de sa chute fait un halo d'or autour
    des poires électriques. Assiste, Claudine sage,
    et ne remue pas ! La Claudine folle suit sa voie,
    avec l'infaillibilité des fous et des aveugles...

    Claudine regarde Renaud ; elle bat des cils,
    éblouie. Résigné, entraîné, aspiré dans le sil-
    lage, il se tait, et la regarde avec plus de
    chagrin encore, on dirait, que de plaisir. Elle
    éclate :

    — Oh, que je suis bien ! Oh, vous qui ne
    vouliez pas venir! Ah! ah! quand je veux...
    N'est-ce pas, on ne s'en ira plus jamais d'ici?
    Si vous saviez... je vous ai obéi, l'autre jour,
    moi, Claudine, — je n'ai jamais obéi qu'ex-
    près, avant vous... mais obéir, malgré soi,
    pendant qu'on a mal et bon dans les genoux !
    — oh ! c'est donc ça que Luce aimait tant
    être battue, vous savez, Luce? Je l'ai tant
    battue, sans savoir qu'elle avait raison; elle
    se roulait la tête sur le bord de la fenêtre, là
    où le bois est usé parce que, pendant les ré-
    créations, on y fend des cornuelles... Vous
    savez aussi ce que c'est, des cornuelles ? Un
    jour, j'ai voulu en pêcher moi-même, dans
    l'étang des Barres, et j'ai pris les fièvres,
    j'avais douze ans, et mes beaux cheveux...
    Vous m'aimeriez mieux, pas, avec des cheveux
    longs?... J'ai des « frémis » au bout des doigts,
    toute une « fremilloire ». — Sentez-vous?
    Un parfum d'absinthe? Le gros monsieur en a
    versé dans son Champagne. A l'Ecole, on
    mangeait des sucres d'orge verts, à l'absinthe;
    c'était très bien porté de les sucer longtemps.
    en les affûtant en pointe aiguë. La grande
    Anaïs était si gourmande, et si patiente, elle
    les appointissait mieux que tout le monde,
    et les petites venaient lui apporter leurs sucres
    d'orge. « Fais-le-moi pointu! » qu'elles di-
    saient. C'est sale, pas? — J'ai rêvé de vous.
    Voilà ce que je ne voulais pas vous avouer.
    Un méchant rêve trop bon... Mais maintenant
    que me voilà ailleurs, je peux bien vous le dire...

    — Claudine ! supplie-t-il, tout bas...

    La Claudine folle, tendue vers lui, ses deux
    mains à plat sur la nappe, le contemple. Elle
    a des yeux éperdus et sans secrets; une
    boucle de cheveux, légère, lui chatouille le
    sourcil droit. Elle parle comme un vase dé-
    borde, elle, la silencieuse et la fermée. Elle
    le voit rougir et pâlir, et respirer vite, et
    trouve cela tout naturel. Mais pourquoi ne
    paraît-il pas, autant qu'elle, extasié, délivré?
    Elle se pose vaguement cette question floue,
    et se répond tout haut, avec un soupir :

    — Maintenant, il ne pourrait plus m'arriver
    rien de triste. "

     

    Toulouse_Lautrec____Seule.jpg

     

     

     

    Difforme, alcoolique, nabot aux lèvres pleines, enfant choyé lui aussi, humaniste, surdoué, adoré, syphilitique, mort très vite, Toulouse Lautrec c'est un Degas, mais en VRAI.

     

     

     

     

     

     

    Texte: Claudine à Paris

    Titre: Colette, 1898, j'aimerais le lire.

    Dernière image: Seule, 1896, huile sur carton. D'un descendant des comtes de Toulouse difforme comme le Rescator!

    Musique: explicit lyrique, quand Daho cache un A majuscule.


     

  • Dandy des grands chemins

    pour faire le portrait d'un oiseauAvant Sexus, avant le rayon Filles, avant même les blogs et avant même les guerres, c'est en 1900 que Claudine à l'école est paru.

    Combien de petites filles ont lu et relu Claudine comme une histoire du soir, sans comprendre vraiment, ou sans oser comprendre exactement ce que Claudine apprenait quand elle lisait Pierre Louÿs avec la bénédiction de ce père amoureusement indifférent? Combien de petites filles ont pu lire, sans vraiment comprendre, cette histoire un peu étrange de fissures à constater au milieu des zéros qu'on refuse d'abaisser d'un brevet depuis longtemps disparu, sans que leurs parents y trouvent à redire? Laisserai-je prendre, à mon tour, ce petit livre pervers pour enfant trop sensuelle?

    Je n'ai pas autant aimé les autres Claudine. Maintenant je sais pourquoi, en relisant les premières pages de Claudine à Paris. Mais j'ai lu, jusqu'à le connaître quasiment par cœur, Claudine à l'école, chaque année, au printemps des cerises d'un arbre superbe et depuis disparu. Claudine, mon exemplaire, ou plutôt celui de ma mère, taché irrémédiablement des empreintes de doigts rougis de mes petits déjeuners dans l'arbre avec le livre. Je ne sais pas si ma mère l'a lu. Il est resté à la maison. Je vais faire de mémoire.

    Claudine et Anaïs, la veule, longue, maigre et jaune Anaïs. J'aurais adoré la connaître, lui filer mes gommes à manger. Je ne sais pas si je me serais entendue avec Claudine: loin d'être assez sournoise pour faire une Luce correcte, pas assez Claire pour être la mienne.  Mais la perverse Anaïs, je me serais beaucoup amusée avec. Marie aurait doucement existé, avec ses mains de sage-femme et son teint chaud. Et Luce. Je me serais tenue loin. Je l'aurais regardée à la dérobée. J'aurais rêvé de ses yeux verts. J'aurais remarqué ses rubans. Je ne l'aurais jamais touchée, jusqu'à ce qu'elle le réclame. Je suis sûre qu'elle aurait réclamé: j'ai connu la même. Elle avait les yeux délavés d'un chat persan et l'esprit bien trop compliqué pour une gamine de pas 10 ans.

    Son père. Que je le lui ai envié, comme je lui ai envié sa tranquillité à elle, sa sérénité face à l'indifférence de son père. Elle manquait de mère et de père, mais Colette la dépeint comme une princesse choyée au creux d'un écrin taillé pour elle. Etrange que Colette ait tué la mère de son double. Etrange aussi le relief donné à ce père qui ne fait rien pour et auquel on ne reproche jamais ce rien.

    Son mari: Renaud, c'est Willy. Je ne l'aime pas. un sec à moustache qui lui prend son art, son air, ses passions, ses déraisons, et qui la perd. Absent dans Claudine à l'école. Il apparaît dans ce Paris que je ne connaissais pas et qui m'impressionnait, petite. Il est secondaire. Il arrive quand elle est finie. Je n'aime pas les maris.

    Claudine n'est vraiment Claudine, la flamboyante, l'improbable Claudine que dans le premier volume. Après, Claudine la vivante cède la place à la ville, aux situations, aux adultes, aux amours interdites bien ou mal vécues mais sans le ton inédit, la gouaille, la drôlerie, la liberté, totale, de Claudine à l'école. Elle n'est plus à moi.

    Et puis il y a Dutertre. Dutertre le toubib. Dutertre aux dents de loup. Dutertre au souffle chaud, Dutertre au sourire carnassier, Dutertre aux poils noirs. Dutertre l'animal. Dutertre à la peau chaude. Dutertre le député, qui vient frôler les petites filles. Dutertre et sa moustache, caressante. Dutertre qui ne s'annonce jamais et vient prendre, sur le coin de la bouche, un baiser. Dutertre, brun, incandescent et irrésistible. Dutertre, le seul qui fait plier comme une rosière la sévère et saphique  Mlle Sergent, cette rousse bien faite. Dutertre, et la bottine qui tombe dans l'escalier neuf et sur laquelle, pudique, on referme la porte. Dutertre et ses fissures à constater. Dutertre et son absence de pudeur, son appétit, Dutertre qui parle tout bas.

    J'aurais adoré, petite et même grande, me retrouver serrée dans l'étreinte exigeante et trouble du bon Docteur Dutertre.

     






    Musique: vers la Malaisie

    Image: Marie-Hélène Breillat, la fière, la superbe. Avec son menton haut de Claudine. Avec ses seins de Claudine aux pointes rentrées, pour ceux qui préfèrent les belles images à la lecture. photographe inconnu. Une autre?

    pour faire le portrait d'un oiseau

     

     

  • Strophe' y laisse

    shine on you crazy diamond

    Dans cette maison que l'on sent chaleureuse, derrière la très grande fenêtre à petits carreaux, un peu embuée dans le soir qui commence et le froid qui tombe, une femme.

    On la devine affairée et douce, dans sa robe un peu passée, son chignon un peu affaissé, sa taille un peu lourde. Les couleurs autour d'elle appellent aussi à la douceur. Beige des murs, sable de son tablier, écru de sa robe, rouge des rideaux. Sur un plan de travail hors cadre depuis le dehors et la nuit, elle est occupée à trancher avec soin, les yeux baissés et la tête un peu penchée. On voit de temps en temps se lever le manche du couteau qu'elle tient dans la main droite. Le lent mouvement du couteau qui se lève et s'abaisse suit celui, tout aussi lent et doux, de sa poitrine qui se lève et s'abaisse dans sa vieille robe claire à la taille marquée.

    Elle se retourne et part, un plat entre les mains. Dans son dos, accrochée sous le chignon lâche à ce fin collier banal une laisse, longue, noire et tressée, la suit en oscillant vers la table dressée.

     


  • Oiselle (de ch'val)

    Almanach du Petit Pervers illustré (vol 2 à paraître)

     almanach du petit pervers illustré (vol 2 à paraître)

     

     

    Image, La vénus noire, Claude Mulot, (auteur également des petites écolières)

    Texte, Monsieur Lapointe,

    Titre, chanson de saillie

    Base, 16

    Police, copyright 0FOL

    Fautes, j'espère bien 

     

     

     

     

     

  • Bleu comme un cul d'enfer

    Quelquefois dans la vie il y a des moments de grâce.  Quand on ne tolère ni les drogues, ni la morphine, ni la codéine, ni pas mal de trucs en ine de plus de deux syllabes, on doit trouver ailleurs de quoi se noyer dans les endorphines. Les pitchounes en maillot de corps qui lavent les voitures, les hôtesses de l’air, les accouchements sans péridurale, le cul, les blogs de cul, certains exploits,  les maisons normandes, cramer, les chalets suisses, la musique, certains enfants, certains voyages, les blagues qui ne font vraiment rire que moi, et l’eau.

     

    Quelquefois,  la recherche du plaisir est inscrite sur une ordonnance. La mienne, laconique, tenait en trois verbes. Le deuxième était : "nage ".

     

    J’ai retrouvé l’eau, puis mon rythme, excessif évidemment. Les longueurs enchaînées se sont accumulées, la fréquence est devenue quotidienne, les endorphines plus longues à atteindre. 20 longueurs, puis 40, puis 60, puis 80, 100. Le corps qui guérit, qui s’assouplit, qui embellit, qui durcit, l’endurance.

     

    Mes plugs à moi vont dans les oreilles. Mes pinces sont à nez,  mes cheveux emprisonnés dans un bonnet à tête de mort, ma peau sent le chlore.

     

    Je commence doucement. Je me fous de la technique comme je me fous des règles. Je nage fort. Je respire tous les deux temps au lieu de trois, toujours du même côté. Mon bassin oscille, je ne bats des jambes que sur le dos et je ne nage sur le dos que rarement.  Je me sens bien après 30 longueurs. Après 40, je me berce. Après 60, je vole. J’oscille longtemps dans l'eau, je glisse,  A 80 je m’oblige à sortir, et une fois  sur terre je vole pareil.

     

    Je nage partout où je vais. Je m’insère dans les lignes d’eau comme sur l’autoroute. Une seule fois, j’ai dû sévir. Des nageurs du dimanche. Je m’accommode des  milf qui viennent « courir » dans l’eau en palmes, je suis complice des tonnes de muscles du couloir nage rapide. Je nage avec eux. Certains jours, ce sont eux qui nagent avec moi.

     

    Je préfère nager ailleurs que chez moi, où les piscines sont un peu trop étriquées.  Et puis un jour, j’ai trouvé mon graal.

     

    On y accède après quelques sorties d’une autoroute sur laquelle je me suis longtemps refusé de mettre une roue. Au bout d’une impasse bordée d’un canal, c’est un monolithe de béton, de colonnes élancées, il y a même  une piste d’envol.  L’architecte, inspiré du bauhaus et des temples incas, s’est complètement lâché.  

     

    Le bassin est dehors, sauf s’il grêle ou que la foudre menace. 50 mètres d’eau immobile qui fume dans le froid. Pas de milf en palme. Bordé à chaque bout de chronomètres vieillots, et tout le long de colonnes de béton. Le type connaît son nombre d’or. Plus loin, des lignes colorées  s’élancent vers le ciel. On y accède par une chatière. Il faut être motivé pour toucher le ciel. Pour y aller, à chaque fois, je dois m’autoriser trois heures avec moi.

     

    Une fille qui change toutes les 30 minutes surveille en doudoune que personne n’est mort. Les feuilles ont le droit de tomber dans l’eau. Je suis seule dans ma ligne.

     

    Les nanas à l’accueil sont toujours charmantes. Aujourd’hui, en prenant  un nombre impressionnant d’entrées,  j’ai regardé les palmes courtes, pour la quatrième fois.

     

    Ça me plaît de nager quasi nue et sans aide. Mon maillot, cycliste et très moche, est deux tailles trop grand pour ne pas me toucher. Je lorgne sur les MP3 amphibies, juste pour voir si ça parle vraiment à l’os, je mets des lunettes qui me bousillent  la peau délicate du tour de l’œil qui est pourtant l’objet de toutes les attentions des coquettes qui ont passé 40 ans, et un truc sur le nez pour ne pas me brûler les muqueuses . Je l’ai perdu aujourd’hui, d’ailleurs, laissé sur le bord après les plongeons.

     

    Quand j’étais très jeune, trop jeune pour comprendre mais pas assez pour oublier, quelqu’un de cher a dit devant moi « cette petite, quand elle connaîtra l’amour, elle ne pourra plus s’en passer ».  C’est pour cela que, entre autres, les autoroutes,  les palmes, et aimer vraiment, j’avais toujours évité.

     

    Je les ai achetées. Taille 39/41. J’avais envie de les garder aux pieds mais on a sa dignité. Je pensais les essayer sur  trois ou quatre longueurs, histoire de voir comment mes os détruits allaient les supporter. Je suis passée par la chatière, j’ai commencé à nager. Rapide, fluide, les palmes immobiles dans mon sillage. Et j’ai commencé à osciller. Une jambe, l’autre, une hanche, l’autre, au rythme des bras. J’ai décollé.  J’ai décollé sur trois kilomètres.

     

    A la 33 ème longueur,  le soleil a troué les nuages et est venu frapper directement  la vapeur qui montait.

     

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    Il me faut maintenant assortir mon maillot à mes palmes. Mais pour avoir sans question celui que je veux, je pense que je vais avoir besoin d'une dispense médicale.

     

     

     

     

     

     


     

  • Libre comme un porno des années 70

    C'est pas calculé, ça respire, c'est à peine supportable, c'est mal fait, en plastique, pas abouti, ça s'en fout d'être vu, c'est fait pour se faire plaisir, c'est barré, jouissif, sans complexe, infantile et gratuit. Mais en plein milieu de ces années terribles, stridentes, étouffantes de violences faites à la vie et à la liberté, putain, ça se branle avec un chou.

    Pour eux ça doit être un peu comme ici. Eux non plus, il ne doivent pas vraiment savoir s'il y aura un autre clip après chaque dernier.

     


  • Mais c'était juste un doigt!

     

      Vous reprendrez bien quelques grammes de brute?

     


    "Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m’enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Âmes de ceux que j’ai aimés, âmes de ceux que j’ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde, et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise !"

    Charles Baudelaire, (A une heure du matin) Petits poèmes en prose, 1869

     

  • Lasher prise

    shine on you crazy diamond

    C’était juste un fouet, acheté à Tolède. Un fouet en cuir, un vieux, un vrai  avec le manche tressé,  glissé dans une valise dans un silence complice et un sourire en coin avant de la boucler aussi. Un fouet longtemps retenu qui a trouvé sa  place dans cette  seule main qui pouvait le tenir. Un fouet qui ne savait pas qu’il savait faire brûler, et qui ignorait à ce point aimer ça. Ce fouet qui craignait tant de blesser et se perdre a su mordre, lacérer et mordre encore, cingler, fendre, ne plus se retenir, et dans un tourbillon de lanières  et de dessins de feu  dissoudre dans l’abandon  les derniers des hauts murs  qui éloignaient encore.

     

    La trace de ce fouet, gravée sur ta rétine, te montrera encore  le chemin qu’il faut prendre pour faire rendre les armes aux âmes congelées.  

     

     

    (très troublante photo, trouvée sur le net).


     

  • Plane conscience

     

    044.JPGElle savait seulement qu’un vol lui avait été réservé sur une compagnie nationale, pour un trajet assez court et qu’il ne  tolérait pas de question.  Ce qu’elle ferait une fois sur place, comment elle reviendrait à Paris n’avait pour le moment aucune importance et ça lui convenait très bien. Elle aurait aimé partir plus loin que ce saut de puce, mais son emploi du temps chargé ne lui avait pas laissé de loisir.  Pas le choix.  

     

    A l’heure dite, elle se présente à l’embarquement dans la tenue qui lui a été assignée : profilée et noire. Pas de consigne pour les cheveux.  Elle trompe le temps en matant les hôtesses et en prenant de discrètes photos d’uniformes et de chignons lisses.  Au contrôle, retenue un peu plus longtemps que nécessaire, on lui fait ôter ses bottes.

     

    En s’installant, elle heurte les courbes dures du stewart et s’excuse d’un sourire. Il se penche vers elle, complice : « Si vous saviez, c’est mon lot quotidien ».  Un peu gênée, elle se rencogne dans son siège et ouvre son bouquin.  John Irving, en poche, un dos nu et deux mains qui agrafent des dessous en noir et blanc. Elle n’en lira même pas une page.

     

    A son côté, un homme.

     

    Brun. Fin. Pas grand mais pas petit non plus. Musculature discrète. Mains étroites, nez pincé, lèvres fines, pas son genre sauf les poignets qui sortent des manchettes d’une chemise élégante.  Un petit point faible nettement  plus avouables que les hôtesses de l’air. Mais cette présence discrète est agréablement pesante. Le calme nonchalant de ce type l’apaise  à l’approche du décollage. Elle aurait pu plus mal tomber dans cet avion pourtant vide. Au pire, elle s’éclipsera une fois en l’air.  Il sent vraiment très bon. Il va bien aller avec le reste.

     

    Les consignes de sécurité exécutées par une petite brune anguleuse la plongent dans une torpeur bienheureuse.  Elle se love et se laisse emplir du bourdonnement accru des moteurs et des secousses du tarmac, attendant avec un plaisir anticipé l’extinction du signal qui donnera le coup d’envoi du lent ballet des cafés, thés, jus d’orange frais, croissants servis à cette heure matinale sur ce vol à l’ancienne.  Le balancement jusqu’à ce qu’elles se penchent sur le passager, le fixant d’un regard attentif pendant qu’elles s’enquièrent de ses désirs. Le hochement de tête, le sourire patiemment fardé,  le geste précis, l’équilibre pour servir la boisson demandée, remise avec  sûreté  à son destinataire entourée d’une serviette de papier épais. Les coussins, apportés sur des talons par des jambes qui tendent les jupes étroites sur des culs entretenus, l’attention extrême surtout portée  à chaque requête comme s’il n’y avait rien de plus important au monde, la proximité des corps et des parfums, la lascivité des déplacements, même quand elles plient le genou pour ouvrir la petite porte qui claque en bas du chariot. Et leur regard.  Pourquoi crois-tu qu’on attache les passagers ?


     photo issue d'une collection personnelle, cadeau d'une autre Anna, tout aussi chère.