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  • You wanna take a Bad?

     

    shine on you crazy diamondJe repose juste sur la pulpe de l’un des doigts de sa main tendue sous mon ventre. Non, en vrai je suis suspendue sur la pulpe de l’un des doigts de sa main détendue sous mon ventre. Immobile.

    La pulpe de ce doigt concentre l’intégralité de tout ce que je suis sur quelques dérisoires millimètres carrés de chair vraiment très tendue.  Je ne sens ni sa paume, ni le reste de la main.

    D’un imperceptible mouvement retenu, la pulpe de ce doigt déroule depuis la minuscule pointe  qu’elle effleure des nerfs inédits jusque dans mon cul, mon ventre, mes orteils, mon cerveau, mes muscles, ma gorge, ma nuque, mon cœur. Avec des traînées de feu tout le long qui chassent le moindre souffle d’air de mes poumons.  Même mon diaphragme essaie de me raconter des choses.  Mon plexus solaire.  Pile au milieu entre Sexus et Nexus. Miller ne disait pas de conneries.

    Ce n’est pas du plaisir, c’est tout le reste. La pulpe de ce doigt efface sans y toucher des milliards de secondes mises bout à bout de jouissance sèche dont on se relève en les ayant aussitôt oubliées.

    Ce qui affole complètement les lambeaux de pimbêche accrochés ongles sortis dans un recoin de ma tête engourdie.  Les lambeaux de pimbêche essaient de reprendre le contrôle pour que d’un mouvement des reins je glisse le long de ce bras comme sur un tremplin de ski pour aller me ficher sur sa main au moins jusqu’au poignet et qu’enfin cesse cet insupportable état de grâce.  Les pimbêches, même en lambeaux, ça n’aime pas faire des pointes en équilibre sur des arêtes. Les pimbêches, même en lambeaux,  ça comprend plutôt mal que ça a perdu la partie sans même que la guerre soit déclarée.  

    Mais la poupée, elle, se laisse porter par ces sensations qui sont plus que des sensations parce qu’elles emportent toutes entières les belles garces qui lâchent prise.  La poupée n’a peur de rien et surtout pas de se laisser surprendre, La poupée ne craint rien et surtout pas de ne pas prendre le contrôle. La poupée ne redoute pas d’être féminine. Ce sont les pimbêches qui ne peuvent être que la femme de quelqu'un.  

    Il se penche vers la poupée, et il dit : « je te défends de jouir ».

     

    shine on you crazy diamond

    photos prises sur le net de  pimbêche diagnostiquée.

     

     

     

     


     

     

  • Sous la côte, Sur le Mont, Vers-chez-les-blancs, and under the bridge

     

    faire-pipi-dans-sa-culotte--69- (2).jpg

    Ce soir, quand nous serons attablés, au milieu de ces amis trop rares, que tu te seras détendue auprès de leur chaleur bienveillante, le vin précieux aidant, après que tu te seras nourrie lentement, posément, que tu auras savouré chaque bouchée de ce repas attendu, quand tu auras baissé ta garde, je te ferai un signe.

    Alors tu te lèveras, tu dérangeras les autres convives, tu trouveras un prétexte pour t’isoler dans une autre pièce.

    Là, tu te mettras nue.  Tu te regarderas. Tu te détailleras. Tu suivras de deux doigts la courbe de ton ventre, tu éprouveras la douceur de ta peau, le dessin de tes muscles,  la surprise de ta fente dénudée.  Tu te toucheras du bout des doigts comme si tu étais une autre. Tu te  découvriras comme je te vois.

    Tu te trouveras belle ou tu te verras déchue. Tu t’empêcheras de penser. Tu te concentreras sur le souvenir de ma voix, qui te demande de t’ouvrir, de t’exhiber, de me montrer tes jolies choses.

    Et quand ton impudeur te fera revenir à toi, tu prendras de ton corps l’image la plus crue.  La plus nue, la plus rude.

    Tu t’empêcheras de la regarder.

    Tu t’empêcheras de la détester. Parce qu’elle est à moi.

    Puis tu te rhabilleras, retrouvant la chaleur de tes vêtements. Tu viendras retrouver la chaleur de notre table.  Tu te rassiéras. Tu fuiras mon regard, tu rattraperas la conversation au vol d’un bon mot. Tu te feras tant bien que mal revenir à cette réalité là.

    Plus tard, quand tu seras prête, tu viendras toute nue m’apporter cette image.  Puis tu te coucheras en travers de mes cuisses, tu croiseras haut les bras dans ton dos et tu fermeras les yeux.

    La suite m’appartient à moi. Mais je saurai que ce qui te fera trembler, ce n’est ni la caresse, ni ce qui aura précédé. Ce qui te fera trembler, c’est le souvenir de ces deux heures, passées à guetter le moment où j'allais te montrer du regard la porte derrière laquelle tu te dénuderais.

    Et tu ne sauras pas que ce qui guide la douceur ou la fermeté de ma main, c’est le souvenir de ces dix minutes passées à fixer au milieu du brouhaha  cette porte derrière laquelle tu avais disparu.


    image trouvée sur le net

  • Le Passage du Reward

    Elle est moins jolie que ce qu’il attendait mais elle est pile à l’heure et en jupe serrée. Il détaille les fossettes, la bouche pleine de coins et les yeux qui le fixent, pas spécialement rassurés.

    Il l’a voulue le sexe, les seins et les mains libres. Deux heures.

    Il lui demande si elle est prête.

    Elle glisse son poignet dans sa main, et il la fait entrer.

    Les lieux sont sobrement chics, décorés sans ostentation, l’accueil est discret,  le service parfait et l’hygiène impeccable.  Il a bien choisi et la sent se décrisper un peu.

    Il la suit dans la première volée d’escalier, la laissant découvrir la pièce où il va s’occuper d’elle.

    Elle se tient immobile, au centre, sur le tapis. Il fait glisser sa jupe. Elle l’enjambe. Quelqu’un d’autre la ramassera. Il voit les bas fixés sur la peau fine des cuisses, il voit le petit bleu de la forme d’un pouce. Il lui laisse ses drôles de bottes hautes.  Le chemisier rejoint la jupe. Son ancienne peau est au sol.

    On lui amène le sac qu’il a déposé la veille. Il en sort un rouge à lèvres, un crayon noir qu’il lui tend.

    Avec le crayon elle se débrouille bien mais elle est vite agaçante avec le reste et il lui prend des mains. Elle se laisse faire pendant qu’il applique un rouge à ne pas sortir dehors sur ses lèvres décousues. Il hésite à peine et lui en teinte aussi les pointes des seins.

    Le point d’honneur qu’elle met à rester impassible file en léger soupir quand elle voit le serre  taille trop étroit qu’il lui a choisi.  Il en ceint le point le plus souple de son corps, à quelques centimètres d’elle, pour qu’elle sente la chaleur de la bête qui a envie de la décorer. Le cuir noir tronqué la pince quasi en deux et lui fait le cul qui déborde. Elle respire comme elle peut. Au centre de son ventre, quelque chose se met à battre très fort et elle a peur de s’évanouir.

    Il lui met son collier. Il accroche la laisse.

    Longtemps, lentement, sans la quitter des yeux, il va promener du bout de la laisse son port de reine et son indécent cul de garce dans les salles obscure de ce club quasi désert.  

    Et dans son sillage, elle apprend à marcher.

  • Sur un air de repos

     

    Vous a-t-on déjà lovée tout entière entre des bras redevenus tendres ?

     

    Vous a-t-on caressée des lèvres et du souffle le front et les tempes tandis que des mains douces vous serraient contre un corps ?

     

    A-t-on enfoui longtemps le nez dans vos cheveux pour psalmodier doucement les litanies sans suite que l’on dit aux enfants pour qu’ils se sentent aimés ?

     

    Vous a-t-on déjà prise alors que vous pleuriez ?

     

     

     

  • Drive me in normal mode

     

    "Je lui ai demandé la permission d'aller chercher ma ceinture. Distraitement, il m'a demandé pourquoi faire. Je lui ai répondu tout doucement. Il m'a virée du lit. J'ai détalé vers la salle de bains.

    Quand je l'ai posée sur ses genoux, il m'a cravachée trois fois, très fort avec, pour la forme. Et puis il l'a bouclée autour de mon cou. Il a enroulé l'autre extrémité autour de sa main. J'ai bien tenté de lui dire que c'était trop serré, mais il y a eu une traction et je me suis fait bâillonner par un très gros truc.

    - Tu ne vaux pas mieux qu'une autre.

    - J'espère bien. (silence). Mais toute la pièce s'est mise à irradier. Et ça venait de moi."

     


     

  • JUS (tine), J2

     

    Sous les néons, accroupie au bas du rayon de ce supermarché pour filles perdues, Elle regarde la boite transparente qu'il vient de déposer dans sa main et les deux pinces cruelles, reliées par une bande de satin noir lovées à l'intérieur. Tant qu'elle garde les yeux baissés, la vilaine bête qui commence à s'étirer depuis son bas ventre jusqu'à sa gorge restera peut être sous contrôle.

    Il la relève par un bras et la pousse vers les cabines un peu plus loin. La marque de ses trois doigts serrés mettra ben deux jours à disparaître. Bousculée sur ses talons malhabiles, elle se tord les pieds jusqu'à ce qu'il la virevolte sur tabouret qui peuple heureusement le lieu. Les marketteurs auront pensé à tout. Pile en face, un miroir. Son siège gîte encore quand la braguette descend d'une main, l'autre en coupe à la base du crâne, il va finir de grossir tout au fond de sa gorge.

    Bouche grande ouverte, commissures écarquillés et yeux à l'avenant, elle lutte contre des vagues de nausées, assise jambes écartées au bord du gouffre.

    De l'ourlet de sa jupe apparaît un fil de mouille, aussi fin que quelques cheveux, qui accroche la lumière et comme un lent et magnifique ruban de cristaux liquides, va s'arrondir sur le sol noir.  

     

     

    "Vous prenez l'ascenseur pour l'échafaud?

    - Merci, je descend à Pilori."


     

  • Bonjour les Degas

     

    La japonaise au bain, 1864.jpg

     1

    Il m’avait donné rendez-vous dans ce bar d’hôtel feutré près de la grande gare, de ceux où l’on cueille par grappes les putes de haute volée perchées sur des talons de 12.  J’étais arrivée à pieds, sans parapluie. La pluie fine avait trempé mes cheveux courts. J’ai resserré la ceinture de mon imperméable dans le reflet de la porte tournante, respiré un grand coup, et je suis entrée.

    Poney est déjà embusqué en back office au fond de la salle. On peut toujours compter sur Poney. J’ai  cependant une légère appréhension en découvrant qu’il s’est installé pile à côté de celui avec qui je pense avoir rendez-vous.  Le type, pas très grand, brun, assis, me dévisage avec un sourire plutôt plus gentil que ce que j’imaginais.  Il faut dire aussi que j’ai pris exactement le contrepied de ce qu’il m’avait demandé : pas de jupe, pas de bas, pas de talons. Pas de maquillage, pas de vernis, pas d’apprêt. Pas coiffée.  Je me sens sous ce regard pourtant bien plus jolie que toutes les filles plus jeunes et plus belles qui jonchent consciencieusement chaque mètre carré de la moquette chic de ce bar de luxe. J’ai l’impression d’être Fanny Ardant. Je pense être Fanny Ardant. Je deviens Fanny Ardant.

    Je m’arrête devant lui et son sourire bizarre ne faiblit pas. Je décide que c’est bien moi qu’il attend. Poney qui a compris va s’installer plus loin. Je m’assois.

    Devant moi j’ai déjà un thé noir et donc 38 minutes avant de devoir pisser.

    On se regarde. La conversation ne s’engage pas. Je ne suis pas complètement à l’aise. Je n’ai pas envie de déplaire, encore moins de séduire, pas assez détendue pour être drôle, pas assez sur la défensive pour être raide. Lui reste tranquille et c’est ça qui me sauve.

    Je suis perdue.

    Je lui souris enfin. Je lui avoue que le fauteuil, confortable pour n’importe qui, est pour moi une torture. « Sortons » répond-il. Poney quand je passe près de sa table  lève les yeux au ciel.

    Dehors, je constate que j’ai finalement bien fait de ne pas mettre de talons. Il m’offre son bras. Je le prends, et ce contact pourtant inhabituel pour le glaçon que je suis avec le corps des autres achève de me rassurer, de me réchauffer, de calmer l’excitation idiote qui m’a portée jusqu’ici. Je me sens mieux. Je ne suis plus déplacée. Je me serre contre lui, et nous marchons dans Paris.

    Il y a une ferveur particulière à marcher dans Paris. A Lyon, la brume  et le froid assourdissent tout et on se voit vite 200 ans en arrière, dans un coupe gorge. A Milan, la fébrilité, les bagnoles, les trams, la gaieté et le sérieux de tous ces gens parfaits et volubiles donnent l’impression de se déplacer sous acide. A Nice, aucun intérêt. A Bordeaux l’odeur particulière de la ville domine tout. A Paris, on est partout à la fois, dans tous les films à la fois. D’une façade à l’autre, d’un bout de trottoir à l’autre, on traverse toute sa propre mémoire et on s’écrit l’histoire qu’on veut.

    Nous quittons, en silence et du même pas, les foules affairées pour des artères plus sereines où nous attend cette conversation que j’ai pourtant repoussée autant que j’ai pu. Pour ma part, je resterais bien juste dans la chaleur et la fermeté de ce bras que je tiens et qui me mène. Je commence à me rapprocher de cet exotique état d’abandon dont la recherche nous a conduits l’un vers l’autre. Je ne veux rien savoir de son vrai lui.  Je n’ai pas envie qu’un mot de travers me ramène en moi.

    Et puis il me demande, d’une voix basse : « vous a-t-on déjà donné le bain, comme on baigne une petite fille sage et obéissante? »

    Je le regarde et je ne réponds rien. Bien sûr qu’on ne m’a jamais donné de bain. Je déteste les bains. Je prends des douches brûlantes et je chante fort dessous.  On est mal installé dans une baignoire. On est rarement beau dans une baignoire. Je n’aime pas qu’on me touche. Je ne suis pas prête au tête à tête. Je.ne.veux.pas.

    Il se marre, hèle un taxi, lui lance une adresse et me colle à l’arrière. Stupéfaite. Seule…

    2

     Le voyage ne dure pas longtemps. A la faveur des voies de bus, le taxi pile au bout de quelques minutes et je descends de voiture devant la façade discrète d’un établissement de bains japonais.

    Un établissement de bains japonais. Mon dieu.

    J’entre. Deux asiatiques splendides m’accueillent en anglais. L’une d’elles, en prenant mon imper, effleure ma nuque et provoque une salve de frissons qui finissent de me faire fondre en dedans. Cette simple caresse et l’exquise politesse de mes hôtesses  me rendent aussi souple et docile qu’un brin d’herbe dans l’eau.  Souriante et silencieuse, l’autre me conduit sans toucher terre vers une lourde porte qu’elle franchit devant moi.

    Derrière, une petite salle très éclairée, avec un lit haut habillé de blanc. Je reconnais l’odeur de la cire qui chauffe. Je dois me déshabiller et m’allonger sur le dos. Je plie mon jean, mon pull léger, Elle désigne ma brassière du doigt. Je l’ôte. Ma culotte. J’hésite. Je l’ôte.  

    Elle commence par les aisselles. La droite se passe vite. Mais l’aisselle gauche… Chaque fois qu’elle se hausse sur la pointe des pieds pour se pencher vers mon aisselle gauche, son petit sein dur  se presse contre le mien nu. Elle pourrait faire le tour, pourtant. Et quand elle se redresse, elle me coule un petit regard qui me fait encore  pire. Je dois encore tenir le bras gauche en l’air, mais je ramène en coque la main droite sur mon sein pour qu’elle soit moins gênée quand elle se frotte. Salope.

    Elle me retourne pour l’arrière des jambes, et bientôt, il ne reste plus que le maillot. 

    Pas trop échancré, je demande tandis qu’elle appuie sur un bouton qui abaisse le lit quasiment jusqu’à ras le sol. Elle s’agenouille sur les talons, les mains sur les cuisses et fait gentiment non de la tête. « J’ai mes ordres », elle répond.

    Elle s’affaire à petit gestes brefs et précis, et chaque fois qu’elle retire d’un coup sec une petite bande, elle plaque sa main fraîche sur mon pubis, contre mes lèvres, à l’intérieur de mes cuisses. Ça pique, ça brûle, c’est frais, c’est chaud, ça pique, ça brûle, c’est frais, c’est chaud la succession de sensations fortes  et douces qu’elle m’inflige est un calvaire pour ma tempérance, ma pudeur, mon éducation. Je ne pourrai jamais me laisser aller au plaisir pour lequel elle me prépare avec autant de soin. J’ai envie qu’elle me caresse vraiment, qu’on en finisse. Que l’excitation, l’appréhension refluent enfin et que je puisse quitter cet endroit. Je n’ose pas lui demander. Je n’ose pas risquer qu’elle me repousse.

    Elle a fini. Elle ôte les dernières traces de cire et applique légèrement une lotion apaisante. Je vais pour me lever mais, comme la première fois, elle fait doucement non de la tête. Au lieu de cela, elle baisse la lumière,  allume trois bougies parfumées, étend sur mon corps nu et glabre un épais drap de bain chauffé et quitte la pièce.

    Contre toute attente, je m’endors.

    3

    On  me réveille. Je n’ai pas dormi longtemps, la serviette est encore tiède mais cela ne me rend pas pour autant une idée claire de l’heure qu’il peut être.  Ce n’est pas la même fille que celle aux petits seins mais elle est au moins aussi jolie.  Cet endroit est un paradis.  

    Elle me fait signe de me lever et de la suivre. J’enfile devant elle mes vêtements qui ne semblent plus m’appartenir, ni m’aller aussi bien. Quelque chose a changé.  Elle me regarde faire sans un mot. Je suis tentée un moment de me déshabiller à nouveau et de la suivre nue. Mais là encore, je suis retenue. L’excitation, pourtant, est retombée. Je me sens calme. Prête. Sûre. Je la suis, mes bottes à la main, dans un couloir revêtu de marbre et de bois. Nous passons plusieurs portes, encore. La lumière est faible, la chaleur sèche. Elle s’arrête et frappe à une cloison mobile. Une autre femme, en peignoir fin, lisse, pleine  et veloutée comme seules les Eurasiennes peuvent l’être lui ouvre et s’efface pour me  laisser entrer.

    La pièce est plutôt grande, peut être agrandie encore par la pénombre qui y règne. Seul point éclairé par des bougies, un escalier en bois dur qui plonge dans un grand bain carré encastré dans le sol de pierre grise. Sur la surface un peu huileuse de l’eau flottent des pétales de fleurs. Des serviettes immaculées et moelleuses  empilées sur un bord, un fauteuil en osier posé en diagonale, sur son dossier, la main d’un homme.

    Sa voix s’élève dans le noir : « Nue ». Aussitôt, la femme en peignoir trotte vers moi et m’ôte prestement pull, jean et sous-vêtements. Je m’empêtre un peu dans sa hâte à lui obéir.

    « Marchez jusqu’à l’eau ».

    Je ne sais pas si le vouvoiement est pour nous deux ou moi seule. Dans le doute, on s’élance ensemble.

    « Attendez ». Je m’immobilise sur la première marche. J’attends, gauchement,  une longue minute qu’il fasse signe à la femme de m’immerger.  L’eau est chaude, lourde. Moi aussi.

    La femme prend une éponge, la frotte sur un gros savon rouge translucide à l’odeur délicieuse et indéfinissable, et commence à frotter le haut de mon dos. Il la laisse faire un moment, puis, de sa voix grave, commence à la guider.

    « Le cou ».

    Elle contourne mes maxillaires, et vient presser son éponge dans le creux de ma clavicule.

    « Les seins ».

    Elle descend en petits cercles sur ma poitrine, autour des mamelons. Je n’ose ni la regarder, ni regarder en sa direction à lui. Assise dans l’eau, les deux mains agrippées au bord du bassin, je ferme les yeux.

    « Le ventre ».

    La main qui tient l’éponge plonge sous l’eau. Il ne doit pas pouvoir la voir de l’endroit où il se tient. C’est donc moi qu’il regarde. Mon visage.  Je me sens mal. Je n’y arrive pas.  J’ai envie de partir. Qu’ils restent donc tous les deux. Ils trouveront bien à occuper le reste de la soirée. Moi je rentre chez moi.

    Un ordre encore. Elle a lâché l’éponge. D’une main, elle tient ma nuque et m’allonge. De l’autre, elle passe entre mes cuisses, son pouce qui ouvre ma fente, sa main qui remonte sur mes reins, qui pétrit, masse et savonne pendant que l’autre tient toujours ma nuque, ballet rythmé par la voix brève aussitôt obéie. A mains nues, elle me lave longtemps, partout, comme on câline. Elle repasse, appuie, fouille, lisse, griffe, frotte, tantôt de sa propre initiative, tantôt rattrapée par les envies de la voix.  Et les yeux clos, ballotée par ces mains habiles, bercée par l’odeur suave, la chaleur des bougies, le clapotis de l’eau et la voix calme et précise, je cesse de lutter et je me laisse ouvrir. Enfin. 

     

    « Vous a-t-on déjà donné le bain, comme on baigne une petite fille sage et obéissante ? »


     

  • a/bandons

    Je ne suis pas de celles que l’on quitte. Encore moins par mail. Encore moins quand c’est une femme. Et surtout pas quand je ne l’ai jamais vu venir, ni vue tout court d’ailleurs.

    D’elle, je ne connais que deux choses et aucune d’elles n’est son prénom.

    Le nom qu’elle s’est trouvé pour écrire depuis un petit point entre Tanger et Glasgow rappelle le personnage d’un roman de gare écrit par un autre pseudo qui commence aussi par a. Il évoque une autre Anaïs à la voix tout aussi calme mais beaucoup plus perdue. Elle aussi se perd ou plutôt s’enfouit dans les mots des autres et même dans les vôtres pour les mettre en lumière. Elle est souvent allée chercher chez vous autres ce que je lui ai dit un jour être un beau bouquet de Narcisses. Ce qu’elle en fait est aussi ouvert qu’hermétique. Elle demande un effort.  Un gros effort. Certains l’ont fait. Pas tous. Pourtant, elle reste indulgente.

    Elle ne dit rien d’elle, même si elle montre beaucoup : sa pudeur, son inconfort parfois avec l’impudeur des autres, la vraie, celle des sentiments et des vies aussi gras que les rires qui vont  souvent avec. Elle écoute ce qu’elle lit avec une attention totale. Elle comprend, toujours. Tout. Elle me fait comprendre aussi. Trop.  Trop subtile, trop fine, trop droite, trop discrète.  Dans votre petit monde, elle a été mon premier contact. J’ai été très gâtée. D’emblée, j’ai eu la plus belle.  

    Un jour, Sophie Calle a reçu un mail de rupture. Je crois que c’était la première fois pour elle aussi. Elle n’a pas répondu. Elle l’a donné à une centaine de femmes, choisies pour leur profession, qui l’ont interprété à leur manière. La liste de leurs  métiers ressemble à celle dont j'ai eu envie autrefois.

    Le mail reçu par Sophie Calle finissait par « prenez soin de vous ». Le sien aussi, avec un renvoi appuyé à l’ouvrage qui porte le même titre des fois que je passe à côté.  Elle a eu raison. Je serais passée à côté.

    Je vais faire comme Sophie Calle. Je ne vais pas répondre, et à la place, je vais faire un bordel à 80 euros. Ce d’autant que, dans la liste, il y a bien une sexologue mais aucune bloggeuse de cul. Voilà un tort que je peux réparer.

    Je ne suis pas de celles qu’on quitte, mais je serais de celle dont on prend congé? Pourquoi ne pas m’avoir laissé l’oublier? J’y serais arrivée. C’est pour cela, la rupture? Pour marquer? Pour couper? Pour trancher ?

    Dans quoi ça tranche, ça, c’est la surprise.

    Savez-vous au moins dans quoi vous avez tranché?

    Pour déculpabiliser les adultes, on raconte que les enfants se guérissent de la mort en apprenant le deuil au fil des séparations. Chaque deuil successif venant réparer un peu mieux les dégâts du précédent. A l’âge adulte, les deuils, les morts, les séparations, viendraient cautériser les vieux deuils, les vieilles morts, les vieilles séparations. La nouvelle épreuve rapportée à l’ancienne expliquerait à l’adulte comment se guérir de ses peurs d’enfant.   

    On m’a raconté un jour une histoire. Celle d’un bébé qui s’était presque laissé mourir pendant le voyage à l’étranger de sa mère. Devenue une très belle personne adulte, ce bébé avait gardé une fragilité qui se manifestait chaque fois que la situation se reproduisait. Elle qui avait  vécu les plus horribles des deuils qu’un humain peut vivre en perdant ses parents, son pays, son enfant n’a fait le lien et compris son mal que lorsque son médecin, une femme, lui a annoncé son départ. Dès lors, elle n’a plus ressenti cette douleur liée à l’abandon. Elle s’en disait guérie. Elle est morte il y a quelques jours. Peu après, ma propre toubib m’a adressée à un autre. Ma réaction l’a autant surprise qu’elle m’a surpris moi. Je lui ai dit qu’elle ne se rendait pas compte de ce qu’elle faisait en me privant de ses soins. Dans la rue et les larmes aux yeux, j’ai compris : c’était juste mon tour. Je ne suis pas de celles qu’on quitte. Arrêtez de prendre congé.  Vous ne savez pas avec qui, avec quoi vous me laissez.

     

     

  • You don't have to

    La dernière fois, c'était dans la chambre volée d'une aile désaffectée pour l'été du service de neurochirurgie d'un hôpital réputé pour bien soigner surtout les fous. La fille de nuit m'avait refilé un drap et fait promettre de rejoindre ma distrayante voisine de chambre avant le petit matin. J'ai allumé la télé alors que je recevais le SMS de Poney: "Arte, cette nuit. Twin Peaks". Je me suis arrangée autour de la douleur, et puis je me suis laissé hypnotiser.

     


     

     

    Alors tu penses bien que je la comprends, ton envie de t'y retrouver. Mais si tu veux vraiment ressusciter la magie, est-tu sûr de bien t'y prendre, comme ça David?

    Viens plutôt te suspendre dans une chambre volée d'une aile désaffectée d'un hôpital psychiatrique, au cœur de la nuit.

  • Play et bosse.#3

     

    Donc on est arrivé dans cette vallée. Ou alors c’est un plateau. On est haut, en tous cas, très haut. Ce n’est pas de l’herbe mais une espèce de lichen d’alpage, très vert, filandreux et ras, d’où  affleurent, çà et là, des rochers et quelques marmottes. L’air pique et ça, la vache, ça manquait pas mal. Le panorama est splendide. Partout autour, un cirque de sommets découpés au kutter dans tous les tons de gris, a right fifty shades. Au-dessus de tout ça, une unique nuance de bleu qui mène une clarté d’enfer aux sapins centenaires. Le son est hypnotique, le ruisseau qui finit en torrent le disputant aux branches agitées.  Personne ne parle.

    Couchée sur une pierre plate, une fille nue, entravée, magnifique, trône au milieu du vallon.

    QUOTE(ANNA)

    "Continuez"

    Nous nous regardons. À ce moment précis, je me souviens, je vois passer sur le visage de Pauline l’ombre d’une inquiétude. Puis l’amusement gagne. Je la sais joueuse. Cela doit lui plaire, je me dis. Elle doit sûrement lire sur le mien l’étonnement. Que fait cette fille là ?! Comment est-elle arrivée là ?! Qui… qui… ?! Mes pensées fusent pendant que Pauline avance un pas, puis un autre, aucun bruit sous ses pieds. J’imagine son sourire. Je n’ose pas bouger, cloué sur place par tout ça, l’air, le torrent et cette fille nue, qui ne bouge pas. Pauline se penche sur elle. Pauline me regarde. Pauline la touche, la regarde encore et finit par retourner sur ses pas jusqu’à moi. « Elle ne bouge pas, elle est froide. Magnifiquement belle, mais froide. » - me dit-elle, regardant effrayée tout autour.

     

    Un oiseau passe et, dans son vol, l’aile en une caresse furtive effleure la hanche nue.

     

    QUOTE(MARIETRO)

    L’oiseau s’est poché sur la branche. Je le regarde, c’est peut-être la seule chose normale sur ce plateau. Un fou, un violeur, un taré des montagnes. Est-ce qu’il aime les hommes ? Pauline, il faut partir. Elle me regarde, retourne vers la morte. Ne touche pas la bouche de ce cadavre voudrais-je lui crier mais ma bouche n’émet aucun son. Le ruisseau me casse les oreilles. Je ferme les yeux pour réfléchir. Une main me fait sursauter. «Elle a des gouttes d’eau sur la peau», me dit Pauline. Je me mis à haïr le lichen grisâtre sur la roche. "

     

    QUOTE(a)

    "Je repousse sa main. Trop fort. Elle glisse et tombe en arrière, une lueur de surprise dans ses yeux agrandis. Le choc sourd contre la grosse pierre me renseigne définitivement sur le sort de cette conne. Je la regarde, elle le ciel. Sa poitrine reste immobile. Un filet de sang finit de glisser sur sa joue et ça, ça la rend plus belle. J'ai envie de la déshabiller. Je bute, m'énerve et finis par sortir mon couteau suisse pour fendre sa doudoune. Des paquets de bourre blanchâtre s'échappent de l'éventrure et s'empêtrent dans mon couteau. Jusqu'au bout elle m'aura fait chier. Je sens mon érection qui mollit,  mais il y a encore la fille, là bas.

    Je me retourne, la lame filandreuse encore à la main."

     

     

     

    ça a commencé ici.

    Tu veux jouer?

     

     

  • La pute de la côte normande

    "Quand on écrit on est souvent dans un état difficile à décrire, pas clair. C'est pratiquement impossible à expliquer. Je crois qu'on écrit vraiment que lorsqu'on croit ne plus écrire, ne plus être tout à fait maître de ce qu'on fait. En général tout le début est jeté. C'est quand je me laisse aller qu'il se passe quelque chose. Il y a à ce moment-là une sorte de désespoir de l'écrivain, d'abdication même : l'écrit arrive seul, dirait-on, fait. "

     

    M. Duras, 1990     

     

     

     
  • Ephetamère

    VETTRIANO-InThoughtsOfYou_thumb[2].jpgCher Journal,

    Hier, attirée au rayon fille par le solo de la 1ère choriste de Dark Side of the moon qu'une clé USB impudiquement fichée dans le trou d'une grosse borne diffusait en sourdine, il m'est arrivé des choses.

    Savais-tu que bridget jones était de retour? LOL?

    Savais-tu que Christiane F, dont la vie précocement brûlée nous avait été prédite comme jadis la vérole promise au bas clergé si nous nous écartions du droit chemin, que Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée, foutue, n'était même pas morte et qu'elle donnait encore des entretiens retranscrits en poche? Christiane F, herself, season two?

    Savais-tu que, lorsqu'on retourne un paquet de fondue suisse, on découvre que la consommation de ce produit ne convient ni aux enfants, ni aux femmes enceintes?

    Savais-tu que, si Anaïs Nin et Régine Desforges sont présentes sur 140 pages chacune dans la niche "littérature érotique" du rayon fille, nul Nexus, Plexus, Sexus que j'empruntais, mineure, sans la moindre remarque et sans me poser de question, sur l'étagère marquée M de la bibliothèque municipale?

    J'ai fini par me tirer quand le troisième solo fini, la clé plantée a lancé avec impertinence "Quand j'étais petit, j'étais un Jedi".

    Je vais mieux laisser traîner ma collection de films de boule des années 70, mes bites-vitrail, mes esparbec, je vais inviter E, qui est un cul ambulant et pue les phéromones, je vais avouer à mon amie C que ce qu'elle a toujours pris pour des tulipes en verre vraiment très jolies n'en sont pas exactement. Je vais regarder Swingtown en streaming, commander le  Fleur Secrète de 74, me parfumer à La Myrrhe,  improve our English with "The Secretary", tailler des branches du jardin pour un bouquet de cravaches, mettre des talons sans pantalon,  me faire présenter au moins une Cindy, allumer le feu avec le journal, voter VGE aux prochaines présidentielles, faire du bien, beaucoup de bien, et peut-être alors que même dans des dizaines d'années, les belles crises de la quarantaine ne resteront déconseillées qu'aux enfants et aux femmes enceintes.

    Cher Journal, avant que tu t'embrases, il fallait que je te parle de mon horoscope, que je ne lis qu'entre le 1er octobre et le 30 novembre, période pendant laquelle je m'applique à faire la fille, et  qui dit aux gens comme moi "d'éviter cette fois de faire des confidences à vos amis, même les plus intimes. En effet, certains d'entre eux risquent de devenir des rivaux dans le domaine affectif ou vous pousseront à des amours de groupe."

    So what?